Article de la revue

Relecture théologique « Il est trop tard pour être pessimiste »

Publié le 01/11/2015

Tel un leitmotiv, ces mots accompagnent les dernières images du lm Home (2009) de Yann Arthus-Bertrand. celui-ci raconte l’histoire de notre terre – une source d’émerveillement –, décrit les menaces qui pèsent sur elle aujourd’hui, avant de mettre en évidence quelques initiatives témoignant d’une attitude plus responsable et respectueuse de la création. Sœur Pierrette (communauté des Soeurs de Grandchamp en Suisse) invite à convertir notre regard et notre cœur.

« Il est trop tard pour être pessimiste ». On peut élargir cette affirmation à la situation du monde en général dans les bouleversements actuels, les changements toujours plus rapides ; à celle de l’Église qui, dans nos régions, traverse des temps difficiles, doit faire face à des remises en question douloureuses, à la désaffection des paroisses, au manque de vocations, et vit comme exilée aux marges de la société.

La réalité est là certes sous nos yeux. Il ne s’agit pas de la nier ou de minimiser la gra- vité de la situation. Il nous faut cependant changer de regard, ne pas nous laisser enfer- mer dans une vision pessimiste, tant du pré- sent que de l’avenir, nous arrêter aux seules ombres, à ce qui n’est plus, ou semble sans issue. À nous de l’orienter vers ce qui est aussi là, des signes d’espérance, porteurs d’un nouveau souffle : tant d’initiatives dans différents domaines (économique, écolo- gique, social, ecclésial…) qui ne font pas toujours beaucoup de bruit, mais ouvrent des chemins nouveaux.

« Il est trop tard pour être pessimiste ».

Oui, quelque chose meurt… et quelque chose est en train de naître. nous laisserons-nous entraîner dans ce regard de foi qui n’est pas naïf, mais qui cherche à découvrir, au cœur même de ce qui est, les signes de ce qui germe, de ce neuf en train de naître ? « Voici que moi je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne, ne le reconnaîtrez-vous pas » (Es 43,19).

Les prophètes déjà annonçaient un autre avenir, une nouvelle création : elle demanderait une transformation intérieure à travers une nouvelle effusion de l’esprit saint. Ils entre- voyaient un monde nouveau, de justice et de paix, inauguré dans la venue d’un envoyé, l’Oint du seigneur : pour nous, Jésus le christ. Le signe le plus fort de cette nouveauté qui fait soudain irruption dans l’histoire, vient boule- verser le cours des événements, c’est pâques, la Résurrection du christ et le don de l’esprit saint qui vient faire sa demeure en nous.

« Il est trop tard pour être pessimiste ».

Il faut parfois beaucoup de courage pour choisir la confiance et, dans nos nuits, nous tourner encore et encore vers la Lumière, celle de la vie plus forte que la mort, celle d’un Amour qui ne disparaît jamais. c’est dans la situation actuelle, dans cet aujourd’hui qui est le nôtre, là et pas ailleurs que Dieu nous parle, que le christ ressuscité chemine avec nous, que l’esprit travaille notre terre, telle une source inépuisable de vie nouvelle.

Savons-nous assez lire nos vies dans cette lumière ? une invitation à changer de regard, plus profondément encore, à grandir dans la perception de l’unité fondamentale de tout le créé, nous ouvrir à la réalité de notre interdépendance avec tout ce qui existe, tout ce qui vit. Ainsi recevons-nous humblement notre place parmi les créatures, car l’alliance d’amour que Dieu a scellée avec l’humanité s’étend à toute la création.

« Aujourd’hui encore, la création tout entière attend avec impatience la révélation des enfants de Dieu » (Rom. 8,19), témoins d’une humanité réconciliée. et déjà, sous tous les cieux, des hommes et des femmes cherchent à être artisans de paix, à vivre la non-violence de l’Évangile dans le respect de l’infinie dignité de l’être humain et de toutes les formes de vie sur la terre.

Tel un enfantement, les temps nouveaux se préparent en nous. Une lente et patiente transfiguration de nos vies nous fait naître à nous-mêmes, à ce que nous sommes en profondeur, les filles/fils du père à l’image du Fils. La nouveauté de Dieu entre dans le monde à travers nos cœurs transformés.

Jésus, « doux et humble de cœur », nous a ouvert le chemin. Lui, le Fils bien-aimé, l’être humain tel que Dieu le voit, l’attend, ne cesse de l’espérer, nous invite à mettre nos pas dans les siens : « Heureux les pauvres de cœur… les affligés… les affamés et assoiffés de justice… les miséricordieux… » en procla- mant les béatitudes, Jésus dévoile son secret, ce qu’il vit. en lui tout est don. Il se reçoit de la main du père dans son être de Fils, ses paroles, ses gestes, d’instant en instant. Le suivre, c’est nous ouvrir à la force et la dou- ceur de l’esprit saint qui désire conformer notre vie à la sienne.

L’Évangile veut faire de nous des témoins d’un monde à venir. Les béatitudes disent un souffle nouveau, celui du Royaume déjà secrètement présent au milieu de nous. Il est ressuscité, le christ notre espérance. Il nous précède dans la lumière de pâques et nous appelle :

« En marche les humbles, Oui, ils hériteront la terre !

Heureux les doux : Ils auront la terre en partage »