Eclairage spirituel

Doctrine sociale de l’Eglise : bien commun et Trinité

Publié le 24/04/2017

Bien commun et Trinité : Selon saint Thomas d’Aquin, la finalité ultime du bien commun est la « réalisation des inclinations les plus élevées de l’homme tendant à sa perfection », c’est-à-dire tendant à être conforme à sa ressemblance avec Dieu, dans le cadre d’un bien commun universel qui est celui de la création toute entière.

La Constitution Gaudium et Spes du Concile Vatican II en 1965 revient sur le caractère dynamique du bien commun, dans ce combat permanent de l’homme contre les obstacles qui limitent son élan vers le bien, face à l’angoisse du monde moderne « puissant et faible, capable du meilleur et du pire » selon Philippe Bordeyne[1]. Face à cette angoisse universelle, le bien commun est également appelé à devenir universel.

En réalité le germe divin déposé en l’homme ne demande qu’à croître. Si l’homme y adhère et s’ouvre au salut venant de Dieu, il devient acteur de son propre salut et de celui des autres hommes, pris dans les mêmes difficultés existentielles…

Dans l’Encyclique Popularum Progressio en 1965 Paul VI ouvre la voie au « développement intégral de l’homme, de tout l’homme et de tous les hommes ». Ce thème sera développé à nouveau par Benoît XVI dans Caritas In Veritate.

Paul VI se situe dans un « humanisme plénier » dont Dieu est la source à l’ opposé d’un « un humanisme exclusif » qui selon la formule du cardinal Henri de Lubac « est un humanisme inhumain ».

Il s’agit donc de rendre à l’homme sa pleine dignité, sa responsabilité et sa liberté, car elles dépassent toutes les institutions, les règles et normes humaines et s’opposent à tout déterminisme ou faits sociaux qui s’imposeraient à l’individu.

Pour Benoît XVI dans Caritas In Veritate, la communauté des peuples et des Nations ne peut que viser très haut : « la préfiguration anticipée de la cité sans frontières de Dieu ».

Benoît XVI dans Caritas In Veritate revient sur les apports de Populorum Progressio, cette fois dans le contexte nouveau de la mondialisation. Il insiste sur le fait que le bien commun est recherché « pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien ». C’est pour lui un « critère d’orientation de l’action morale ».

Le bien commun est donc l’affaire de tous[2], en communauté, en vue du bien des personnes. « C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. Œuvrer en vue du bien commun signifie d’une part, prendre soin, et d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement et culturellement la vie sociale qui prend ainsi la forme de la « polis », de la cité ».[3]

Il fait appel à la solidarité de tous, qui signifie avant tout « se sentir responsable de tous », et qui « ne peut être déléguée seulement à l’Etat ». Parmi eux, l’entrepreneur, qui donne du travail aux autres, leur permet de s’accomplir comme créateurs dans leur « actus personae ».

La place de cette créativité dans l’entreprise a été soulignée à de nombreuses reprises et rappelée dans le Compendium de la doctrine sociale de l’Église publié en 2004. Benoît XVI voyait également en tout homme un entrepreneur, c’est à dire un « homme en acte d’initiative ».

Jean Paul II avait noté la part essentielle que prend la capacité d’initiative et d’entreprise dans la société comme source de richesses. Mais aussi la conviction que « la principale ressource de l’homme, c’est l’homme lui-même ».

Les principes de bonne gestion sont donc insuffisants, incomplets, comme toute vision de l’économie, et ils doivent être complétés par les valeurs du christianisme pour atteindre les objectifs les plus hauts donnés à l’activité économique elle-même : « ne pas tenir compte exclusivement de l’objectif économique, mais respecter concrètement la dignité humaine des travailleurs qui œuvrent dans l’entreprise », pour que chacun puisse grandir et marcher vers sa perfection.

Le Pape François dans l’Encyclique Laudato Si’  consacre plusieurs paragraphes au bien commun. Il en reprend les grands principes : « Le bien commun présuppose le respect de la personne humaine comme telle, avec des droits fondamentaux et inaliénables ordonnés à son développement intégral. Le bien commun exige aussi le bien-être social et le développement des divers groupes intermédiaires, selon le principe de subsidiarité. Parmi ceux-ci, la famille se distingue spécialement comme cellule de base de la société. Finalement, le bien commun requiert la paix sociale, c’est-à-dire la stabilité et la sécurité d’un certain ordre, qui ne se réalise pas sans une attention particulière à la justice distributive, dont la violation génère toujours la violence. Toute la société – et en elle, d’une manière spéciale l’État – a l’obligation de défendre et de promouvoir le bien commun »[4].

Le Pape François, avec Laudato Si’,  élargit au plus haut point la notion de bien commun. D’une part en faveur de tout ce qui nous entoure (notre environnement, au sens littéral), en vue du salut de la Création toute entière qui retourne à Dieu, grâce au travail de l’homme pour préfigurer la Jérusalem céleste. « L’écologie humaine est inséparable de la notion de bien commun, un principe qui joue un rôle central et unificateur dans l’éthique sociale. »[5]

D’autre part aux générations futures : « La notion de bien commun inclut aussi les générations futures. Les crises économiques internationales ont montré de façon crue les effets nuisibles qu’entraîne la méconnaissance d’un destin commun, dont ceux qui viennent derrière nous ne peuvent pas être exclus. »[6]

Chacun, homme politique, entrepreneur, citoyen, est appelé à prendre sa part de l’édification du bien commun pour toute la Création que Dieu nous confie, dans une « amitié civile » : « L’amour, fait de petits gestes d’attention mutuelle, est aussi civil et politique, et il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. L’amour de la société et l’engagement pour le bien commun sont une forme excellente de charité qui, non seulement concerne les relations entre les individus mais aussi les « macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques »[7].

[1] Théologien,  recteur de l’Institut catholique de Paris depuis 2011
[2] … et non des seuls pouvoirs publics (qui ont montré leur capacité à faire peu de cas de l’homme, en ce XXème siècle).
[3] La qualité des institutions est une question clé de la construction du bien commun. Elle est largement abordée dans la 3° partie de ce livret.
[4] Laudato si §157.  Le catéchisme de l’Eglise Catholique (§1906 à 1909) rappelle que « « Le bien commun intéresse la vie de tous. Il réclame la prudence de la part de chacun, et plus encore de la part de ceux qui exercent la charge de l’autorité. Il comporte trois éléments essentiels » :
  • « le respect de la personne en tant que telle ». La société « se doit de permettre à chacun de ses membres de réaliser sa vocation » et pour cela « respecter les libertés indispensables à son épanouissement. »
  • « Le bien-être social et le développement du groupe lui-même ». Chaque communauté « doit rendre accessible à chacun ce dont il a besoin pour mener une vie vraiment humaine : nourriture, vêtement, santé, travail, éducation et culture, information, droit de fonder une famille, etc. »
  • « La paix, c’est-à-dire la durée et la sécurité d’un ordre juste ».
[5] Laudato si §156.
[6] Laudato Si § 159
[7] Laudato si §231
Article extrait du Cahier des EDC Bien commun et entreprise