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Discours du Pape : des entrepreneurs appelés à être « levain » !

Publié le 23/10/2022

Le Pape s’est adressé aux quelque 400 participants du Congrès UNIAPAC, parmi lesquels une délégation de membres EDC, le vendredi 21 octobre 2022.  Vocation de l’entrepreneur, économie pour le bien commun, appel à transformer la vie économique et à en faire un moteur de développement de l’humanité tout entière… Le pape François a rappelé en quelques mots que l’engagement des dirigeants et entrepreneurs pour le monde ne doit pas rester un vain mot !

Des membres EDC français étaient présents. Parmi eux, Pierre Arnaud, vice-président du mouvement, Emmanuel Blin, président des EDC à l’International, P. Vincent Cabanac aa, Conseiller spirituel EDC, et Marie-Noëlle de Pembroke, présidente des EDC de Paris.

En voici la traduction française.

Chers dirigeants et participants au 27e Congrès mondial UNIAPAC !

Tout d’abord je m’excuse pour le retard. Merci de votre patience pour m’attendre! Aujourd’hui les rendez-vous ont pris plus de temps que prévu et je m’en excuse.

Je vous salue et vous souhaite la bienvenue à cette importante réunion pour refléter et renforcer votre engagement envers votre noble vocation d’entrepreneurs (cf. Enc. Laudato si ‘, 129). Nous ne devons jamais oublier que toutes nos compétences, y compris la réussite en affaires, sont des dons de Dieu et « doivent être clairement orientées vers le développement des autres et l’élimination de la pauvreté, notamment par la création d’opportunités d’emploi diversifiées » (Enc. Frères tous, 123). Le changement demande toujours du courage. Mais le vrai courage nous demande aussi de savoir reconnaître la grâce divine dans notre vie. Ainsi écrit le psalmiste : « Espère dans le Seigneur, sois fort, / que ton cœur se fortifie et espère dans le Seigneur » (Psaume 27 :14).

Je prie pour que pendant ces jours ensemble, et surtout lorsque vous retournerez dans vos foyers et lieux de travail, vous restiez toujours conscients de la grâce et de la sagesse de Dieu dans vos vies, et que vous lui permettiez de guider et de diriger vos relations dans le monde des affaires et avec ceux qui travaillent pour vous. « Nous sommes appelés à être créatifs en faisant le bien, […] en utilisant les biens de ce monde – non seulement matériels, mais tous les dons que nous avons reçus du Seigneur – non pour nous enrichir, mais pour générer l’amour fraternel et amitié sociale » (Angélus, 18 septembre 2022). Générer une amitié sociale.

Le thème de votre Congrès vous lance, ainsi qu’à de nombreux autres acteurs du monde de l’entreprise, un grand défi : Créer une nouvelle économie pour le bien commun. Nul doute que notre monde a un urgent besoin « d’une autre économie, celle qui nous fait vivre et ne tue pas, inclut et n’exclut pas, humanise et ne déshumanise pas, prend soin de la création et ne la pille pas » [ 1]. En poursuivant la réflexion sur une nouvelle économie, mais surtout en commençant à la mettre en pratique, il s’agit de garder à l’esprit que l’activité économique « doit avoir pour objet tous les hommes et tous les peuples. Chacun a le droit de participer à la vie économique et le devoir de contribuer, selon ses capacités, au progrès de son pays et de toute la famille humaine […] : c’est un devoir de solidarité et de justice, mais c’est aussi le meilleur moyen de faire avancer l’ensemble de l’humanité ». [2]

Dès lors, toute « nouvelle économie pour le bien commun » doit être inclusive. Trop souvent, le slogan « ne laisser personne de côté » est prononcé sans intention d’offrir le sacrifice et l’effort nécessaires pour transformer véritablement ces mots en réalité. Dans son Encyclique Populorum progressio, saint Paul VI écrit : « Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être un développement authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire viser la promotion de tout homme et de tout l’homme » (n. 14). Dans l’exercice de votre métier, vous, dirigeants d’entreprises et entrepreneurs, êtes appelés à agir comme un levain pour que le développement atteigne tous les peuples, mais surtout les plus marginalisés, les plus nécessiteux, pour que l’économie puisse toujours contribuer à la croissance humaine intégrale . À cet égard, n’oublions pas l’importante contribution offerte par le secteur informel pendant la pandémie de COVID-19 en cours. Pendant le confinement pour la majeure partie de la société, les travailleurs informels ont assuré l’approvisionnement et la livraison des biens nécessaires à la vie quotidienne et aux soins de nos proches les plus fragiles, et ont maintenu des activités économiques de base malgré la perturbation de nombreuses activités formelles.

