Témoignage d'un membre des EDC

« Proposer du beau et du bien pour faire grandir nos clients en humanité »

Publié le 01/11/2014

Philippe Royer, membre de l’équipe EDC Laval Saint-Pierre, est directeur de Clasel, entreprise spécialisée dans le contrôle laitier en Mayenne, et a repris cette année l’ancienne librairie Chapitre, devenue Corneille, dans le centre-ville de Laval. 48 ans, marié et père de quatre enfants, cet entrepreneur passionné prend des risques mais garde la tête froide, les pieds sur terre et le cœur en Dieu.

Pouvez-vous rappeler votre parcours ?

Après une double formation dans le domaine agricole et en gestion d’entreprise à l’Institut d’administration des entreprises, j’ai commencé ma carrière professionnelle en 1987 à Caen, dans le secteur agricole laitier, en tant que conseiller technique chez CL14, puis j’en suis devenu le directeur. en 1998, j’ai pris la direction d’une organisation professionnelle agricole, anciennement Contrôle laitier Mayenne, pour la transformer en entreprise conseils et services et lui faire quitter un schéma monopolistique en anticipant l’ouverture à la concurrence. nous sommes passés de 5,6 millions d’euros de chiffres d’affaires à 20 millions aujourd’hui. nous sommes en croissance annuelle de 3 à 4 % dans un secteur qui, lui, est en décroissance de 3,5 % par an. J’ai également assumé des responsabilités au sein des entrepreneurs et dirigeants chrétiens, dont j’ai été le vice-président national (de 2010 à 2014). Tout au long de ma carrière, j’ai été appelé à la confiance. parallèlement, il est fondamental de garder une attitude d’humilité et une âme de serviteur.

En mai dernier, vous inauguriez la librairie Corneille à Laval. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?

Philippe Royer

Nous avons mené ce projet avec un ami associé, Hugues préaux, qui travaille chez KPMG. en décembre 2013, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait pas de repreneur pour le pôle culturel Chapitre. nous avons rencontré les responsables pour un éventuel projet de reprise et déposé un dossier fin janvier auprès du tribunal de commerce. nous l’avons fait pour deux raisons : sauver le poumon culturel de la ville et les emplois, dans un contexte où la rentabilité du livre est faible. nous avons fait le pari de reprendre les 17 salariés, avec une phase d’ajuste- ment possible d’ici à la fin de l’année 2014. Quand nous sommes revenus du tribunal de commerce avec le plan de sauvetage opéré, c’était l’euphorie ! Après, il y a l’enjeu de transformer cette joie en initiative professionnelle. C’est simplement le début de l’histoire. On veut répondre aux enjeux du marché, assurer la pérennité du pôle et faire en sorte que les clients soient nombreux. Aujourd’hui, nous avons atteint 85 % du chiffre souhaité. Alors, nous gardons le cap, le moral et le plan d’action !

Pourquoi Corneille ?

Corneille fait référence à la fois au dramaturge connu de tous et au centurion premier païen converti de l’Église de pierre. nous souhaitions un nom qui fasse le lien avec le grand public tout en gardant une connotation spirituelle. nous avons édifié un espace spirituel significatif avec plus de 4 000 références. C’est une occasion pour que les clients soient touchés par l’esprit !

Quelle est votre ligne de conduite dans cette aventure audacieuse ?

Proposer du beau et du bien pour faire grandir nos clients en humanité, sans les abaisser. On a mieux à proposer aux personnes que de s’entasser sur les parkings de supermarchés ou de consommer de la téléréalité.

Le modèle économique de la librairie est fragile. Prenez-vous un risque ?

