Actualité des EDC

Un prêtre rouennais réagit après le drame du Lubrizol

Publié le 08/11/2019

« L’homme contemporain continue sans cesse de chercher le sens de sa vie et de ses engagements. »

« Le beau existe afin qu’il nous enchante pour le travail »

Cyprian Norwid

Le drame de Lubrizol a atteint chacune de nos humanités, chacun de nos champs, chacune de nos écoles, chacune de nos responsabilités. Si les questions techniques sont innombrables et les réponses toutes complexes, c’est bien le signe que l’homme contemporain continue sans cesse de chercher le sens de sa vie et de ses engagements.

De l’agent de sécurité veilleur de nuit dans le hangar qui brûle au Préfet qui veille sur l’équilibre précaire de notre société, en passant par les directeurs des sites impactés qui entrevoient déjà toutes les conséquences de cet événement ; du médecin de garde qui va recevoir une population inquiète au directeur d’école qui après avoir nettoyé ses locaux quasi seul pendant tout un week-end et reçoit un mail de chaque parent auquel il prend le temps de répondre dans la nuit du dimanche au lundi ; du maraîcher qui perd sa saison au responsable du laboratoire d’analyses qui va devoir se prononcer scientifiquement sur un sujet devenu épidermique et irraisonné en passant par l’agriculteur qui doit jeter le lait de ses vaches ; du restaurateur qui perd des clients au tour-opérateur qui hésite à revenir sur les bords de Seine, le cœur de cette histoire relève toujours du bien, du bon, du beau pour l’homme.

Nous aimons notre travail. Quand nous en avons un, reconnaissons que nous nous y donnons souvent au-delà du raisonnable, nous engageant pour que les affaires tournent, que les contrats soient respectés, que les salariés soient payés, que les projets continuent. Nous œuvrons pour que l’homme soit debout. Liés par des règles toujours plus rigoureuses et suivies, nous sommes démunis quand tout explose en vrai, au propre comme au figuré. Si les compensations financières tranquillisent, elles ne suffisent pourtant pas, laissant encore une montagne de décisions à prendre. La perspective peut être seulement bloquante avec la réalité du mur qui se dresse devant nous. Cela peut même donner l’envie de fuir très loin.

C’est le beau alors qui nous retient. Parfois le seul désir du beau. Le beau va créer en nous une aptitude à reconnaître les talents de ceux qui nous entourent, à les fédérer pour gravir ensemble les étapes qui mèneront plus haut, alors que tout paraissait nous faire chuter dans des abîmes insondables. Jeanne d’Arc, personnage emblématique de notre ville, célébrée en 2020 à Rouen pour le double anniversaire de sa canonisation et de la création de la fête républicaine en son honneur nous laisse un témoignage exemplaire : la veille de la bataille de Patay, dans un combat d’égos de ses lieutenants prêts à fuir pour ne pas se rencontrer, Jeanne déclare : « Ce n’est pas l’heure de s’en aller, c’est l’heure de s’entendre ».

Rouen, le dimanche 20 octobre 2019

Père Geoffroy de la Tousche

Curé à Rouen

Conseiller spirituel des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens en Normandie