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Foi et transhumanisme

25 décembre 2017 Repères chrétiens
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Cette vision de l’homme qu’est le transhumanisme, est-ce une utopie ou un simple effet de mode qui va disparaître avec le temps ? Est-ce au contraire une lame de fond qui n’en est qu’à son début et qui va transformer substantiellement la vie de l’homme et de la société ? Mystère ! Mais il est certain qu’aujourd’hui le mouvement du transhumanisme avance à grands pas et ne laisse pas indifférent ceux qui l’approchent : il fascine certains, il en terrifie d’autres, il parvient même à combiner les deux, à fasciner tout en terrifiant ou à terrifier tout en fascinant.

Voici le texte de la conférence donnée par Don Pascal-André Dumont lors des assises régionales de 2017.

Transhumanisme et foi chrétienne : peuvent-ils faire bon ménage ?

La réflexion qui m’a été demandée ne porte pas sur l’éthique des nouvelles technologies, mais sur le transhumanisme. Il s’agit de bien faire la distinction entre les deux. De la même manière qu’il y a une distinction à faire entre évolution et évolutionnisme, entre science et scientisme, il y a une nette distinction à faire entre nouvelles technologies et transhumanisme. Même si le transhumanisme cherche à capter à son profit le bénéfice des innovations technologiques, même s’il s’identifie aux bienfaits de la technologie, il reste en premier lieu une philosophie qui vise à augmenter et à transformer l’être humain.

Le transhumanisme, une certaine vision de l’homme

Le transhumanisme est une vision de l’homme qui d’une certaine manière exprime un désir positif, profond et complexe, qui habite le cœur de tout homme : le désir de vivre et d’avoir des raisons de vivre, et le désir d’un dépassement dans l’intensité de la manière d’être et de vivre ici et maintenant. Dans la Divine Comédie, Dante appelait ce désir : « transhumaner ». Pour lui, l’homme « transhumane » lorsqu’il vit de sa dimension transcendante, de sa dimension surnaturelle. Blaise PASCAL, dans ses Pensées (Blaise PASCAL, Pensées, éd. Le Guern, § 102), avait lui aussi bien saisi ce désir humain lorsqu’il écrivait : « Apprenez que l’homme passe infiniment l’homme »

Au désir de transcendance, le transhumanisme répond par la transformation technologique

Au lieu de répondre à ce désir humain de « transhumaner » par la transcendance, le transhumanisme y répond par la transformation technologique de l’homme afin de prolonger sa vie sur cette terre jusqu’à envisager qu’il puisse en définitive vaincre la mort. Dans ce contexte, il est de notre devoir de chrétien responsable de ne pas nous contenter de nous réjouir des innovations technologiques, de ne pas nous contenter non plus d’amalgamer nouvelles technologies et transhumanisme, mais de faire l’effort de discerner sérieusement l’identité même du transhumanisme et les conséquences possibles de son développement. Comment le faire si ce n’est en prenant de la hauteur, du recul, et en essayant de mettre en lumière les dangers majeurs du transhumanisme ?

Foi et transhumanisme : discerner à la lumière de la sagesse

La lumière de la sagesse nous invite à porter deux regards : un sur le passé et un sur l’avenir. Un regard sur le passé : vigilance face à la tentation récurrente du totalitarisme. L’histoire humaine récente est traversée par la tentation récurrente du totalitarisme. Inutile de donner là quelques exemples, ils font la trame des livres d’histoire contemporaine. A toute époque il nous faut donc être vigilants sur ce qui pourrait émerger comme un nouveau totalitarisme. Le transhumanisme porte en lui des germes qui doivent alerter notre vigilance. 

Quels germes du transhumanisme doivent alerter notre vigilance ?

