Article de la revue

Dirigeants Chrétiens n°102 – Travailler et prier ?

Publié le 02/09/2020

Travailler et prier ?

À cette devise bénédictine traduite en français (ora et labora en latin), nous avons ajouté un point d’interrogation tant, dans notre société, les deux termes « travailler » et « prier » sonnent comme un oxymore. Pourtant, à l’image des pères de l’Église et des moines bénédictins, ne croyons-nous pas que vie active et vie spirituelle sont indissociables et qu’il nous revient, à nous chefs d’entreprise, de les réconcilier en recherchant une unité de vie ? Les dirigeants, moine, pasteur, qui témoignent dans ce dossier nous montrent non seulement que la prière au travail est possible, malgré l’urgence du quotidien, mais qu’« elle ouvre des horizons que notre seule raison ne pouvait envisager »


Entretien croisé

Mettre l’essentiel au cœur de l’important

D’où vient la devise « prie et travaille » (ora et labora) ? Séparer travail et prière, est-ce considérer que la dimension spirituelle est étrangère à la nature de l’homme ? Au contraire, ne nous faut-il pas réconcilier la matière et le spirituel, y compris dans notre vie professionnelle ? Quelle prière est possible, souhaitable, dans l’entreprise ? Que se passe-t-il quand la prière personnelle irrigue notre travail ? Comment, concrètement, donner une place à la prière dans l’urgence du quotidien ? Extraits d’un échange sur le vif entre le frère Hugues Minguet et Arnaud Guirouvet, chef d’entreprise.

Frère Hugues Minguet,
Moine bénédictin, fondateur de la communauté « Cœur de Jésus
de vie » (Haute-Loire) et de l’Institut sens et croissance.

Arnaud Guirouvet,
Président de région EDC Auvergne – Rhône-Alpes, dirigeant de
Jacomex et créateur des Voilerieuses (Morbihan).


      Témoignage

       Je place ma journée sous le regard du Seigneur

Nicolas Maulvault,  directeur général d’Handynamic.

 

«Convaincu que le Seigneur nous confie de participer – à notre petite mesure – à sa Création, je place ma journée sous son regard en commençant par un temps de prière matinale. J’ai également une dévotion toute particulière pour saint Joseph, le patron des travailleurs, à qui je confie ma tâche quotidienne en lui demandant la grâce de bien l’accomplir, de donner du sens à mon travail et d’être utile à ceux qui me sont confiés. J’ai aussi un temps de prière avant de me coucher, l’occasion de relire ma journée afin de regarder ce qui a pu être positif mais aussi les moments où j’ai pu manquer à ma mission. Durant la journée, face à des situations compliquées, il m’arrive aussi de demander au Seigneur de m’aider à prendre des décisions justes, à trouver les mots qui pourront réconforter ou éclairer mes collaborateurs. À ces moments de prière personnelle se rajoutent des rendez-vous collectifs avec mes associés. Nous nous retrouvons une fois par mois pour aller à la messe et dîner ensemble. C’est un temps précieux pour se confier, prier ensemble et prendre les décisions importantes pour l’entreprise. Nous prenons également un temps de retraite annuelle pour relire et éclairer notre action de dirigeants.» (CFBL)


Regard d’un conseiller spirituel

                                   Travailler et prier

Le pasteur Luc-
Olivier Bosset est
conseiller spirituel
de l’équipe EDC
Montpellier Saint-
Dominique.

Travailler, c’est être actif, orienté vers le dehors, vers les autres, vers le monde. Prier, c’est être recueilli, tourné vers le dedans, réceptif à cette source profonde qui anime et porte notre réalité. Trouver le moyen de coordonner ces deux attitudes permet que le travail ne soit plus un tyran étouffant notre vie intérieure, mais un lieu où, en nous mettant au service des autres, nous sommes délivrés de nous-mêmes. Cela permet aussi que la prière ne soit plus dégoulinante de bons sentiments, mais qu’elle gagne en profondeur et en vérité.

Ainsi, la devise « travailler et prier » ne nous demande pas de remplir encore plus notre agenda, en additionnant une nouvelle occupation à celles déjà existantes ; elle nous invite plutôt à réfléchir à une conjugaison possible de l’engagement avec le recueillement. Car la prière et le travail ne sont pas deux réalités contradictoires. Si travailler c’est nous engager dans le monde, prier, ce n’est pas nous retirer du monde. Prier, c’est mettre un temps à part, au cœur des mille et une activités quotidiennes, afin que l’aiguille de notre boussole intérieure s’apaise et retrouve son orientation.

(…)

Dans le titre de cet article, la conjonction « et » révèle quelque chose de fondamental. Lorsque nous travaillons ou que nous prions, l’enjeu n’est pas que nous traversions nos journées en empilant successivement différentes pratiques, tout en les maintenant hermétiques l’une à l’autre. Non, l’enjeu est plutôt que nous les coordonnions, de manière que l’exercice de la prière enrichisse notre présence au travail et que notre implication professionnelle affine notre vie spirituelle.


Billet du conseiller spirituel national

Ora et labora (prie et travaille)

Père Vincent Cabanac, assomptionniste, conseiller spirituel national des EDC

Tout en concision, cette célèbre expression pourrait bien résumer la règle de saint Benoît, pourtant on ne l’y trouve pas puisque cette locution est apparue au XIXe siècle. En approchant l’exemplarité de la vie monastique bénédictine, on ressent combien grande est l’harmonie entre la prière et le travail. Le temps se répartit en privilégiant aussi un troisième pilier, la Lectio Divina, où la Parole de Dieu nourrit les contemplatifs. Ils s’abreuvent à cette source infinie de vie spirituelle. Dans un monastère et bien au-delà, l’action et la contemplation se complètent pour donner une belle assise à une existence comblée par la présence de Dieu et l’écoute de sa parole.

(…)