Fiche "Points de repères"

Fiche Points de Repères « Écouter, savoir se laisser bousculer »

Publié le 10/10/2017

A l’issue de la Commission Repères du 10 octobre, 2017, la présente fiche a été établie pour diffusion interne au mouvement à titre de repères pour la réflexion et l’action.

Téléchargez ici la fiche Points de repères « Écouter, savoir se laisser bousculer par le discours de l’autre »

  1. « Ecoutons Dieu » :

L’attitude chrétienne, c’est d’abord celle d’une personne qui écoute la parole de Dieu et qui la médite dans son cœur. Elle oblige à un silence préalable qui est capacité d’accueil de la Parole. Loin d’être une attitude passive, cette écoute est le premier pas vers l’action. Dès lors, il ne serait pas juste d’opposer radicalement la vie contemplative et la vie active ! L’Ecriture est un point de repère pour agir en chrétien aujourd’hui ; la Bible est une parole vivante qui nous fait avancer dans nos questionnements les plus quotidiens et les plus contemporains. Pour devenir un bon « écoutant » en société, il faut d’abord se mettre à l’école de la Parole, en rentrant dans la lectio divina, ou en commençant déjà par la lecture de l’évangile du jour.

A. Florilège de passages de l’Ecriture : l’écoute comme premier commandement de Dieu, nécessaire avant toute action.

Marc 12, 28-31 : Un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ?» Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Luc 8, 19-21 : En ce temps-là, la mère et les frères de Jésus vinrent le trouver, mais ils ne pouvaient pas arriver jusqu’à lui à cause de la foule. On le lui fit savoir : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui veulent te voir. » Il leur répondit : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique. »

Luc 10, 38-42 : Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

B. Méditation de James Haggerty : être ouvert à l’imprévu de Dieu

« Nous devrions bien convenir qu’en nous luttent deux manières d’écouter la parole de Dieu. La première manière consiste à laisser notre subconscient mettre en œuvre toute une stratégie pour ne trouver dans la Parole et, donc, pour n’y entendre, que ce qui conforte ce que nous croyons avoir : nos idées, nos choix de vie et, plus profondément, la satisfaction de nos besoins affectifs, sous l’alibi de notre amour de Dieu. La deuxième manière d’écouter la parole de Dieu consiste à nous disposer à ce que, dans notre écoute, quelque chose d’autre que la confrontation de nos croyances et de la satisfaction de notre subjectivité puisse se réaliser. Dans cette deuxième écoute, comme dans la première, nous devons réaliser notre désir d’écouter Dieu. Mais, différence essentielle, nous acceptons le fait que, puisque Dieu est Dieu, notre désir ne pourra se réaliser authentiquement que d’une manière absolument imprévisible et inimaginable. Nous sommes disposés à accueillir la parole de Dieu, objet de notre désir, telle qu’elle nous fait la grâce de se révéler à nous, et non comme le clone de la représentation psychique que notre désir s’en était forgée. Alors seulement nous faisons partie de ceux qui ont : nous recevons ce que la parole de Dieu nous dit réellement ».

2. « Ecoutons la société » :

Le Concile Vatican II (Gaudium et Spes) a rappelé que l’Église devait accompagner les hommes de ce temps, leurs joies et leurs espoirs, leurs peines et leurs angoisses. Ce rôle est désormais dévolu tant aux laïcs qu’aux prêtres et religieux. A nous d’être attentifs aux signes des temps.

A. Écoute et communication :

L’écoute et la prise de conscience de la réalité qui nous entoure, et l’art du dialogue qui s’en suit, sont les fruits du Concile. Dans notre société médiatique et de l’immédiateté, l’écoute disparaît souvent devant un dialogue de sourds, des opinions assénées plus que réfléchies, conduisant à un « prêt à penser » rigide.

Il nous faut reconnaître chez nos interlocuteurs la dualité entre « personnage » (masque) et « personne » vraie, savoir en tenir compte dans notre communication et chercher néanmoins à entamer un vrai dialogue les mettant en cohérence avec eux-mêmes.