D’abord, la concentration des pouvoirs dans les mains de quelques-uns. Il faut reconnaître que les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) représentent aujourd’hui un pouvoir concentré, inégalé jusqu’à ce jour dans l’histoire de l’humanité. Concentration du pouvoir financier et concentration du pouvoir technologique. Cette double concentration, dans un contexte de mondialisation, représentent une menace potentielle. En effet, la concentration du pouvoir financier donne aux GAFA une liberté quasi-absolue et sans limite d’innover technologiquement. Et la concentration du pouvoir technologique, associée à une maîtrise d’une grande partie de l’humanité à travers les big data, donne au GAFA une puissance mondiale effective. Il est révélateur de constater que le pouvoir réel des GAFA commence aussi à être reconnu comme une réalité à égalité du pouvoir politique des États. N’est-ce pas significatif que le Royaume du Danemark ait annoncé récemment l’accréditation d’un ambassadeur auprès des GAFA comme il le fait auprès des Etats souverains ou des organisations internationales ?

La fascination pour une pensée nouvelle

Ensuite, la fascination : le transhumanisme se présente comme une pensée nouvelle, même si on en trouve des fondements philosophiques au XVIIe siècle au moment où l’on a commencé à penser l’homme sur le modèle d’une machine comme on le voit chez DESCARTES et HOBBES, et au XVIIIe siècle chez LA METTRIE qui a écrit « L’homme-machine ». Cette pensée nouvelle, qui a commencé à se développer dans les années 1980, ambitionne l’augmentation de l’être humain par la technologie et sa transformation d’une manière substantielle et irrémédiable afin de lui permettre de vaincre la mort. 

Cette pensée nouvelle, qui a le mérite d’exprimer clairement ses finalités, sait fasciner le grand public par les innovations technologiques qu’elle finance et les possibilités inédites ainsi ouvertes. Elle vante le mieux-être et manifeste les apparences de l’altruisme. Elle sait ainsi séduire le grand nombre. La fascination doit nous mettre la puce à l’oreille, car elle n’est jamais bon signe. Elle révèle en toute situation une surévaluation des points positifs et une sous-évaluation des points négatifs. La fascination est toujours trompeuse.

La promesse de l'homme nouveau, une caractéristique des totalitarismes

Tous les totalitarismes ont œuvré à faire émerger l’homme nouveau, qui prend un profil différent selon l’idéologie qui porte le totalitarisme. Pour le transhumanisme, il s’agit de l’homme augmenté, un homme qui refuse toute fragilité et toute vulnérabilité, un homme qui cherche à dépasser toutes les formes de dépendance, un homme finalement profondément individualiste, autarcique. Un homme hyperconnecté, mais paradoxalement un homme souffrant de la solitude la plus profonde et la plus absolue. Un homme de plus en plus augmenté ne sera-t-il pas en fait un homme avec de moins en moins d’humanité, un homme déshumanisé? On comprend bien pourquoi les totalitarismes sont toujours critiques par rapport à l’humanisme classique. En effet, lorsque l’humanisme classique défend l’homme « humain », il devient un obstacle au libre développement de l’homme nouveau, de l’homme « déshumanisé » que les totalitarismes veulent faire émerger et pouvoir manipuler.

Ce regard de sagesse sur le passé doit réveiller notre vigilance face à toute tentation de concentration de pouvoirs dans les mains de quelques-uns, de fascination du grand nombre et de promesse de l’homme nouveau. Notre vigilance doit être d’autant plus forte si cette concentration de pouvoir, cette fascination et cette promesse de l’homme nouveau sont associées à une capacité d’impact mondial. Ayons bien à l’esprit que la tentation du totalitarisme est latente et que l’humanité ne peut pas se permettre de se laisser surprendre ou séduire par elle.

Quel projet de société le transhumanisme véhicule-t-il ?

