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« Laurent Bataille, un directeur en conscience » Cahier spirituel « Les Essentiels » du magazine La Vie – par Anne-Laure Filhol

Publié le 11/09/2017

Président du mouvement des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, le petit-fils du fondateur d’une grande firme de matériel de travaux publics tente de diriger sa société en accord avec les valeurs de l’Évangile.

Je me revois dans la salle de réunion, face à mes salariés. « C’est simple, prenons la troisième rangée. Soit on se serre tous la ceinture avec un abaissement général de salaires de 20 %, soit sur les 14 de cette rangée, trois devront partir. » La scène se déroulait en 2009, année noire pour l’entreprise qui affichait une baisse de 45 % de ses commandes. À 10 km d’ici, Continental brûlait des pneus. Le monde économique plongeait. J’ai pensé qu’en période de crise l’essentiel pour les salariés était leur lien avec l’entreprise, leur contrat de travail. Je me refusais à un plan social. Alors je me suis inspiré de nos voisins allemands, qui, en pareil cas, baissaient salaires et temps de travail, jusqu’à un nouvel équilibre des comptes. J’ai dû convaincre des collaborateurs qui n’y croyaient pas mais j’ai surtout vu une solidarité très forte. Sur 500, seuls 39 ont refusé. L’année suivante, tous retrouvaient leur rémunération d’avant. À la relecture de cet épisode, je dirai qu’il symbolise l’enjeu de ma foi : vivre en unité et placer l’homme au centre de mes décisions.

J’ai baigné dans un monde chrétien et pratiquant. Ma scolarisation s’est déroulée dans des établissements privés, et la question de Dieu m’a toujours paru évidente. Il y eut notamment des rencontres, très fortes, avec des pères maristes de mon lycée. Je m’engouffrais ensuite dans la sphère des classes préparatoires, et les week-ends de retraite organisés par l’aumônerie furent vite engloutis sous les heures de travail. Après un MBA à Columbia, je m’installais avec mon épouse en Irak. En 1982, nous assistions à la messe de Noël, à Mossoul, chez les dominicains. Ces moments sont de ceux qui vous touchent à tout jamais.
Quelques années auparavant, Poclain, fabricant de pelles hydrauliques, entreprise fondée par mon grand-père, s’effondrait après un essor fulgurant. Les Américains, qui avaient la mainmise, voulaient revendre. En 1985, mon père me déclara : « Je rachète la filiale hydraulique si tu viens. » (…)

Propos recueilli par Anne-Laure Filhol

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