Eclairage de dirigeants

Et si le confinement était une chance ? Témoignage des EDC de Martinique

Publié le 03/05/2020

Que deviendra la Martinique quand ses derniers moteurs seront éteints ? Quand ses activités économiques seront effondrées ? Quand ses touristes auront disparus? Quand son chômage aura explosé et quand ses enfants auront choisi de tenter leur chance ailleurs ? Que deviendra-t-elle quand ses vieilles querelles « chromatiques » reprendront, nourries par la crise ?

Le jour d’après viendra à son rythme. Il arrivera après une longue maturation des pensées, après de profondes réflexions sur nous-mêmes, sur nos forces, nos faiblesses, nos risques et nos chances. Quand il arrivera, serons-nous mieux armés pour construire notre avenir dans une Martinique redevenue attractive, consciente enfin de ses atouts, capable de relever fièrement ses grands défis ?

• Son défi écologique d’une part, qui fera d’elle l’une des îles les plus vertueuses du monde, économe de ses ressources, autonome sur les plans énergétique et alimentaire, riche d’une formidable biodiversité créatrice de valeurs, championne de l’économie circulaire.

• Son défi technologique aussi, qui lui permettra de réussir la révolution de l’Intelligence Artificielle en mettant les algorithmes au service du bien commun. Une Martinique de l’écologie intégrale, dont les habitants répondront à l’intelligence des machines par un surcroît d’empathie et de conscience humaine.

Le futur du monde dépend de ce que les hommes décideront aujourd’hui d’en faire. Puisse ce temps du confinement les inspirer. Puisse cette pause mondiale leur être utile. Puissent-ils projeter leur vision dans la bonne direction.

A quoi ressemblera demain ?

Le déconfinement sera un long processus qui durera des mois, voire des années. Nous vivrons alors la peur au ventre, une peur bien installée qui changera nos comportements. Peut-être porterons-nous régulièrement des masques, peut-être cesserons-nous de nous embrasser et de nous serrer la main, peut-être éviterons-nous de nous regrouper inutilement ? Peut-être que les restaurants espaceront leurs tables, que les cinémas mettront plus de distances entre les spectateurs ? Peut-être que nous nous déplacerons moins, que le télétravail sera la norme ? Peut-être aurons-nous plus conscience de nos fragilités, peut-être serons-nous plus égoïstes, ou au contraire plus altruistes, peut-être serons-nous plus solidaires ? Peut-être serons-nous mieux installés dans le présent, mieux connectés à notre nature, plus sensibles à notre environnement ?

Nous serons différents. Pas plus intelligents, mais sans doute plus conscients. Et ce grand regain de conscience donne enfin de l’espoir à l’humanité ! A elle de faire maintenant les bons choix pour le jour d’après. A elle de décider où iront les milliards que mobiliseront les États : vers une économie du bien commun respectueuse de l’environnement et de la dignité humaine, ou vers l’emballement des vieilles pulsions de consommation ?

Les entreprises de Martinique participent à l’effort de guerre. Selon notre président, « nous sommes en guerre ». Les héros en blouse blanche sont tous au front. Ils luttent quotidiennement contre un ennemi invisible : le COVID-19.

À l’arrière, la résistance est en place : chacun agit à son niveau pour freiner la progression du virus, en restant chez soi, immobile, mais pas résigné.

Les entreprises aussi sont au combat. Derrière leurs rideaux baissés, elles mobilisent leurs talents, leurs outils, et leurs moyens pour participer à l’effort de guerre, et préparer le jour d’après.

En moins d’une semaine de confinement, les initiatives locales sont déjà multiples :

• Les enseignes de location du groupe GBH mettent leur flotte automobile à disposition du personnel soignant : aucune panne ne saurait les détourner de leur mission essentielle.

• Les distilleries martiniquaises fournissent gratuitement plus de 8.000 litres d’alcool pour fabriquer en quantité le précieux gel hydroalcoolique. Clément et JM ont même produit et livré plus de 10.000 litres de gel !

