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Mensuram bonam et investissement éthique : tribune des EDC dans Les Echos

Publié le 09/01/2023

Pierre de Lauzun, président de la Commission EDC Economie et finance éthiques, et Pierre Guillet, président des EDC, consignent une tribune publiée dans le journal Les Echos à l’occasion de la publication d’un texte important : Mensuram Bonam. Ce texte a été rédigé collectivement et publié par l’Académie des sciences sociales.

Une proposition hardie pour l’investissement financier, et donc pour les entreprises.

Voici ce qui nous arrive du Vatican, plus concrètement de l’Académie pontificale des Sciences sociales, sous le nom de Mensuram bonam, la bonne mesure. On parle beaucoup d’investissement éthique, et il s’est considérablement développé depuis quelques années, notamment sous le nom d’ESG : environnement, social, gouvernance, où le premier terme domine d’ailleurs du fait de la question climatique. Tout cela va bien sûr dans le bon sens. Mais on reste sur l’impression qu’on continue à prendre comme point de départ ce qui se fait actuellement dans les entreprises où on investit, en y surajoutant des préoccupations éthiques certes importantes, mais qui n’en redéfinissent pas le rôle premier.

Mensuram bonam lui retourne la question : il part d’une vision de l’homme et de la société, et nous demande de regarder quelle est la bonne activité économique, le bon rôle et pour tout dire la vraie mission des entreprises, au service du développement humain. Ce qu’il propose, c’est donc tout simplement un retournement de perspective.

On pourrait balayer la proposition en notant que ce texte, venant d’une église et s’adressant aux croyants et aux institutions d’église, ne concerne pas la plupart des gens et que d’ailleurs ce n’est pas leur affaire. Mais en réalité le texte est parlant pour toute personne de bonne volonté : quand on parle de bien commun, de solidarité, de subsidiarité, de cette maison commune qu’est la Terre, cela a un sens pour tout un chacun. Et donc, quand par exemple on met l’entreprise dans la perspective du bien commun, c’est bien un retournement qu’on vise, que chacun peut apprécier.

On pourrait aussi y voir une forme d’utopie. Mais notre texte, très ferme sur l’exigence éthique qui incombe à tout investisseur, se veut en même temps une première proposition, une incitation au réveil et à la réflexion, et non un ensemble de recettes. Plusieurs voies y sont d’ailleurs ouvertes, à partir des pratiques existantes, comme l’investissement d’impact où on choisit positivement des entreprises œuvrant dans le sens voulu, ou celle des ‘meilleurs de la classe’, où on classe les entreprises selon des critères éthiques tout en maintenant un dialogue avec elles pour les faire évoluer.

Inversement on pourrait critiquer le fait de partir de ces réalités actuelles, que d’autres contestent, ne serait-ce qu’en admettant le principe même de l’investissement financier, ainsi que la recherche de résultats de gestion corrects, non comme cible prioritaire de l’économie, mais comme mesure du travail réalisé. Mais justement il s’agit d’œuvrer pour le bien là où on est, en prenant ses responsabilités, dans une économie qui est fondée sur l’initiative, mais une initiative mise au service du bien commun.

Plus judicieusement, car plus au cœur de la question, on peut débattre de tel ou tel point, notamment dans l’approche par exclusion très prisée des investisseurs éthiques anglo-saxons : si chacun admettra qu’on évite d’investir dans la pornographie, le débat sur le nucléaire, l’alcool, l’armement ou la pilule abortive, ne fait pas l’unanimité. Mais c’est un bien, car précisément ces points et bien d’autres sont listés dans le document comme points de préoccupation et non comme cases à cocher : des points sur lesquels le débat est nécessaire, avant la prise de responsabilité.

Pour nous, entrepreneurs et dirigeants chrétiens, EDC, ce document est bien venu. On n’a jamais autant parlé de la question du sens dans les entreprises, et on a jamais autant attendu des entreprises, notamment les nouvelles générations qui, tout DRH le confirmera, voient dans le sens de ce qu’ils auront à faire une question centrale. Mais pour que l’entreprise s’oriente autrement, il faut que ses partenaires financiers l’accompagnent, et donc changer le regard des investisseurs. Ce qui nous concerne finalement tous, car tout épargnant est un investisseur.

Source : Lesechos.fr