Portons un regard sur l’avenir : discernement des signes des temps : quel projet de société ?
Nous devons avoir à l’esprit que l’avenir de l’homme, même celui qui se dessine au loin, se lit dans les projets de société qui sont portés par les philosophies, les idéologies et les religions. L’adage philosophique bien connu, ce qui est dernier dans l’exécution est premier dans l’intention, nous pousse au discernement : quelle est l’intention profonde du transhumanisme et qu’est-ce que cette intention produira comme société lorsqu’il aura mis son programme à exécution ? Nous ne pouvons jamais faire l’économie de cette question, car l’expérience nous a montré que certaines idéologies ont pu être séduisantes au début et meurtrières à la fin. 

Il n’est pas facile de le discerner avec précision.

Cependant quelques indices sont accessibles. Il faut savoir que le concept de « transhumanisme » a été forgé en 1957 par Julian HUXLEY qui fut le premier directeur général de l’UNESCO à Paris et qui justifiait ce nouveau principe de la manière suivante : « La qualité des personnes, et non la seule quantité, est ce que nous devons viser : par conséquent, une politique concertée est nécessaire pour empêcher le flot croissant de la population de submerger tous nos espoirs d’un monde meilleur » (Julian HUXLEY, New Bottles for New Wine, Chatto & Windus, Londres, 1957, p. 13-17.)

Le transhumanisme porte dans ses soubassements une volonté politique de réduire la croissance démographique pour préserver la qualité de vie de quelques-uns, autrement dit, un petit nombre au lieu d’un grand nombre, la qualité au lieu de la quantité. Le projet transhumaniste, en tous cas tel qu’il se donne à comprendre aujourd’hui, prône un homme augmenté, et l’homme augmenté ne sera pas celui qui est actuellement déficient intellectuellement ou démuni humainement, mais celui qui est aujourd’hui déjà un privilégié à tous niveaux, en particulier qui est capable de financer l’acquisition de la technologie. 

Le transhumanisme porte en lui le projet d’une société divisée au moins en deux.

Le transhumanisme porte en lui le projet d’une société divisée au moins en deux : d’un côté l’homme augmenté et, de l’autre, l’homme qui est aujourd’hui encore considéré comme « normal », même s’il est pauvre physiquement, psychiquement, intellectuellement, relationnellement, matériellement, mais qui demain ne sera même plus « normal » mais « diminué » car la tendance ira vers l’augmentation, même si elle ne pourra que rester marginale pour des raisons purement financières. Il y aura deux humanités, une augmentée et l’autre non augmentée.

L’humanité augmentée concentrera en elle toujours plus de pouvoirs, alors que l’humanité non augmentée sera de plus en plus démunie, car l’écart entre les deux ne cessera de se creuser.

Un projet d’une société divisée en deux, un petit groupe d’hommes augmentés et une immense masse d’hommes non augmentés, est-ce ce projet de société que nous voulons voir se réaliser ? A la décharge du mouvement américain du transhumanisme, ce projet de société n’est pas exprimé, en tous cas pas clairement. A écouter ses fers de lance, le transhumanisme ressemble plus, aujourd’hui, à une recherche complètement égocentrée, voire même un peu paranoïaque, sans véritable projet de société, juste un individualisme habité par une peur de la souffrance et de la mort, peur poussée à son paroxysme.

Mais il n’en reste pas moins qu’un risque demeure : après les paranoïaques qui mourront sans avoir pu vaincre la mort, qui s’emparera du mouvement transhumaniste ? Les Etats-Unis, dans son pouvoir politique, ne pourront pas faire l’économie de la maîtrise du pouvoir technologique, d’autant plus face à une Chine qui est en train d’aller encore plus vite que les chercheurs de la Silicon Valley et avec encore moins d’état d’âme. L’enjeu politique mondial est majeur, car la Chine a dans ses gênes cette capacité d’élaborer un vrai projet politique de conquête, avec une population très unifiée. Le transhumanisme pourrait être l’idéologie qui succèdera tout en douceur au communisme chinois disparaissant et qui portera un esprit de conquête et de domination mondiale.

Qu'en est-il de Dieu et de la personne humaine dans le transhumanisme ?

