Question d'actu

Compréhension des enjeux liés aux Etats généraux de la bioéthique

Publié le 20/04/2018

A l’attention des membres des EDC

Nous entrepreneurs et dirigeants chrétiens, mouvement œcuménique, avons apprécié la volonté affichée du Président de la République de réparer les liens entre l’Eglise et l’Etat ainsi que son appel à l’engagement dans la cité. Nous partageons l’idée que notre société doit sortir d’une forme de relativisme. Il est nécessaire de sortir des peurs et du pessimisme et de poser une vision pleine d’espérance pour notre pays et nos concitoyens. Il nous faut inventer, créer et partager. Nous le faisons chaque jour dans nos entreprises pour offrir des perspectives à nos clients et collaborateurs.

Conscients d’évoluer dans un monde en mutation, nous avons aussi la conviction qu’il n’y a de progrès qu’au service du bien commun. En effet, l’être humain ne peut faire l’objet de marchandisation.

Mais ne soyons pas naïfs, car lors de la révision de la loi bioéthique, les menaces sont bien réelles. C’est pourquoi nous avons décidé de contribuer en communiquant notre point de vue au Président de la République et au Comité Consultatif National d’Éthique et nous vous invitons à le faire sur le site des états généraux de la bioéthique : https://etatsgenerauxdelabioethique.fr

Nous pensons qu’il est essentiel de mettre en avant le sens de l’émerveillement, de la vie, de la création, de la protection des maillons les plus fragiles.

Dans son encyclique Laudato Si’, le pape François, que Emmanuel Macron cite à plusieurs reprises dans son discours du 9 avril, s’adressait ainsi aux responsables politiques :

« La grandeur politique se révèle quand, dans les moments difficiles, on œuvre pour les grands principes et en pensant au bien commun à long terme. […] Qu’un homme politique assume ces responsabilités avec les coûts que cela implique, ne répond pas à la logique d’efficacité et d’immédiateté de l’économie ni à celle de la politique actuelle ; mais s’il ose le faire, cela le conduira à reconnaître la dignité que Dieu lui a donnée comme homme, et il laissera après son passage dans l’histoire un témoignage de généreuse responsabilité ».

Il s’agissait alors de décider de lutter contre le réchauffement climatique, mais ces phrases valent dans toutes les décisions difficiles à prendre entre des intérêts proches à court terme et la voix des générations futures à long terme. Ici il s’agit de la vie humaine, et la « culture de la protection » prônée par le pape François vaut tout autant, sinon plus encore, en ce cas.

A ce titre, nous souhaitons vous faire part de points d’attention que nous avons transmis. Ils sont basés sur notre expérience d’entrepreneurs et de dirigeants d’entreprise et rejoignent le bien de la société toute entière.

  • L’harmonie de la personne humaine grandit quand elle peut se réaliser à la fois dans sa famille, son travail et ses autres engagements. En particulier, l’épanouissement de la femme ne passe pas par l’accès à des techniques de procréation lui permettant de reporter l’accueil d’un enfant après la réalisation d’une carrière professionnelle mais plutôt par la conciliation des projets professionnels et personnels, soutenus par les entreprises et par une politique familiale favorable. Dans nos entreprises, nous pouvons témoigner que les mères de famille déploient des talents dont il serait dommage de se priver. Nous souhaitons favoriser l’accueil de la vie dans la famille et l’épanouissement des personnes. Nous sommes donc opposés à la congélation des ovocytes et des embryons en vue d’une implantation ultérieure qui vient rompre le rythme naturel de la vie.

 

  • Les examens génétiques, la médecine génomique et les neurosciences peuvent aboutir à un nouveau type de sélection des personnes. Nous ne pouvons pas être favorables à un élargissement des pratiques actuelles. Des utilisations « discriminantes » pourraient en être faites par des acteurs économiques (assurances ou employeurs) dès lors que ces examens seraient pratiqués plus largement. Il en est de même pour les données de santé sur lesquelles il y a un risque fort de dérive commerciale. La vente par les organismes de santé des données personnelles des patients doit rester strictement interdite et leur anonymisation contrôlée, pour une exploitation uniquement à des fins de bien commun de la société.

 

  • Le risque de marchandisation des organes est important. Le corps fait partie intrinsèque de la personne, qui forme un tout, et ne constitue pas un réservoir de « pièces détachées » à la disposition de tous. Nous souhaitons que les pratiques restent très encadrées pour éviter toute marchandisation et faciliter la culture du don.

 

  • La machine doit rester un outil à la disposition de l’homme et sous sa responsabilité, dans le cadre médical comme dans toute autre activité humaine. Remplacer la personne humaine dans le diagnostic, le soin ou l’accompagnement des patients vient à l’encontre des attentes actuelles. Les essais de « silver technology » auprès des personnes âgées sont ainsi peu concluants. Les hommes sont et resteront des êtres de relation, depuis le début jusqu’à la fin de leur existence, dépendants des possibilités d’échanges gratuits. C’est pourquoi nous pensons qu’il est prioritaire de restaurer les liens relationnels et intergénérationnels. Nous nous y employons dans nos entreprises et nos engagements associatifs.

 

  • Le respect de la vie et des personnes est primordial pour une société, dont la qualité se lit dans la manière dont elle traite les plus vulnérables. La fragilité nous fait grandir aussi. Les personnes les plus fragiles physiquement et psychologiquement nous le rappellent quotidiennement. Elles sont une richesse dans nos familles et nos entreprises. Elles nous rappellent à l’essentiel et nous invitent à organiser la société pour en faciliter l’accueil.

 

  • Sur la fin de vie, la loi de 2016 va déjà très loin dans le souhait de recueillir par avance la volonté des patients relative à leur fin de vie. Il n’est pas souhaitable d’aller plus loin. Son application attentive doit se poursuivre et des corrections être envisagées, plutôt pour revenir sur d’éventuels abus d’arrêts des soins. Nous souhaitons pouvoir offrir à nos salariés la possibilité de mieux aider les personnes qui ont besoin d’un accompagnement en fin de vie. Des mesures de soutien à tous les moyens d’accompagnement nous semblent prioritaires à toute autre législation sur la fin de vie.

 

Nous sommes porteurs d’une vision de l’entreprise et de la société pleine d’espérance, qui intègre la mutation technologique, numérique, sociétale, environnementale, qui concilie performance économique, modernité et respect de la personne humaine.

Une des trois orientations « Comprendre et éclairer le monde » de la nouvelle équipe va nous amener à travailler et réfléchir à une vision éclairante du monde afin d’éviter de se retrouver trop souvent à nouveau à réagir aux consultations comme celle du comité sur la bioéthique.

Il faut ré-enchanter le monde et diffuser l’Esprit de Pentecôte qui était présent aux assises de Strasbourg.

N’oublions pas de confier dans nos prières ces enjeux liés à la dignité et la non marchandisation de la personne humaine, afin d’obtenir le maintien sans dérive des lois en place.

Philippe Royer
Président des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens

Le 20 avril 2018

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