Eclairage de fond

Adam Smith : le malentendu ?

Publié le 23/01/2020

En écho aux premières Rencontres de l’Economie du Bien commun, François Daniel MIGEON nous propose cette réflexion :

 

Ici ou là, nous entendons que l’hypothèse d’Adam Smith, qui préfère compter sur l’égoïsme du boucher plutôt que sur sa vertu, aurait quelque bon côté, à tout le moins celui du réalisme : il y a en nous, une part d’égoïsme et une part de vertu. Ignorer la première serait coupable.

Nous craignions hélas qu’il n’en soit pas ainsi : parier sur le meilleur de l’homme n’est pas ignorer qu’il porte en lui une part plus sombre. C’est l’inviter à mobiliser le meilleur, voire à faire une prise de judo à sa part la plus sombre pour la mettre au service d’un plus grand bien, parce que l’on sait que l’égoïsme n’est pas une fatalité.

Et notre hypothèse n’est pas sans conséquence !

Si vous comptez sur mon égoïsme, vous l’aurez. Jusqu’à ce que le vôtre l’arrête. Et notre partage sera l’équilibre de notre rapport de force. Pas étonnant que la création ne s’y retrouve pas, elle est sans voix. Pas étonnant que le plus fragile ne s’y retrouve pas, il ne fait pas le poids. Pas étonnant que nous ayons besoin d’un Etat arbitre pour nous mettre d’accord par un recours légitime à la force et une force toujours plus puissante parce qu’en fait c’est la peur qui nous sert de lien. Tout cela est désormais trop banal, sous nos yeux.

Si vous comptez sur ma vertu, ma première réaction sera la surprise. Pourquoi serais-je aussi bien traité ? La seconde sera la mobilisation de ma liberté et de ma responsabilité. Que vais-je répondre ? La troisième sera l’engagement du meilleur de moi-même au service de ce que nous pouvons accomplir ensemble puisque vous m’êtes de bonne compagnie. Et nous irons ensemble, l’un avec l’autre, là où ni l’un ni l’autre ne saurait aller seul. La création, sera comme l’écrin de notre projet. Le plus fragile sera soutenu. L’Etat – subsidiaire et ajusté – en restera à créer les conditions du succès de notre initiative, nous en laissant la responsabilité. Ainsi advient le bien commun.

Alors, veillons à choisir la plus noble hypothèse. C’est d’elle que nait un entrepreneuriat utile, responsable et solidaire. Faire le choix de la plus noble hypothèse, c’est certes prendre le risque de la liberté et de la responsabilité de l’autre. Mais pour un qui ne répondra pas et qui ne fera d’ailleurs que peu de mal si ce n’est à lui-même, combien auront été mobilisés dans leur meilleur ?

Osons le bien commun !