Ces quelques réflexions prospectives nous montrent qu’un regard de sagesse sur l’avenir nous pousse à interroger le transhumanisme sur son projet de société. Regarder le transhumanisme à la lumière de la foi exigerait une confrontation minutieuse de cette idéologie à l’Evangile, de l’Incarnation à la Résurrection, en passant par l’immortalité de l’âme humaine. Comme cela n’est pas possible dans le temps imparti à cette prise de parole, je me contente de faire un constat et de souligner les deux conséquences majeures de ce constat :

Un constat : le transhumanisme est un athéisme

Le transhumanisme est un athéisme et un athéisme jusqu’auboutiste. Nietzsche déclarait la mort de Dieu. Les transhumanistes vont encore plus loin en déclarant la mort de la mort. Nietzsche annonçait un surhomme, un Übermensch, habité par une volonté de puissance. Les transhumanistes vont encore plus loin en annonçant l’homme augmenté et transformé qui aura une puissance toujours croissante grâce à la technologie, jusqu’à chercher à vaincre la mort. Le transhumanisme comme tout athéisme veut se donner les moyens de réussir : remplacer Dieu par l’homme, par l’homme augmenté.

Comme chrétien, de tout athéisme nous devons nous méfier, car l’histoire nous a déjà montré de nombreuses fois qu’il n’y a pas d’athéisme « gentil » ou « inoffensif ». L’athéisme est un engagement militant qui refuse Dieu et son projet d’amour et de salut sur l’humanité. Lorsqu’on perd Dieu de vue, lorsqu’on perd le sens de Dieu, lorsqu’on cesse de contempler son mystère et sa volonté, cela a deux conséquences logiques : la perte du sens de la personne humaine et la perte du sens de la limite.

Deux conséquences : la perte du sens de la personne humaine et la perte du sens de la limite

La perte du sens de la personne humaine est une conséquence logique de l’athéisme. En effet, quand on ne voit plus Dieu, on ne voit plus non plus celui que Dieu a créé à son image, à savoir la personne humaine. Dieu est brouillé, son image, la personne humaine, est aussi brouillée. Dieu est refusé, son image, la personne humaine, est aussi refusée. Dieu est vidé de son identité, son image, la personne humaine, est aussi vidée de son identité. La perte du sens de la personne humaine, dans sa dignité, dans son intégrité, dans sa transcendance, est une réalité violente dans le transhumanisme. 

En effet, le transhumanisme tend à considérer l’être humain d’abord comme une matière modifiable, améliorable, augmentable, transformable par la technologie, en particulier par les nanotechnologies, par les biotechnologies, par l’intelligence artificielle et par les neurosciences. Dès lors, l’homme n’est plus protégé dans son identité et dans son intégrité, il devient une réalité manipulable et, ultimement, « machinable » par autrui. De plus, la robotisation de l’homme et l’humanisation du robot tendent à créer une confusion sur l’identité même de l’homme. Il est intéressant de constater que le Parlement Européen vient de publier le rapport DELVAUX qui préconise d’accorder la personnalité juridique à certains robots. Cela peut se comprendre au sens de la responsabilité, mais cela porte de plus en plus atteinte à la spécificité propre de la personne humaine, à son identité, à son unicité.

La perte du sens de la personne humaine n’est pas seulement vraie dans le transhumanisme.

Cela se retrouve aussi dans le véganisme, qui est ce mouvement fortement identitaire et communautariste qui défend l’antispécisme, à savoir qu’il n’y a pas des espèces différentes, mais qu’une seule espèce, le vivant. Cet antispécisme tend à donner une égale dignité à tout être vivant : même dignité pour la personne humaine et pour le moustique. Dans ce contexte où d’une part le moustique tendra toujours plus à être présenté comme égal à la personne humaine, dans ce contexte où d’autre part le robot tendra toujours plus à être présenté comme égal à la personne humaine, dans ce contexte donc surgit ce mouvement large et diffus, et ô combien dangereux, de dilution du concept de personne humaine.

