Centre-Val-de-Loire

Intervention d’Yves Gonnord – ancien Pdg de Fleury-Michon lors des assises régionales E.D.C Pays-de-Loire et Centre val-de-Loire

Publié le 01/04/2019

Intervention d’Yves Gonnord – ancien Pdg de Fleury-Michon  le 16 Mars 2019

 

 

En acceptant l’invitation d’Arnaud BOUTON de venir témoigner de mon expérience, ou plutôt de l’expérience de l’entreprise Fleury – Michon, je ne suis pas venu pour vous convaincre. Je suis venu tout simplement témoigner de la démarche d’une entreprise, peut-être atypique, à l’image des entreprises vendéennes, mais certainement pas unique en France ; et j’en suis sûr, très proche des entreprises dont vous avez la responsabilité.

Je veux tout simplement vous expliquer pourquoi la préoccupation de l’Emploi a toujours été au cœur de la stratégie de Fleury-Michon.

J’ai spontanément accepté votre invitation, car si la question de la place de l’Homme ne date pas d’aujourd’hui, le Thème de vos Assises ((L’ENTREPRISE PEUT-ELLE ÊTRE au SERVICE de l’HOMME ?)) est au cœur de l’Actualité.

En effet… dans la Sphère Économique d’Aujourd’hui, fortement impulsée par la Finance, il est certain qu’aucun Dirigeant d’Entreprise ne peut ignorer le ‘’ SHARE HOLDER VALUE ‘’, cette loi d’airain qui pousse les Actionnaires à assigner au Dirigeant 1 seule mission ((Faire de + en + de profit, pour maximiser le Dividende et la Valeur de l’Entreprise)).

……dans ce Monde Économique où le cours de bourse d’une                                   entreprise a tendance à monter dès que son Dirigeant annonce des réductions d’effectifs. J’ai trouvé très intéressant et très pertinent que vos Assises mettent le projecteur sur ‘’l’Importance de l’Homme dans l’Entreprise ‘’

Avant de vous présenter quelques cas concrets qui illustreront le souci permanent de l’Emploi et de la Sécurité de l’Emploi qui a toujours été au cœur de notre projet d’Entreprise, je veux vous faire part d’une petite anecdote qui démontre que le souci de l’Ecoute et du Respect de l’Homme dans l’Entreprise se posait déjà il y a 35 ans

Au début des années 80, Mr Hervé SEYRIEX (chef d’entreprise/professeur d’économie) publiait 2 livres « L’Entreprise du 3eme Type » (1984) et « Le Zéro Mépris » (1989). Lors d’une conférence-débat en Vendée devant un parterre de patrons il nous délivra, dès le début le message suivant ((Pourquoi demandez-vous à vos Salariés de laisser leur intelligence aux vestiaires le matin quand ils embauchent, pour qu’ils la récupèrent le soir en quittant votre entreprise ??)) Je peux vous dire que cette interpellation est restée gravée dans ma mémoire ; qu’elle a  encore plus fortement ancré en moi 2 Convictions qui m’habitaient déjà

  • 1ere Conviction ((Sans Amélioration des Performance Économiques ‘’ que sont la croissance et la rentabilité’’ il ne peut y avoir de Progrès Social. Et inversement, il ne peut y avoir de Progression des Performances Économiques si elle n’est pas accompagnée de Progrès Social))
  • 2eme Conviction ((L’Entreprise est une Communauté Humaine, et, pour moi : une Entreprise qui mettrait de côté sa Vocation Sociale n’aurait plus de raison d’être))

Je peux vous assurer que ces 2 convictions ont toujours été partagées par les Équipes Fleury-Michon, et qu’elles le sont toujours Aujourd’hui. Ce sont, pourrait-on-dire, les Fondations de l’Entreprise

Ayant eu la chance , ainsi que mon Epouse , d’avoir bénéficié d’ une éducation chrétienne , je n’ai à tirer aucun mérite , ni aucune gloire  d’avoir appliqué ces valeurs chrétiennes , ces valeurs humaines , dans le cadre de mes responsabilités de Dirigeant d’Entreprise .J’ai eu d’autant moins de mérite que cette philosophie sociale et humaine avait déjà été initiée et appliquée , dès les années 50 , par Mr Jacques CHARTIER , mon beau-père à qui j’ai succédé en 1979 .En effet , dès 1949/1950 mon beau-père avait mis en place les différentes instances  du Dialogue Social ((Comité d’Entreprise/Délégués du Personnel/Comité Hygiène et Sécurité )). A tel point que certains le qualifiait de ‘’Patron de Gauche’’

