Vie du mouvement

Entretien avec le Père Michel Clémencin, aumônier général des Français de l’étranger

Publié le 03/03/2016

Les EDC se développent à l’étranger en lien avec les Communautés catholiques francophones locales. Que peuvent apporter les EDC aux dirigeants et entrepreneurs chrétiens français à l’étranger ? A cette question, le Père Michel Clémencin, aumônier général des Français de l’étranger, répond : « Dès qu’on envisage le plan humain à l’intérieur d’une entreprise, il n’est pas possible de se conduire sans une morale ou une déontologie appuyée… »

Père Michel Clémencin

Trois questions au Père Michel Clémencin, aumônier général des Français de l’étranger.

De votre point de vue d’aumônier des Français de l’étranger, quels besoins percevez-vous chez tous ceux qui sont dirigeants ou entrepreneurs ?

Les questions concernant la vie des dirigeants ou entrepreneurs travaillant hors de France sont identiques à ceux de métropole, dès lors qu’ils acceptent une responsabilité importante et qu’ils sont à la tête d’un groupe de collaborateurs, ouvriers ou cadres. Simplement, l’expatriation dans bien des cas, ajoute des difficultés à celles observées un peu partout. Certains m’ont confié les fortes tensions qu’ils vivent et les multiples pressions qu’ils ressentent, étant pris en étau entre les exigences de leurs directions établies en France (ou dans un autre pays), et la situation concrète des charges qu’ils exercent dans un univers culturel, économique et religieux très différent. Les transports, les conditions de vie, le climat, la philosophie même des habitants de certains pays, leurs valeurs et leurs priorités ne collent pas toujours avec ce qu’on apprend dans une Grande Ecole française. Le dialogue, la patience, l’autorité… autant d’attitudes qui demandent adaptation et recul pour un bon discernement ou pour prendre de bonnes décisions.

Il peut y avoir dans certains cas un tel isolement, qu’avec les délais impossibles à tenir, ce sont aussi les repères humains et spirituels qui vacillent. Plus les entreprises sont loin de l’Europe, plus s’ajoutent des contraintes et des solitudes qu’ignorent trop souvent les « directions ». Certains expriment une complexité accrue par des codes culturels non maitrisés lors de la prise d’un nouveau poste, avec la nécessité de faire sa place au sein d’un réseau de personnes inconnues. Ce surinvestissement peut générer du stress ou même un doute sur ses propres compétences.

Beaucoup partagent leurs difficultés et leurs questions avec leur famille ou des amis, mais arrive un moment où le cercle familial ou amical peut être épuisé par cet accompagnement. Le recours à un mouvement comme EDC me parait d’une grande fécondité pour une relecture d’activités, de relations et de vie, à la lumière de l’Evangile. D’autres méthodes, bien sûr, portent du fruit ! Je pense à « la chorale des hommes » rencontrée à Bombay. Un groupe d’une dizaine d’hommes se réunit chaque semaine « pour trois bénéfices » m’ont-ils dit : « On se détend par le chant ; on enrichit la célébration dominicale … et on a le temps de partager avec les amis les galères de la semaine. »

Que peuvent leur apporter les EDC ?

Dès qu’on envisage le plan humain à l’intérieur d’une entreprise, il n’est pas possible de se conduire sans une morale ou une déontologie appuyée sur une foi solide. Les règles relationnelles, la gestion des conflits, le respect des particularismes, trouvent parfois réponse dans une application simple de la laïcité et de bonnes pratiques de management, mais cela peut se révéler assez vite formel, réglementaire ou violent. Par ailleurs la bienséance, les convenances, les invitations et cocktails divers, conduisent certains à tenir un rôle, « peu naturel ou obligé », afin de représenter au mieux les apports et enjeux d’une profession, et de valoriser un statut social important auprès des représentations locales ou diplomatiques.

La proposition chrétienne permet d’« humaniser » davantage les relations. Elle distingue les étapes à respecter, qu’on résume parfois par la trilogie « voir, juger, agir » ou « discerner, évaluer, décider ». L’invitation à méditer la Parole de Dieu et à prier peut éviter des relations cassantes, des burn-out, des manipulations ou corruptions, des culpabilisations inutiles, et peut favoriser des remises en question indispensables.

Le partage en groupe de « pairs » partageant des responsabilités (mais aussi une foi commune) permet de ne pas charger démesurément ses proches d’un flot quotidien de peurs ou de colères, d’inquiétudes ou de découragement. Elle donne aussi l’occasion d’exprimer les joies et les réussites, de favoriser la confiance et l’investissement de ses talents.

Dans quel cadre inscrivez-vous le développement d’équipes EDC à l’étranger ? Comment ensemble développer le réseau EDC pour les Français de l’étranger ? »

S’agissant de français et de francophones, on peut penser qu’un mouvement de réflexion et de spiritualité ayant fait ses preuves en France saura parler à nos concitoyens travaillant à l’international. Par ailleurs le fait qu’ils changent parfois de villes ou reviennent en France leur permet un suivi plus facile et une fidélité pédagogique à cette méthode de révision de vie.

EDC a un savoir-faire, une pédagogie, des propositions, une revue, etc. L’AGFE possède une base de contacts, riche et reconnue, de 114 communautés catholiques francophones. C’est bien entendu à EDC de prendre en main son développement dans d’autres pays du monde, aidé pour l’information et les liens par le service AGFE. Mais ce service bien sûr ne peut pas aller au-delà d’une transmission d’informations et d’un encouragement lancé aux communautés en faveur de la création d’équipes EDC. Vous le comprenez bien : sollicitée par de très nombreux groupes, services et mouvements, notre équipe serait vite en dehors de sa propre mission. Cette mission n’est pas de suppléer ou de remplacer la vocation de tous ces groupes, mais d’informer sur les multiples propositions pastorales qu’offre notre Eglise en faveur des expatriés et des migrants francophones.

Déjà nous avons écrit avec EDC un dossier paru sur notre Infolettre qui est consultable en permanence sur notre site internet. Notre service continuera de favoriser la transmission de vos propositions.