Le risque est évident. Je n’ai jamais autant visité la providence ! C’est dans la foi que j’ai pris cette décision. mais il faut aussi oser des choses compliquées. Si on ne fait que des choses évidentes et gagnantes, alors on ne fera peut-être pas beaucoup de belles choses dans la vie. et pourtant, com- bien y avait-il d’aspects complexes à négocier dans cette affaire ! Si on prend les choses rationnellement, il y avait peu de chances que les choses se dénouent en trois semaines. Il aurait plutôt fallu trois ans ! J’ai porté ça dans la prière en me disant : si ça doit se dénouer, ça va se dénouer. nous avons fait le maximum, poursuivons. et la providence œuvre.

Comment la librairie s’adapte-t-elle aux exigences actuelles de consommation ?

Une librairie qui ne développe pas d’activités annexes est une librairie en danger. Le monde économique est difficile. On a lancé une boutique en ligne, on se lance aussi dans le livre numérique, on investit dans le livre d’occasion, qui répond aux besoins des jeunes et des personnes qui n’ont pas forcément les moyens d’acheter un livre à 20 euros. nous avons cette volonté de rendre la culture accessible. Sans oublier toutes nos références livres, films, musique (voir encadré) de qualité et notre papeterie de fournitures de bureau à destination des collectivités ou des entreprises. Je me retrouve dans une posture de demande, et donc d’humilité, vis-à-vis d’amis entrepreneurs. Cela contribue au chemin de sanctification !

Vous êtes également directeur de l’entreprise Clasel, spécialisée dans le contrôle laitier en Mayenne. Vous considérez-vous comme un entrepreneur passionné ?

Je pense être un entrepreneur passionné, mais raisonnable. Quand on a des responsabilités, il faut faire attention à garder la tête froide. parce que si l’on pilote de manière fusionnelle et émotionnelle, on peut faire rêver les gens, mais le réveil le lendemain matin sera difficile. L’important demeure de rechercher en toute chose le bien commun.

Quelle place prend la foi dans votre vie ?

Une place de plus en plus importante. J’ai reçu une éducation chrétienne avant de faire une pause pendant une dizaine années sans pratiquer. Mais j’ai fait tout un chemin grâce à mon épouse, j’ai intégré les équipes Notre-Dame et les EDC, qui m’ont permis de travailler une unité entre ma vie spirituelle, professionnelle et personnelle, à ne pas être dirigeant la semaine et chrétien le week-end. J’ai un principe : continuer à avancer et suivre de mon mieux le Christ. Parfois, cela paraît simple, parfois, c’est plus compliqué. mais je continue de marcher.

De quelle manière votre foi influe-t-elle sur votre vision de l’entreprise ?

Ma foi me permet d’avoir beaucoup moins peur ! Elle me donne une paix intérieure qui me dit d’oser l’aventure, même si on n’en connaît pas le résultat. J’aime ce rapport au Royaume. On est amené à semer, à bien arroser, mais la récolte ne nous appartient pas. La foi influe aussi sur les relations. Elle m’amène à être de plus en plus en vérité avec mes collaborateurs. Quand j’étais plus jeune, mes peurs rendaient certaines situations délicates à traiter. par exemple, si vous accueillez quelqu’un qui a des difficultés de positionnement, familiales ou professionnelles, quand vous êtes vous-même en situation de stress, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez dans une impasse. mais si vous accueillez en paix la situation de l’autre, alors des solutions émergent. Le fait de savoir que le Christ nous aime et nous envoie son esprit est un don immense. Je prie tous les matins, je confie ma journée. Quand l’entreprise vit des moments difficiles, je les confie aussi. Cela me permet d’aborder ces situations avec plus de paix et de sérénité.

Votre vie de foi est-elle un témoignage pour vos collaborateurs ou vos salariés ?

Ils connaissent mes convictions et mes engagements. Un délégué syndical de l’UNSA est allé voir le site des EDC et m’a dit que cela l’avait rassuré !

Quels sont vos projets ?

Me laisser conduire par le Seigneur ! C’est un projet permanent parce que l’on a du mal à lui laisser les rennes et à demeurer en position de serviteur. En fait, c’est le projet d’une vie.

Propos recueillis par Charles-François Brejon de Lavergnée