Autre Exemple de ce souci permanent de l’Homme : à partir de 1954, avec le PLAN MARSHALL, s’accélère la mécanisation de l’Agriculture. Celle-ci va entrainer une vague de demandes d’emploi de la part de Jeunes Agriculteurs. Ce déferlement, s’il fut une chance pour les entreprises vendéennes en plein essor, fut pour mon beau-père une très forte prise de conscience de sa responsabilité de donner du travail à ces personnes en quête d’emploi.

Je peux vous certifier, qu’à l’époque, et dans les années 60/70, cette préoccupation de créer des emplois a été le MOTEUR de notre DÉVELOPPEMENT. Le 2ème Turbo (en plus de l’Innovation) : a été, et est toujours de pérenniser les Emplois créés.

En me rasant, le matin, et sans doute ceci vous est également arrivé, je me posais cette question ((Si par malheur nous étions contraints de licencier du personnel, que deviendraient ces personnes ?))  En même temps je me disais ((N’est-il pas Injuste, voire révoltant, que les Salariés d’une entreprise soient les seules victimes d’une mauvaise conjoncture ou d’une mauvaise gestion ??))

C’est pour cela que j’ai toujours pensé que la 1ère Responsabilité du Chef d’Entreprise est d’assurer la Pérennité de l’Entreprise, et donc de l’Emploi, par un Développement Continu et Durable

                         ——————————————————-

Après ce long préambule voici quelques exemples concrets illustrant le souci permanent que les Dirigeants de Fleury-Michon ont eu des Salariés et de l’Emploi

Entre 1980 et 1990 : c’est la période durant laquelle nous nous sommes désengagés de ce qui représentait 90% de notre Business : ((Abattage/Découpe de porcs ; Conserves ; Charcuterie et Salaisons à la Coupe)) pour nous focaliser sur la Charcuterie et le Traiteur Libre-Service. Nous avons pu opérer ce virage à 180°, sans aucun licenciement car : ayant expliqué le pourquoi de ce virage, et nous étant engagés à faire cette grande mutation sans aucun licenciement, nous avions la CONFIANCE des Salariés (et en 1er Lieu des Partenaires Sociaux). Il est certain que nous aurions pu aller plus vite dans ce désengagement (et c’était le souhait souvent exprimé par nos banquiers, qui eux aussi nous ont fait confiance) mais avec des licenciements incontournables.

Nous avons aussi accepté que la rentabilité de l’entreprise se rétablisse plus lentement que ne l’aurait souhaité un actionnaire financier

1982 : suite à d’importants investissements industriels, notre productivité était beaucoup plus importante que la croissance de nos ventes ; il était évident que nous allions avoir un problème au niveau de l’emploi. Avec les partenaires sociaux, nous avons recherché des solutions qui nous éviteraient du chômage technique. C’est ainsi que nous avons mis en place 1 Accord de Modulation d’Horaires allant de 32H à 42H/Semaine. Avec, en contrepartie, l’Annualisation et la Réduction du Temps de Travail (passé de 39H à 37H/semaine)

Cet accord( pour lequel nous avions obtenu 1 dérogation de l’État), bénéfique pour les Salariés comme pour Fleury-Michon , a permis de ne pas recourir au chômage technique

Dans la foulée, un 2eme accord, à la demande des Partenaires Sociaux, intervient, et qui prévoit la possibilité d’une Pré-Retraite pour les Salariés de 55 ans et + qui le souhaitent. Avec l’Entreprise ALBERT (des Herbiers) ce fut le 1er Contrat de Solidarité (prévu par la loi) signé en Pays de la Loire. Chaque préretraité, qui travaillera alors à ½ temps, devra correspondre à l’embauche d’un jeune.  144 salariés de + 55 ans ayant demandé à bénéficier de la préretraite progressive, nous avons alors embauché 72 Jeunes.