Ainsi, quand nous vivons, en tant que chrétiens, du mystère trinitaire (perfection de la communication des personnes) qui s’est ouvert à nous dans le Christ, cette « ouverture de Dieu au monde » transforme le monde profondément. Notre mission, au cœur de la société, est d’être l’instrument de Jésus-Christ, « le Bien se diffusant de lui-même ».

« Il n’existe qu’une seule forme légitime d’ouverture de l’Eglise au monde. Cette forme a un double aspect : celui de mission, qui prolonge la procession du Verbe, et celui de simple geste d’amour désintéressé au service de l’actualisation de l’amour divin, un amour qui sans cesse s’écoule quand bien même il reste sans réponse ». (J. Ratzinger

B. Prendre conscience de la diversité culturelle et adapter notre expression publique :

Il s’agit de prendre en compte les leçons de l’histoire, la diversité culturelle et de mener un travail d’enracinement philosophique fondé sur notre vision de l’homme. La Pensée Sociale Chrétienne peut nous aider à nous y former et à diffuser nos messages autour de nous.

« Habermas insiste sur le fait que la persistance des religions dans les sociétés démocratiques implique un « double apprentissage » des limites de la religion et des limites de la raison. Pour les groupes religieux, (…) leur participation au débat public passe par une acceptation du débat démocratique, et pour le discours religieux par la traduction de ses convictions dans un langage « raisonnable », accessible à tous par la voie de l’argumentation.

Les hommes religieux doivent assimiler l’existence d’un pluralisme irréductible des visions du monde à l’intérieur des sociétés et le besoin de tisser un lien social au-delà de leur propre communauté identitaire. Si les « humanismes » d’inspiration religieuse ont jadis su accomplir cette tâche de sensibiliser aux enjeux d’humanité ; on attend d’eux un discours renouvelé sur l’homme et sur sa dignité capable de mobiliser les forces politiques et sociales en vue de proposer des formes de vie humaine où les personnes retrouvent une place. Les religions constitueront ainsi un pôle critique à l’égard de sociétés qui bouclent sur elles-mêmes, où les hommes ne sont considérés que comme les cibles des stratégies de marché, des « consommateurs » ou des forces au service de l’accumulation croissante du capital. »[1]

Cela étant, ce dialogue, présent dans le Nouveau Testament, n’est pas un dialogue platonicien, mais bien une proclamation claire, accessible, sans édulcoration, sans relativisme, au risque de l’incompréhension (parler sans être compris sur le fond, car il faut savoir se faire grec avec les grecs…). En portant et rendant lisible l’Evangile dans tout ce que nous sommes et faisons, nous participons à « l’être-en-chemin » (Unterwegssein) de la Bonne Nouvelle qui s’adresse à tous.

On recherche des lieux de vraie discussion de fond : n’hésitons pas à en créer autour des EDC, dans nos églises locales, nos diocèses, les monastères comme Saint-Wandrille.

3. « Ecoutons dans l’entreprise » :

Deux volets semblent nécessaires pour écouter en tant qu’entrepreneur et dirigeant chrétien

A. Formation à l’écoute : écouter mes collaborateurs et favoriser l’écoute

Il s’agit d’une écoute active, telle que la décrit Jean-Eudes Tesson, se mettant à la place de l’autre un instant, pour voir les choses de son point de vue.

Et pour cela, quoi de mieux que de prendre plaisir à l’écoute, comme le propose Servais-Théodore Pinkaers dans L’école de l’admiration ?

B. Etre à l’écoute des nouveaux défis de nos entreprises :

Quelques exemples :

  • Être attentif aux jeunes qui se présentent pour être embauchés ou pour une formation, pour leur transmettre notre vision du travail et recevoir tout leur enthousiasme ;
  • être attentif aux nouveaux usages du numérique, des Big Data, de l’Intelligence Artificielle… menant jusqu’au contrôle de la vie privée et à la domination de quelques grands groupes, et ultimement au transhumanisme ;
  • être attentif aux réformes du droit du travail et du dialogue social (avenir du paritarisme et des corps intermédiaires face à une étatisation possible) ;
  • être attentif aux familles, au bassin d’emplois local, à notre environnement au sens de Laudato Si’, « tout ce qui nous entoure »…

 [1] Luis Fernando Munera, « Quelle place dans l'espace public ? », Revue Projet 2008/5 (n ° 306), p. 50 .