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Être pleinement leader et serviteur : Témoignage d’Audrey Cattoz, dirigeante de KLS Lunettes

Publié le 01/11/2018

Rencontre avec Audrey Cattoz, membre des EDC et fondatrice de KLS-Lunettes, qui produit des lunettes made in France à Lyon. Elle dirige son entreprise avec foi et conviction, en se mettant au service de ses clients comme de ses collaborateurs.

Être pleinement leader et serviteur », tel est l’objectif d’Audrey Cattoz. La quadragénaire, mariée et mère de quatre enfants, a lancé son activité il y a une dizaine d’années et propose aujourd’hui, dans sa boutique lyonnaise, des lunettes fabriquées dans la région à un prix simple et juste. Un pari sur le marché de l’optique, ultra-concurrentiel avec près de 10 000 magasins en France. « Finalement, tout le monde propose la même chose, les même grandes marques mondialement connues mais toutes fabriquées en Asie. Dans notre patois de Canaan, on appelle ça l’économie de pharaon : elle est riche, belle, glorieuse et bien organisée, mais elle ne porte pas les mêmes valeurs que celles du peuple de Dieu. Aujourd’hui, un vendeur qui travaille dans une boutique d’une grande chaîne doit réaliser la vente en moins de 35 minutes, avec un chiffre d’affaires à respecter et un certain nombre d’options à vendre au client… Chez KLS (Konnexion lunettes solidaires), on revient aux fondamentaux en osant être alternatif. »

Audrey Cattoz et ses deux associés, Pierre Solodky (membre EDC) et Servane Teisseire

 

« Pour que les clients ressentent cette grâce, il faut que l’équipe soit en paix. Et cela passe par le management du dirigeant. »

« Ici, on chouchoute le client », aime rappeler Audrey Cattoz. Car l’achat de lunettes n’est pas anodin : « C’est souvent lié à un problème de vue qui baisse, cela peut être anxiogène. De plus, cet accessoire est très intime, il reflète votre personnalité. » Chaque client se voit proposer un entretien personnalisé au « Bar à lunettes », afin de déterminer le modèle qui lui convient le mieux. Un moment d’échange privilégié et indispensable, « encore plus avec l’évolution du e-commerce, puisque les gens peuvent trouver ce qu’ils veulent en trois clics, poursuit Audrey Cattoz. Il faut proposer autre chose aux clients, avec un endroit où ils trouveront écoute et paroles valorisantes ; un lieu dans lequel ils se sentent bien et peuvent venir se ressourcer. » Pour réussir ce pari, la créatrice s’appuie sur la dizaine de collaborateurs de KLS. « Pour que les clients ressentent cette grâce, il faut que l’équipe soit en paix. Et cela passe par le management du dirigeant.

Le manager, avant d’être serviteur, est celui qui doit insuffler l’énergie, la vision, la persévérance.

Dans ce leadership, la foi est centrale. Le manager, avant d’être serviteur, est celui qui doit insuffler l’énergie, la vision, la persévérance. Les circonstances économiques actuelles sont tellement incertaines que si vous n’avez pas profondément en vous cette foi, ce n’est pas possible. Il est très important que nos collaborateurs ressentent que l’on est serein, quelles que soient les décisions à prendre, et qu’on leur transmette cette paix en toute circonstance. Pour être leader et serviteur, le chef d’entreprise ne peut pas être omnipotent. » Pas forcément facile ! Cela nécessite de la prière, mais aussi une remise en question et un travail d’introspection. « Je n’y suis pas arrivée au début. J’avais en charge la partie création et développement de l’entreprise ; j’avais également investi de l’argent dans l ’affaire. Je me sentais responsable de tout… Il m’a fallu un moment pour comprendre que je devais moi-même être à ma juste place pour que cela fonctionne, que chacun puisse révéler son talent ! Dans cette étape complexe et douloureuse, j’ai choisi de me faire accompagner par un coach, également membre des EDC. Nous avons appris à faire en sorte que la parole puisse circuler librement dans l’équipe. »

Le dialogue, clé du leadership

Pour Audrey Cattoz, le dialogue et l’écoute sont nécessaires. « On offre à chacun de nos collaborateurs une relation intime et de confiance. Il faut être capable de les accompagner, de les écouter. Cela entraîne des moments de grande qualité, je leur propose de prier pour eux, qui l’emportent sur l’exigence de rentabilité. » Un avis partagé par son associée Servane Teisseire, opticienne : « Ce n’est jamais du temps de perdu car cela permet de relâcher une tension. Et si nos collaborateurs ne règlent pas forcément leur problème tout de suite, ils sentent qu’ils sont écoutés et qu’on les soutient. Cette bienveillance se ressent aussi dans la relation client. »

« Tout ce que l’on dit peut être confronté, poursuit Audrey Cattoz. Nos salariés peuvent remettre en question le leader, en argumentant dans un cadre bienveillant. Ce travail de co-création les implique tout de suite dans les projets. Certes, en tant que dirigeante, c’est à moi de porter la vision de l’entreprise, mais il est important de leur demander leur avis pour les différentes étapes. » Car la responsable ne veut pas reproduire ce qu’elle a vu dans son expérience professionnelle passée : « J’ai travaillé dans de grosses structures très paternalistes, très encadrées, où il était impossible de remettre en cause l’autorité du dirigeant qui, sous couvert d’être propriétaire, s’autorisait des paroles parfois agressives ou humiliantes. Cela m’a profondément marquée et, pour moi, il est indispensable de prendre soin de mes collaborateurs. »

Au service des collaborateurs

Marquée par son expérience passée où la vie professionnelle, avec des horaires très lourds, ne tenait pas compte de la vie personnelle, Audrey Cattoz a décidé de s’adapter, autant que possible, aux situations de chaque salarié en instaurant des horaires groupés, une journée « école » pour aller chercher les enfants ou en adaptant l’emploi du temps d’une collaboratrice dont l’enfant est atteint de mucoviscidose : « Nous sommes attentifs à ce que chacun s’épanouisse et progresse professionnellement ! »

Le pari d’Audrey Cattoz, que ce soit avec la fabrication locale à prix raisonnable ou le leadership servant, fonctionne: avec l’ouverture d’un troisième magasin en région lyonnaise d’ici fin 2018, KLS-Lunettes développe son concept en franchise dans toute la France.

Gautier Demouveaux