1992 : nous reprenons la société OLIDA (1700 personnes), à la veille de son dépôt de bilan. C’est une reprise très stratégique, car elle doit nous permettre de devenir le bon 2eme en Charcuterie Libre-service derrière HERTA. Nous savons que nous allons devoir licencier 700 personnes ; Les partenaires sociaux (tant chez Olida que chez Fleury-Michon) sont informés ; nous avons alors assuré que les 700 personnes concernées seraient toutes reclassées (chez FM ou en accompagnement de reclassement dans d’autres entreprises) ; engagement qui a été tenu et financé par la cession d’une usine Olida toute neuve vendue à Nestlé (propriétaire d’Herta )

Entre 1987 et 1997 : Autres Innovations Sociales ….. Prenant en compte différentes aspirations des Salariés

Travail à Temps Partiel, ou Horaires à la Carte : pour les Mamans le souhaitant

Congé Parental : bien avant la Loi, ce dernier Né qu’est le Congé Parental, à partir du 1er enfant, va permettre à 20 mamans d’en bénéficier, et en même temps d’embaucher 20 Jeunes en quête d’un 1er Emploi

1998 : c’est l’année de la Loi AUBRY (les 35H et l’ARTT) A cette époque nous devions faire face à 1 Grande Distribution de + en + concentrée … à 1 Concurrence de + en + vive dans un Marché Alimentaire à croissance plate.

Aussi avons-nous abordé les 35H, non comme une contrainte, mais comme une opportunité d’aménager le Temps de Travail avec 1 Plus Grande Amplitude et I Plus Grande Flexibilité. Devenues nécessaires.

Nous sommes ainsi passés de 37H1/2 à 33H1/2, sans réduction de salaire, mais avec 1 Modulation allant de 21H à 42H/semaine (avec la possibilité d’aller jusqu’à 46H/semaine (dans 1 limite de 6 semaines/an) Parallèlement : les heures Supplémentaires ont été supprimées.

Suite à cet accord, et à la réduction du temps de travail : 350 emplois ont été créés. Le Bilan fut Positif pour les Salariés comme pour l’Entreprise. Car au préalable, avait été signé un accord Gagnant/Gagnant approuvé par l’ensemble des syndicats

2004 : Arrêt de l’Activité Salades/Crudités. (Environ 10.000T …… 200 Personnes). N’étant pas compétitifs face à nos concurrents, nous devions, chaque année baisser les prix, et nos Clients ne nous cachaient pas qu’ils ne pourraient plus nous garder en linéaires. La seule issue possible était d’arrêter l’activité. Les partenaires sociaux ayant été prévenus de cette seule issue possible, nous nous sommes engagés, à nouveau, à ne licencier aucune personne. C’est alors que nous sommes allés les 2 grands Clients Concernés par cette activité desquels nous avons obtenu un désengagement progressif, sur 1 an, pour nous laisser le temps de reclasser les 200 personnes de cette activité

—————————————–

Aujourd’hui : avec les plus jeunes générations, au-delà d’une Quête de Sens au travail, se manifeste de + en + une très forte demande d’Équilibre entre la Vie Professionnelle et la Vie Privée. Face à cette évolution, les Entreprises vont devoir innover au niveau de leur Organisation et du Management pour répondre à ces nouvelles attentes.

Il y a quelques années, il aurait été difficile, pour un patron, d’admettre qu’un de ses collaborateurs quitte de temps en temps, son travail à 16H pour aller chercher son enfant à l’école. Aujourd’hui, ceci doit être considéré comme normal ; d’autant plus que si un Cadre ne compte pas ses horaires…n’a pas d’horaires fixes … cela doit être vrai dans les 2 sens.

Concilier « Progrès Économique et Progrès Social », c’est ce que nous avons tenté de faire chez Fleury-Michon, et c’est ce que les Équipes Actuelles continuent de faire, à l’écoute des Salariés, et en lien très étroit avec les partenaires sociaux.

Et, croyez-moi, c’est ce que font les Chefs d’entreprise Vendéens, ainsi que les milliers de PME qui se battent chaque jour … Innovent … se remettent en cause avec comme objectif de pérenniser leur entreprise et donc les emplois qu’ils ont créés.

En Conclusion : je suis heureux de vous faire part d’une initiative de Salariés de Fleury-Michon qui, vous aller voir, est une formidable réponse au thème que vous avez choisi pour vos Assises ((Cap vers l’Homme avec Confiance, Audace et Partage))

Ils ont mis en place 1 Dispositif de Dons de Jours (pris sur la RTT) au profit d’un Collègue de travail ayant un enfant ou un proche gravement malade

Quel bel exemple de Solidarité… de Fraternité