• Blédina offre le goûter aux crèches réquisitionnées pour la garde des enfants du personnel soignant.

• Abadie, producteur local de matelas, offre des produits aux hôpitaux. L’entreprise étudie également la possibilité d’adapter son outil industriel, pour aider à la confection de masques de protection.

• Rum’Trotters qui loue d’habitude ses villas aux touristes, affecte ses logements aux personnels de santé qui forcés de s’isoler, afin que leur confinement soit le plus régénérateur possible.

• Les producteurs de bananes distribuent gratuitement leurs fruits aux équipes de La Meynard et à la Croix Rouge.

• Plusieurs boulangeries et pizzerias livrent également leurs produits au personnel des hôpitaux.

• La jeune entreprise d’imprimerie 3D, Karaïb3D, en complicité avec Bureau Vallée Martinique, vient de mettre au point une visière de protection pour les équipes de la première ligne.

• Canal+, Orange proposent leurs contenus gratuitement, pour divertir les populations pendant la période de confinement.

• L’association Réseau Entreprendre Martinique a d’ores et déjà proposé à tous ses lauréats entrepreneurs, qui bénéficient de prêts gratuits, de suspendre et reporter leurs 3 prochaines mensualités.

• L’entreprise Wind Martinique a décidé d’offrir son stock de gants jetables au personnel soignant, aux forces de l’ordre ou aux pompiers qui en auraient besoin.

• Nombreuses sont les marques qui détournent leur ligne éditoriale sur les réseaux sociaux, pour proposer des activités et des contenus utiles, pédagogiques et divertissants.

• Sans oublier nos agriculteurs, nos artisans, nos industriels, nos entreprises de distribution et de service qui se tiennent prêts à apporter leur concours à l’effort général, et qui ne disent jamais non quand ils sont sollicités.

• Et bien sûr toutes les entreprises qui, avec leurs salariés, sont à leurs tâches et participent naturellement à la fluidité de la vie quotidienne. Et celles qui ont le courage de ne pas retenir leur trésorerie en continuant de payer leurs fournisseurs pour ne pas « gripper » la reprise.

Ce ne sont pas des obus, des engins ou du carburant qui sont produits par toutes ces actions solidaires. Mais c’est bien une économie de guerre qui s’est mise en place.

Toutes les entreprises de Martinique, les associations, les industries, les PME, les TPE, mêmes celles qui sont durement touchées par la crise peuvent participer à cet effort et inventer des solutions.
Chacun à son niveau peut agir. Et il faudra sans doute agir encore plus dans les semaines à venir…

Et à propos de Institut Catholique Européen des Amériques dans lequel sont impliqués des membres EDC

Concernant l’ICEA icea-edu.fr nous avons dû mettre en place au pied levé les cours à distance, les examens, et au passage faire face à l’arrêt maladie pour plusieurs mois de notre responsable pédagogique. Nous faisons passer 100% des entretiens d’admission par visio, ce qui nous a amenés à échanger avec des futurs étudiants de Martinique, de métropole et même de Polynésie Française.

Notre programme de parrainage (un membre EDC parraine jusqu’à 2 étudiants) a été confirmé pour la deuxième promotion consécutive. Les échanges en visio pour la réunion de lancement (Le parrain, les deux étudiants et les responsables de l’ICEA) ont été particulièrement riches et réussis. Ce Covid est un formidable accélérateur de nos pratiques digitales. Mais il rend délicat les travaux d’équipe et incertain l’avenir de tous. Pour autant, l’ICEA, avec notamment son programme enraciné dans le Pensée Sociale Chrétienne de « Sciences Politiques et Ecologie Humaine » est exactement dans le sujet de ce qui nous attend : « Cultiver ses talents et changer la face du monde ». Cela nous encourage beaucoup.