Questions des entrepreneurs chrétiens

Comment contribuer à bâtir une finance au service de l’homme et de sa dignité au travail ?

A l’opposé de la théorie de l’agence, il est possible de concevoir l’entreprise comme une communauté d’intérêts, comme un lieu de collaboration et de co-création entre des salariés, des actionnaires, des dirigeants.

Les salariés fournissent une force de travail, mais aussi leurs idées et leur culture propre, en tirent les moyens de faire vivre leur famille, mais aussi celui de leur développement intégral. Les actionnaires apportent des moyens de financements et en tirent un bénéfice qu’ils peuvent réinvestir.

Sommaire

    La Doctrine sociale de l’Eglise nous rappelle que « Le but de l’entreprise n’est pas uniquement la production du profit, mais l’existence même de l’entreprise comme communauté de personnes qui, de différentes manières, recherchent la satisfaction de leurs besoins fondamentaux et qui constituent un groupe particulier au service de la société toute entière ».1

    Dans ce cadre :
    • « Le profit est utile si, en tant que moyen, il est orienté vers un but qui lui donne un sens relatif aussi bien quant à la façon de le créer que de l’utiliser. La visée exclusive du profit, s’il est produit de façon mauvaise ou s’il n’a pas le bien commun pour but ultime, risque de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté »2
    • « La propriété des moyens de production (…) est juste et légitime si elle permet un travail utile. Au contraire, elle devient illégitime quand elle n’est pas valorisée ou quand elle sert à empêcher le travail des autres pour obtenir un gain de l’exploitation illicite, de la spéculation et de la rupture de la solidarité dans le monde du travail. Ce type de propriété n’a aucune justification et constitue un abus devant Dieu et devant les hommes »3

    Dans une telle conception, et à côté des actionnaires propriétaires, le dirigeant occupe une place centrale et un rôle fondamental : celui d’être un des gardiens du bien commun que constitue l’entreprise.

    Ainsi que le rappelle Benoît XVI : « le développement est impossible s’il n’y a pas des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun. La compétence professionnelle et la cohérence morale sont nécessaires l’une et l’autre »4.
    Cela nécessite que les responsables de l’entreprise, actionnaires et dirigeants, veillent, sur le temps court comme sur le temps long, à l’équilibre des intérêts des parties prenantes de l’entreprise : une juste rémunération du risque et de la responsabilité pris par les actionnaires, une juste rémunération et un cadre d’épanouissement et de développement pour les personnes qui y travaillent, bref un équilibre entre intérêts de l’institution (la société SA, SAS ou autre) et intérêts de tout le corps social.
    C’est une tâche souvent difficile, parfois impossible, en particulier lorsque l’actionnariat est ouvert et changeant (cas de la bourse ou des changements fréquents d’actionnariat). Le rôle du dirigeant est essentiel mais les actionnaires sont les propriétaires de l’entreprise, et ils ont juridiquement la possibilité de remplacer le dirigeant qui ne leur convient pas. Un actionnariat dispersé et volatil ne joue pas son rôle de propriétaire, soumis à la destination universelle des biens. Il est donc essentiel que la loi et les organisations d’entreprises veillent à corriger ce défaut dans la mesure du possible.

    Les systèmes de notation type « ISR » (Investissement Socialement Responsable) ou « PRI » sans doute utiles mais insuffisants

    Explorer d’autres voies : Les systèmes de notation type « ISR » (Investissement Socialement Responsable) ou « PRI » (Principles for Responsible Investment) sont en vogue dans la finance, et tendent à s’imposer à un nombre croissant d’acteurs comme une nécessité pour se maintenir dans le système. Ils consistent notamment en une série d’indicateurs de performance non financiers qui doivent être mesurés régulièrement. Ils sont sans aucun doute utiles, en ce qu’ils accélèrent les prises de conscience, et ils traitent des dimensions importantes.
    En revanche, ils sont insuffisants et servent souvent d’alibi : d’une part on peut vite confondre l’outil et son objectif, en se contentant de cocher des « croix dans des cases » pour se croire vertueux. Mais aussi, et surtout, ils laissent dans l’ombre une partie importante des critères à prendre en compte : à côté des dimensions environnementales, sociales et de gouvernance (‘ESG’), il y a aussi le rapport avec les clients (la nature des produits vendus, les prix etc.) ; les fournisseurs et les communautés locales ; tout aussi fondamentales pour un chrétien.
    1. Centesimus Annus §34. Egalement dans la même encyclique : « L’entreprise ne peut être considérée seulement comme une société de capital ; elle est en même temps une société de personnes, une communauté de personnes » (§43)
    2. Caritas in Veritate, ch. II
    3. Centesimus Annus §43
    4. Centesimus Annus §71
    Témoignages

    Eclairages

    Eclairages de fond

    Texte du Pape François sur la finance mondiale
    Oeconomicae et pecuniariae quaestiones: le Vatican publie un texte qui fera date sur la finance mondiale

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    • Quelle est ma vision de l’usage des fonds propres ? Suis-je prêt à verser une part de dividendes raisonnables qui permette de conserver les fonds propres pour investir et passer les périodes diffciles ?
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