Eclairage de fond

Participation et corps intermédiaires : les syndicats

Publié le 31/01/2019

Certes certains dirigeants d’entreprises peuvent ne pas se sentir directement concernés par les syndicats. Le syndicat c’est la question des salariés ! Dans cette période d’instabilité où la détresse de certaines catégories de concitoyens devient de plus en plus criante, il est urgent de revenir sur ce que l’Eglise dit sur les corps intermédiaires. Armé de cette réflexion, le dirigeant soucieux du bien commun pourra se réinterroger sur ses relations avec le monde syndical.

Les corps intermédiaires comme lieu de la participation

La première encyclique sociale Rerum Novarum était une réponse à ce que l’on a appelé « la question sociale », c’est-à-dire les conséquences des épouvantables conditions de vie des ouvriers dans les manufactures et usines issues de la révolution industrielle.

Dès les premiers paragraphes de l’encyclique, le pape Léon XIII rappelle qu’il est urgent de venir en aide « par des mesures promptes et efficaces, (…) aux hommes des classes inférieures, attendu qu’ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère imméritées. » il rappelle également que « Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. ». En effet, la loi le Chapelier et les décrets d’Allarde ont supprimé les corps intermédiaires. « Sous une apparence de liberté, c’est l’isolement qu’on apportait à l’ouvrier, et avec l’isolement la faiblesse (…) l’erreur fondamentale de ne concevoir et de n’admettre aucun organisme intermédiaire entre l’individu et l’Etat. »

Chaque personne a besoin de ces organisations intermédiaires pour la protéger mais aussi parce que c’est en leur sein qu’elle peut développer et épanouir ses qualités sociales et mettre en œuvre sa liberté. (Ce que ne permet pas une relation directe avec l’Etat).

Rerum Novarum souligne :

Le caractère naturel et donc premier des sociétés privées. Elles trouvent leur origine dans la nature sociale de l’homme. «S’associer est un droit naturel de l’être humain et par conséquent, un droit antérieur à sa reconnaissance par la société politique»

La nécessité de laisser les associations s’organiser librement. « Si donc, comme il est certain, les citoyens sont libres de s’associer, ils doivent l’être également de se donner les statuts et règlements qui leur paraissent les plus appropriés aux buts qu’ils poursuivent. » .

L’importance de donner à ces associations une finalité qui ne soit pas que matérielle et économique.

Les papes suivants reprendront les propos de Léon XIII. Jean Paul II dans Laborem Exercens et Benoit XVI préciseront certains points :

  • L’importance de la collaboration entre toutes les parties de la société. Ainsi « les rapports au sein du monde du travail doivent être caractérisés par la collaboration : la haine et la lutte visant à éliminer l’autre constituent des méthodes tout à fait inacceptables » . En particulier la lutte des classes est clairement condamnée .
  • Le rôle de service du bien commun des organisations professionnelles : « les syndicats sont à proprement parler les promoteurs de la lutte pour la justice sociale, pour les droits des travailleurs dans leurs professions spécifiques « cette « lutte » doit être comprise comme un engagement normal « en vue » du juste bien (…) elle n’est pas une « lutte contre » les autres »»
  • La nécessité d’aller au-delà de la simple question économique et d’aborder plus largement les questions sociales et morales dans le souci du bien Commun :
    • En élargissant leur champ d’action au-delà des catégories traditionnelles de travailleurs : contrats atypiques, saisonniers, immigrés mais aussi sans emploi .
    • En s’intéressant aux dimensions internationales de leur rôle.
    • En allant au-delà du seul souci de la redistribution des richesses et en s’intéressant au travail lui-même et à sa qualité voire en retravaillant sur l’équilibre entre l’homme travailleur et l’homme consommateur. Ce champ, comprend les conditions de travail mais aussi l’ajustement permanent des compétences des collaborateurs aux nouvelles techniques.

Aider les représentants du personnel à jouer leur rôle

Tous les dirigeants n’ont pas de relations avec les syndicats. Beaucoup de PME n’ont pas de représentation du personnel organisée. Mais pour les dirigeants qui sont en contact fréquent avec les représentants du personnel, il est de leur responsabilité (et de leur intérêt) de les aider à jouer leur rôle. Il peut ainsi être utile d’échanger avec eux sur ce qu’est leur responsabilité et ce qu’elle n’est pas. Ainsi certaines entreprises leur donnent les moyens de développer leurs compétences notamment économiques.

Questions pour le dirigeant d’entreprise

  • Quelles sont mes relations avec les représentants syndicaux ? Comment est-ce que j’échange avec eux ?
  • Ai-je connu des conflits sérieux ? Si oui, comment ai-je agi ? Quelles leçons en ai-je tiré ?
  • Est-ce que je les aide à jouer leur rôle ? Si oui, comment ?

Le syndicalisme français vit une crise profonde : faible représentativité, prise en main du social par la puissance publique, fin du mythe de la lutte des classes, fonctionnarisation syndicale, individualisme des salariés et mondialisation de l’économie… Certaines centrales sont en pleine réflexion et s’interrogent sur la meilleure façon de prendre en compte la réalité économique dans toute sa complexité.

En tant que représentant d’une des principales parties prenantes du monde économique, nous pouvons contribuer à cette réflexion. De plus avoir une vision construite de ce que pourrait être leur rôle peut être utile aux échanges au sein de l’entreprise.

  • Quels sont mes contacts avec les dirigeants syndicaux ?
  • Comment les aider à redécouvrir les réalités économiques ? La légitimité de l’entreprise ? La façon dont fonctionne une entreprise ? Comment les aider à mieux comprendre les enjeux économiques futurs dans toute leur complexité ?