Le transhumanisme contribue fortement à cette dilution.

C’est d’autant plus pervers que le mot « transhumanisme » laisse entendre qu’il s’agit d’un humanisme. En fait c’est une vision de l’homme, replié sur lui-même, sans transcendance et donc sans reconnaissance de ce qui fait l’unicité de la personne humaine dans l’univers créé. Au final, au lieu d’être un humanisme, le transhumanisme est un anti-humanisme. Comme l’écrivait le Pape Benoît XVI dans son encyclique « Caritas in veritate » : « L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain » (n° 78).

La perte du sens de la limite

Les nouvelles technologies semblent être capables de repousser les limites à l’infini au point de faire croire que la limite ultime sur cette terre, à savoir la mort, pourrait être définitivement vaincue. Lorsqu’on perd le regard sur Dieu et en conséquence sur la personne humaine, plus rien ne semble pouvoir justifier de mettre une limite à l’innovation technologique. Face au transhumanisme, nous sommes comme ramenés au Livre de la Genèse, dans lequel Dieu nous rappelle que nous pouvons bien user de tout le jardin d’Eden, donc de tout l’univers créé, sauf de l’arbre de la vie et de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2, 16-17 ; Gn 3, 22-24). La vie et le bien et le mal ne sont pas laissés à la maîtrise de l’homme. C’est une limite que Dieu met à l’homme pour son propre bonheur ou pour le protéger de son propre malheur. 

Le transhumanisme, parce qu’il est un athéisme, ne peut pas accepter qu’une limite éthique soit mise à son agir, à son innovation technologique.

Le refus de toute limite est tendanciellement la manifestation d’un choix, celui de la toute-puissance : d’une certaine manière, le transhumanisme se proclame maître de la vie, et juge souverain du bien et du mal, libre de toute limite, libre de toute morale ou éthique. La perte du sens de la limite et en conséquence la perte des repères de base quant à la vie à protéger et à promouvoir, quant au bien à faire et au mal à ne pas faire, pousse à la dérive de la toute-puissance. L’humanité est entrée dans une ère nouvelle où le pouvoir technologique nous met à la croisée des chemins et d’une manière encore plus forte que d’habitude face à nos responsabilités.

Mais alors, quelles sont nos responsabilités personnelles ?

  • Ne pas se laisser fasciner, mais sans cesse discerner à la lumière de la sagesse et de la foi
  • Dénoncer d’emblée toute tentation de concentration des pouvoirs et donc de risque de totalitarisme.
  • Evaluer la pertinence de tout projet de société à travers le critère de l’unité : une société unie et solidaire ou une société divisée en deux catégories d’êtres humains.
  • Donner la place qui revient à Dieu et à son image, la personne humaine. La centralité de la personne humaine, dans le respect de l’intégralité de sa dignité et en particulier de sa dimension transcendante doit être reconnue et protégée de manière inconditionnelle.
  • Savoir mettre les limites : ne pas porter atteinte à la vie et ne pas faire le mal. Mais au contraire protéger et promouvoir la vie et faire sans cesse le bien. Cela passe aussi par encourager toutes les innovations technologiques qui contribuent à une meilleure qualité de vie de la personne humaine dans le respect de sa vraie dignité.

Et dans nos entreprises ?

