Dossier revue

Dirigeants Chrétiens n°93 – Lâcher prise

Publié le 01/01/2019

Lâcher prise

« Lâcher prise »… cette expression fait-elle seulement partie du vocabulaire d’un entrepreneur ou d’un dirigeant ? Lui dont le job est précisément d’avoir la situation bien en main pour garder le cap ? Mais si lâcher prise, ce n’est pas s’envoler au soleil vers une plage de sable fin,  que cela peut bien signifier pour un dirigeant dans l’entreprise ? Les pistes proposées par les témoins de ce dossier nous montrent qu’il existe un lâcher prise fécond : lâcher prise par rapport au pouvoir, à l’argent, au temps, à l’équipe…. Plus encore, ils nous montrent que c’est même la condition de la réussite de l’entreprise. Et au travers de tous ces témoignages, se dessine peu à peu la certitude que c’est dans l’abandon à Dieu que peut naître un véritable lâcher prise.

 

 


Entretien croisé

Lâcher prise : le contraire de la déresponsabilisation ?

N’y a-t-il pas un paradoxe à parler du lâcher prise de l’entrepreneur, du dirigeant ? N’est-il pas précisément celui qui doit tenir le cap ? Lâcher prise, est-ce seulement une invitation à la décontraction ? Qu’est-ce que serait un lâcher prise fécond ? Est-ce aussi une aventure spirituelle ? Peut-on vivre l’expérience de l’abandon à Dieu en entreprise ? Finalement, lâcher prise ne serait-il pas une condition du succès, ? interrogent Olivier Belleil et Frédéric Granotier. Extraits d’un échange sur le vif.

 

 

Frédéric Granotier : dirigeant fondateur de Lucibel,
équipe EDC La Défense-Paris ND Pentecôte.

 

 

 

 

Olivier Belleil : théologien et philosophe de formation,
membre de la communauté du Verbe de vie auteur et conférencier.

 

 


Témoignage

 

Jean-Pierre Letartre, président d’EY Europe de l’Ouest, membre de l’équipe EDC Lille XXL

Lâcher prise pour prendre prise sur autre chose

Dans 6 mois, j’achèverai un mandat de 11 ans à la présidence d’EY. J’étais loin de me l’imaginer quand j’ai démarré en 2008 et que nous avons dû faire face à la pire crise financière de tous les temps ! Il a fallu se battre pour retrouver la croissance, plus de 64% depuis 2011. À l’heure de passer la main, je n’ai pas envie que les salariés me regrettent mais bien au contraire, je veux leur donner envie de mon successeur. Je sais combien la succession est un passage essentiel parce que c’est bien souvent sa réussite ou son échec que retiendront avant tout les collaborateurs. Un bilan ne se juge pas du jour au lendemain. C’est précisément la qualité du successeur que j’aurai sélectionné qui va marquer les esprits. Il faut définitivement renoncer à se choisir un clone car l’entreprise s’enrichit de la diversité des profils qui la composent. Grâce aux EDC, j’ai compris qu’il me fallait avoir envie d’autre chose pour assurer cette transition : lâcher prise pour prendre prise sur un autre projet. C’est pourquoi je pars avec confiance ! (A.W.)

 


Relecture théologique

La confiance, clé du lâcher-prise

Si la tradition chrétienne ne connaît pas la locution « lâcher prise », quel sont les domaines qui s’ouvrent au lâcher prise dans une perspective chrétienne?

« Lâcher prise » devient la consigne du bonheur. Sans doute parce que jamais l’humanité n’a pu autant prévoir les événements futurs en modélisant le passé, anticiper les effets des décisions, mais aussi parce qu’elle éprouve d’une manière nouvelle les risques de pénurie, le caractère acharné de la lutte pour la première place, le besoin de grossir pour survivre. Jamais, de plus, il n’a été autant possible à un responsable d’être informé « en temps réel » et donc de contrôler, de prendre la main, de piloter. La tradition chrétienne ne connaît pas la locution « lâcher prise ». Tout au plus « offrir » (son corps en sacrifice saint, Rm 12, 1), « remettre » (son esprit, Jésus sur la croix ). Mais trois domaines s’ouvrent au « lâcher prise » dans une perspective chrétienne (…)

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims


Billet du conseiller spirituel national

S’abandonner n’est pas choir…

Père Vincent Cabanac, assomptionniste, conseiller spirituel national des EDC

 

Tout adulte responsable subit la tentation de croire que progressivement il convient de faire de moins en moins confiance aux autres et de plus en plus à soi-même. Cercle vicieux qui conduit à un enfermement parfois dissimulé sous un amas de bonnes raisons et justifications (…)