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Dirigeants Chrétiens n°94 – Les jeunes

Publié le 06/03/2019

Les jeunes

On n’a jamais autant parlé de la « quête de sens » des jeunes diplômés que depuis ces dernières années. Pour 72 %* d’entre eux, le fait d’être en phase avec leurs valeurs est un critère primordial dans le choix de leur futur métier. Des valeurs qui sont celles de l’utilité du travail et de sa participation à l’intérêt général, mais aussi de la conciliation harmonieuse de leur vie personnelle et professionnelle. À laquelle s’ajoute naturellement pour les chrétiens la dimension spirituelle. L’entrepreneuriat semble être un bon levier pour répondre à ces différentes attentes : ils sont nombreux à s’y lancer dans cet esprit.

Quels enseignements en tirer, notamment pour les générations du dessus ? Comment sont-elles invitées à partager cet esprit de jeunesse ?

 


Entretien Croisé

Une génération en quête de changements

Qu’est-ce qui anime les jeunes entrepreneurs dans leur vie professionnelle ? Un emploi qui véhicule leurs « valeurs », qui fait passer le bien commun avant l’aspect « mercantile » ? Ou encore qui permet d’unir vie professionnelle, personnelle et spirituelle ? Quoi qu’il en soit, les jeunes entrepreneurs cherchent à donner du sens à leur travail. Nicolas Davoust et Mgr Benoist de Sinéty analysent leur comportement, tranchant avec celui de leurs aînés, au sein du monde de l’entreprise. Extraits.

Mgr Benoist de Sinéty,
vicaire général du diocèse de Paris.

 

 

 

Nicolas Davoust,
co-fondateur du site Gens de confiance, équipe EDC Nantes 8 Père Rousseau et membre du groupe EDC Tech Digital.

 

 


Témoignage

« Exprimer et vendre mon travail en réalisations, et non en temps »

Diane Pelletrat de Bordeconsultante en mesure de la performance digitale et fondatrice de Dibenn Consulting, présidente de l’équipe EDC Viroflay.

 

 

 

Dans le secteur du conseil, les prestations sont très souvent achetées en jour par homme (ou femme, bien entendu). Cela implique, pour le client, de demander toujours plus en toujours moins de temps au consultant, perçu comme un poste de coût dont la présence doit nécessairement être minimisée. Quand j’ai débuté, le travail occupait la majeure partie de mes journées (et soirées) au détriment de ma vie de famille. J’ai compris que pour lui redonner du sens, il me fallait l’exprimer et le vendre en réalisations, et non en temps, une manière bien plus élégante et valorisante pour les deux parties de faire affaire ensemble. J’ai alors créé ma société afin de pouvoir poursuivre mon activité, mais avec ces nouvelles règles du jeu.  Aujourd’hui, j’ai ce luxe d’avoir des clients choisis avec qui je noue des liens de confiance. Enfin, travaillant très souvent de chez moi, je suis là pour embrasser mes enfants quand ils rentrent de l’école. Nous échangeons sur nos journées respectives avant de replonger chacun dans nos devoirs ou dossiers. Je mesure pleinement ma chance !


 

Relecture théologique

Derrière la question du sens se trouve celle de la vocation

L’homme trouve du sens là où il répond à sa vocation. Pour cela, chacun est appelé à faire croître et prendre soin.

Par le Père Régis Peillon, responsable pastorale étudiante, réseau Ecclesia Campus, aumônier national de Chrétiens en Grande École.

 

 

 

Les débuts de la vie professionnelle sont un temps tout aussi fondamental pour le discernement de sa vocation que celui de l’enfance, tout en le formulant en d’autres termes. Si l’enfant se projette et se demande « Que ferai-je plus tard ? », le jeune actif, la trentaine à portée de main ou fraîchement dans le rétroviseur, se demande « Que suis-je en train de faire ? ». Derrière ce questionnement est éprouvé un manque accompagné d’un sentiment de confinement,

d’inutilité, voire d’incohérence. Après discernement, ils peuvent révéler une vocation contrariée. Une vie professionnelle inadéquate risque de freiner ou d’empêcher la réponse à l’appel fondamental de Dieu à l’homme : faire croître et prendre soin. De cette confrontation surgit du non-sens. Le livre de la genèse nous le rappelle : « Le
Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le soigner » (Gn 2, 15). Dans cette traduction, d’influence hébraïque, les verbes « cultiver » et « soigner » sont préférés à ceux de la traduction liturgique « travailler » et « garder ». La nuance n’est pas des moindres. Par l’action de cultiver, l’homme est appelé à faire croître, déployer et fructifier le jardin d’Éden plutôt que de le conserver précautionneusement en l’état. La dynamique est similaire à celle de la parabole des talents (Mt 25, 14-30). Adressé à tous, l’appel de Dieu à « cultiver » est indissociable de celui de « soigner ». Si bien que toute croissance qui ne prend pas soin mais brutalise ou dégrade devient une régression anthropologique. L’homme, en l’exerçant, s’éloigne de lui-même et perd le sens de son activité. La recherche de sens des jeunes dans le travail est prophétique. Au fond, leurs interrogations visent à conjuguer la « croissance » avec le « soin » : une croissance qui prend soin du lien social, du rythme familial, de la création et du frère de l’autre hémisphère…
Leur recherche de sens dans le travail ne pose pas uniquement la question de leurs vocations, « comment et où vais-je faire croître et prendre soin ? », mais interpellent celles de ceux qui sont légèrement plus âgés.
Par les changements que les jeunes initient, à nous, les aînés, parfois trop ramassés sur nos certitudes d’insensés, de leur emboîter le pas et de répondre avec eux à la vocation originelle de l’Éden, associer « croissance » et « soin » dans les structures économiques, sociales et ecclésiales.


Billet du conseiller spirituel national

Sens dessus dessous

Avouons-le simplement, plus encore pour un entrepreneur, le rêve demeure de pouvoir mener et diriger sa propre existence de bout en bout… De savoir que nous tenons le volant de notre vie, que nous parcourrons la distance pour atteindre la destination fixée. Et tout est fait pour nous faciliter la tâche. Véhicule puissant, autoroutes nombreuses, chemin balisé voire totalement guidé par le GPS (Galileo…) au propre comme au figuré. Et bientôt, promet-on, le conducteur deviendra passager de son véhicule… Au point de vivre l’illusion d’une autonomie totale…(…)

 par le père Vincent Cabanac, aa, conseiller spirituel national