  • Considérer tout collaborateur d’abord comme une personne humaine et non pas seulement comme une ressource à faire produire le plus possible, à transformer en machine. Ce respect de la personne humaine passe par toutes sortes d’actes, il s’incarne en particulier par un management bienveillant et innovant.
  • Protéger le travail contre la menace de sa disparition, car le transhumanisme inclut dans son programme une disparition massive du travail. Il faut bien garder à l’esprit qu’il y a un lien intrinsèque entre la personne humaine et le travail. Ce lien doit être à tout prix préservé. L’homme a besoin du travail pour son accomplissement personnel. L’homme a besoin d’être utile, de contribuer à un bien commun, de partager un projet collectif. Le lien entre la personne humaine et le travail est fondamentalement inscrit dans la volonté de Dieu. Cf. Livre de la Genèse : l’homme doit garder et cultiver le jardin, à savoir ce que Dieu a créé (Gn 2, 15). Par son travail, l’homme contribue à l’acte créateur de Dieu. Après le péché originel, le travail est marqué par son côté pénible et laborieux (Gn 3, 17-19). L’homme contribue alors par son labeur à l’acte rédempteur de Dieu qui est commencé dès après le péché originel. Disparition du travail, disparition du lien entre l’agir de l’homme et l’agir de Dieu. Plus le travail disparaîtra, plus l’homme disparaîtra.
  • Savoir mettre l’éthique au cœur de l’innovation, afin de vérifier que l’innovation soit bel et bien un progrès. Pourquoi depuis une trentaine d’années ne parle-t-on plus de progrès mais seulement d’innovation ? Quand on parlait de progrès on voulait signifier que ce qui est maintenant est mieux que ce qui était avant. Il y avait donc une évaluation qualitative, voire même morale. Quand on parle d’innovation, on veut juste dire que ce qui est maintenant n’était pas avant. Il n’y a plus d’évaluation qualitative, d’évaluation éthique ou morale. C’est bien là le problème. Il n’est pas responsable de se dispenser de l’évaluation éthique de l’innovation. C’est prendre le risque que l’innovation ne soit pas un progrès.

Après avoir éveillé ou réveillé nos consciences face au transhumanisme et avoir explicité nos responsabilités face aux défis qu’il génère, il faut encore insister sur notre toute première responsabilité.

Face à un transhumanisme qui ne voit pas ou ne sait pas voir la beauté de la personne humaine telle qu’elle est, il s’agit pour nous chrétiens d’affirmer cette beauté de la personne humaine telle qu’elle existe déjà et surtout de la faire resplendir. Notre foi nous permet de faire briller la grandeur qui est déjà celle de l’homme et qui se voit d’une manière éclatante dans sa capacité d’aimer. Le meilleur antidote à cette fuite en avant du transhumanisme, c’est simplement de choisir d’aimer, de vivre toutes les relations humaines avec ce désir d’aimer. Quand l’amour habite notre vie, nous en mesurons la profondeur, la grandeur, l’éternité. Alors la mort ne nous fait plus peur, elle n’est qu’un passage vers la plénitude de ce que nous avons déjà goûté ici-bas. La vraie réponse au transhumanisme, c’est l’amour au quotidien, à travers des regards, des paroles et des gestes simples, mais absolument uniques. Cet amour qu’aucune technologie ne saura jamais produire, car il lui faut un cœur pleinement humain et même un cœur profondément uni au Cœur divin.

Je termine par un petit clin d’œil liturgique, humour du bon Dieu ! Aujourd’hui, alors que nous réfléchissons au transhumanisme, nous célébrons la solennité de l’Annonciation et faisons donc mémoire de cet instant magnifique où l’Ange Gabriel est venu annoncer à la Vierge Marie qu’elle serait la Mère du Fils du Très-Haut. C’est le début du mystère de l’Incarnation. C’est parce que Dieu se fait homme dans le sein de Marie, parce qu’il a assumé en Jésus-Christ notre humanité, que nous aimons ce que nous sommes comme homme, corps et âme. Nous sommes dès lors temple de l’Esprit Saint. Notre humanité est sanctuaire de Dieu. Comme dans tout sanctuaire où Dieu est présent, nous avons à y entrer, mais toujours le genou en terre, en posant un acte d’adoration. Que la fête de l’Annonciation nous mette dans la même humilité que celle de Marie afin que nous soyons ainsi préservés de toute fascination et de toute volonté de puissance ! »

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