Eclairage de fond

Histoire : depuis quand utilise-t-on le terme « subsidiarité » ?

Publié le 26/03/2017

La subsidiarité est un principe qui a parcouru l’histoire des idées depuis Aristote. L’idée de subsidiarité est très ancienne et traverse l’histoire des idées politiques et économiques européennes. Elle se retrouve chez Aristote comme chez saint Thomas mais aussi chez Locke ou Tocqueville.

La subsidiarité dans les encycliques

Sans être nommée, la subsidiarité inspire la première encyclique sociale Rerum novarum. Dans ce texte, nous pouvons retrouver dans différents paragraphes tous les points clés de la subsidiarité.

Dans Quadragesimo anno, Pie XI nomme et développe le principe : « On ne saurait ni changer ni ébranler ce principe si grave de philosophie sociale : de même qu’on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s’acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d’une manière très dommageable l’ordre social, que de retirer aux groupements d’ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d’un rang plus élevé, les fonctions qu’ils sont en mesure de remplir eux-mêmes. » (§ 86)

« L’objet naturel de toute intervention en matière sociale est d’aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber. » (§ 87)

« Que l’autorité publique abandonne donc aux groupements de rang inférieur le soin des affaires de moindre importance où se disperserait à l’excès son effort ; elle pourra dès lors assurer plus librement, plus puissamment, plus efficacement les fonctions qui n’appartiennent qu’à elle, parce qu’elle seule peut les remplir : diriger, surveiller, stimuler, contenir, selon que le comportent les circonstances ou l’exige la nécessité.

Que les gouvernants en soient donc bien persuadés : plus parfaitement sera réalisé l’ordre hiérarchique des divers groupements selon ce principe de la fonction de subsidiarité7 de toute collectivité, plus grandes seront l’autorité et la puissance sociale, plus heureux et plus prospère l’état des affaires publiques. » (§ 88)

L’approfondissement de la notion s’est poursuivi jusqu’à nos jours dans chacune des grandes encycliques sociales. En effet, le principe de subsidiarité « figure parmi les directives les plus constantes et les plus caractéristiques de la pensée sociale chrétienne ».

Tous ces textes sont d’une grande richesse mais il n’est pas possible de tous les citer. Retenons cependant Caritas in Veritate. Au paragraphe 57, le pape Benoît XVI fait le lien entre le principe de subsidiarité et la charité : « Le principe de subsidiarité, expression de l’inaliénable liberté humaine, est, à cet égard, une manifestation particulière de la charité et un guide éclairant pour la collaboration fraternelle entre croyants et non croyants. La subsidiarité est avant tout une aide à la personne, à travers l’autonomie des corps intermédiaires. Cette aide est proposée lorsque la personne et les acteurs sociaux ne réussissent pas à faire par eux-mêmes ce qui leur incombe et elle implique toujours que l’on ait une visée émancipatrice qui favorise la liberté et la participation en tant que responsabilisation. La subsidiarité respecte la dignité de la personne en qui elle voit un sujet toujours capable de donner quelque chose aux autres. En reconnaissant que la réciprocité fonde la constitution intime de l’être humain, la subsidiarité est l’antidote le plus efficace contre toute forme d’assistance. (In Caritas in Veritate) »

Si le mot lui-même de subsidiarité a été créé au sein de l’Église catholique au XIXe siècle, l’idée de subsidiarité est constitutive de la pensée protestante. Des textes de référence développant le concept furent écrits au tout début de la Réforme.

Ainsi, en 1571, le synode d’Emden défini l’organisation des Églises protestantes. Il établit l’autonomie des paroisses les unes par rapport aux autres. Seuls les sujets les plus importants ou relevant de plusieurs paroisses doivent remonter au synode général. C’est le système presbytérien synodal11 qui organise le fonctionnement des Églises protestantes.

Il est cependant difficile de transposer le fonctionnement d’Église au monde politique ou économique. D’autant plus que nous ne trouverons pas dans les Écritures de proposition de modèle de société et d’organisation.

Subsidiarité au plan politique : chaque société supérieure ne se justifie que parce que les sociétés inférieures ont des besoins.

Sur un plan politique, Johannes Althusius (1557-1638), syndic général d’Emden, eut à lutter pour défendre l’autonomie de la ville contre les empiétements du pouvoir. Il approfondit le concept et élabora dans son ouvrage Politica methodice digesta12 une vision sociale basée sur la tradition allemande « l’homme est plus vieux que la société ». Chaque société supérieure ne se justifie que parce que les sociétés inférieures ont des besoins. L’autonomie est un fait avant de devenir un droit et le corps politique résulte de pactes conclus successivement selon une logique associative depuis les « associations » les plus modestes (les ménages), jusqu’à la structure la plus puissante.

La foi chrétienne nous dit que la mise en pratique de l’Évangile n’exclut aucune partie de la vie. Les protestants aiment souligner qu’elle est intégrée dans les vocations professionnelles des hommes. Alors, coopérer à « l’avancement du Royaume de Dieu sur terre » implique bien de mettre en lumière et de communiquer au bénéfice de la société et des entreprises cette expérience de subsidiarité qui ne porte pas toujours son nom.

Extraits du Cahier La subsidiarité