Article de la revue

La subsidiarité ne serait-elle pas le sommet du management intelligent ?

Publié le 01/09/2016

Faits pour créer ensemble : un éclairage spirituel du Père Pierre Coulange

La subsidiarité ne serait-elle pas le sommet du management intelligent ? C’est bien ce qui ressort de ce numéro de la revue Dirigeants Chrétiens. Essayons de comprendre pourquoi. La théologie nous enseigne combien Dieu, le premier, respecte infiniment la liberté et la souveraineté de ses créatures : il patiente, il soutient mais sans contraindre, sans jamais s’imposer avec dureté ou par intrusion. Il sollicite et avise, il conseille et laisse à l’homme l’initiative d’entreprendre dans le sens du bien ; mieux encore, il l’oriente vers la vie : « Choisis donc la vie » dit Dieu, par l’intermédiaire de son prophète Moïse, à un peuple qui hélas a bien souvent choisi des impasses (Dt 30,19).

La subsidiarité suppose aussi une aide, un subside, un soutien, voire, en certaines circonstances, une suppléance.

Que Dieu nous fasse confiance est un signe fort qui nous interpelle et nous engage. À nous de l’imiter. Le mauvais chef est celui qui se mêle de tout, qui contrôle tout, qui ne laisse aucune marge de liberté, de peur de perdre son pouvoir et son autorité. C’est tout le contraire qui arrive. Le gouvernement tatillon tue l’initiative et infantilise. Il sape l’autorité et engendre déceptions et amertumes. Le résultat est parfois déplorable : les collaborateurs se renferment strictement sur leur tâche qu’ils accomplissent sans défaut mais sans ferveur. Leur intelligence, leur capacité créative sont brimées. Ils sont réduits à la condition d’esclaves, comme le fut le peuple hébreu en Égypte. C’est l’anti-subsidiarité par excellence. De cette condition, naît une revendication de liberté : «Let’my people go ! » Il ne s’agit pas de quelque prétention de supériorité mais d’une requête liée à la dignité de la condition humaine : c’est le principe d’autonomie.

Le passage de la mer Rouge évoque une libération prophétique, celle que nous sommes appelés à réaliser autour de nous : aider les hommes et les femmes qui nous entourent à s’orienter eux-mêmes vers la vie et la création. Car la subsidiarité suppose aussi une aide, un subside, un soutien, voire, en certaines circonstances, une suppléance.

Dieu a voulu que nous ayons besoin les uns des autres

L’immense capacité inventive qui se trouve dans les hommes est admirablement diffusée et répartie et diffusée entre des milliards d’êtres humains ; Dieu a voulu que nous ayons besoin les uns des autres. Nous sommes faits pour créer ensemble, pour tirer parti des compétences et des idées les uns des autres puisque nous sommes des créatures sociales, ouvertes au service d’autrui. Le sommet du travail bien accompli, c’est lorsque l’utilisateur est heureux, lorsqu’il est satisfait et parfois même émerveillé par le produit fini ou le service accompli. Car la subsidiarité est source de surprises : elle fait émerger l’inimaginable, elle nous permet de nous découvrir les uns les autres.

La confiance à donner n’est pas chose facile: elle requiert un désistement, un lâcher prise qui nous demande un acte de la volonté. Et si je les laissais faire? Et si je me laissais surprendre ? « Celui qui croit fera les mêmes œuvres que moi dit Jésus, il en fera même de plus grandes ! » (Jn 14,12). Nous avons du mal à y croire. Il nous faut avancer pourtant et œuvrer dans la foi, ce qui nous amènera peut-être à descendre de la barque comme Pierre.

Père Pierre Coulange