En effet, « nous sommes appelés à répondre en priorité aux travailleurs en marge du marché du travail, […] les travailleurs peu qualifiés, les travailleurs journaliers, ceux du secteur informel, les travailleurs migrants et réfugiés, combien font ce qui est habituellement appelé « le travail des trois dimensions » : dangereux, sale et dégradant, et la liste pourrait s’allonger ». [3]

Nous avons également mis de côté l’idée que l’inclusion des pauvres et des marginalisés peut être satisfaite par nos efforts pour fournir une assistance financière et matérielle. Comme il est écrit dans Laudato si’, « aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être un remède temporaire pour faire face aux urgences. Le véritable objectif devrait être de leur permettre une vie digne par le travail  » (n. 128). En fait, la porte de la dignité d’un homme est le travail. Il ne suffit pas de ramener le pain à la maison, il faut gagner le pain que je ramène à la maison.

Le travail doit être compris et respecté comme un processus qui va bien au-delà de l’échange commercial entre employeur et employé. D’abord et avant tout « une partie du sens de la vie sur cette terre, un chemin de maturation, de développement humain et d’épanouissement personnel » (ibid.). Le travail « est une expression de notre être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’ouvrier (cf. Gn 2, 3). […] Nous sommes appelés au travail depuis notre création », [4] imitant Dieu qui est le premier ouvrier.

Un tel travail devrait être bien intégré dans une économie des soins. «Le soin peut être compris comme prendre soin des personnes et de la nature, offrir des produits et des services pour la croissance du bien commun. Une économie qui prend soin du travail, en créant des opportunités d’emploi qui n’exploitent pas le travailleur par des conditions de travail dégradantes et des horaires épuisants ». [5] Nous ne parlons pas ici uniquement des travaux liés à l’assistance. « Le soin va plus loin, il doit être une dimension de chaque métier. Un travail qui ne prend pas soin, qui détruit la création, qui met en danger la survie des générations futures, qui ne respecte pas la dignité des travailleurs et ne peut être considéré comme digne. Au contraire, le travail de soin contribue à la restauration de la pleine dignité humaine, contribuera à assurer un avenir durable aux générations futures. Et dans cette dimension des soins, les travailleurs passent avant tout ». [6]

Pour conclure, je voudrais partager avec vous la « bonne nouvelle » que récemment, dans la ville d’Assise, où saint François et les premiers frères ont embrassé la pauvreté et proposé une nouvelle économie radicale aux dirigeants économiques de leur temps, mille de jeunes économistes et entrepreneurs ont raisonné sur la création d’une nouvelle économie et ont écrit et signé un Pacte pour réformer le système économique mondial afin d’améliorer la vie de tous. Je voudrais partager avec vous quelques-uns des points principaux, pour deux raisons : premièrement, parce que trop souvent les jeunes sont exclus ; deuxièmement, parce que la créativité et la « nouvelle » pensée viennent souvent des jeunes ; et nous, les personnes âgées, devons avoir le courage de nous arrêter et de les écouter. Comme les jeunes doivent écouter les personnes âgées, nous devons tous écouter les jeunes. Pour une nouvelle économie du bien commun, ces jeunes ont proposé une « économie de l’Evangile », qui comprend entre autres :

  • · Une économie de paix et non de guerre – pensez à combien est dépensé pour la fabrication d’armes ;
  • · Une économie qui prend soin de la création et ne la pille pas – pensons à la déforestation ;
  • · Une économie au service de la personne, de la famille et de la vie, respectueuse de chaque femme, homme, enfant, personne âgée et surtout des plus fragiles et vulnérables ;
  • · Une économie où les soins remplacent le gaspillage et l’indifférence ;
  • · Une économie qui ne laisse personne de côté, pour construire une société dans laquelle les pierres jetées par la mentalité dominante deviennent les pierres angulaires ;
  • · Une économie qui reconnaît et protège un travail décent et sûr pour tous ;
  • · Une économie dans laquelle la finance est amie et alliée de l’économie réelle et du travail, et non contre eux [7] – car la finance risque de rendre l’économie « liquide », voire « gazeuse » ; et en procédant avec cette liquidité et ces gaz, ça finit comme la chaîne de Saint Antoine !

Aujourd’hui, il y a des centaines, des milliers, des millions et peut-être des milliards de jeunes qui luttent pour accéder aux systèmes économiques formels, ou même simplement pour accéder à leur premier emploi rémunéré où ils peuvent mettre en pratique leurs connaissances académiques, leurs compétences, leur énergie et leur enthousiasme. Je voudrais vous encourager, chefs d’entreprise et entrepreneurs matures et prospères, à envisager une nouvelle alliance avec les jeunes qui ont créé et se sont engagés dans ce Pacte. Il est vrai que les jeunes vous apportent toujours des problèmes, mais ils ont le nez pour montrer le vrai chemin. Marcher avec eux, leur enseigner et apprendre d’eux; et, ensemble, donner forme à « une nouvelle économie pour le bien commun ».

Merci pour ce que vous faites, merci d’être là. Je bénis ce voyage que vous ferez, que vous faites, et je bénis chacun de vous et vos familles. Et vous aussi, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci!

[1] Messaggio ai partecipanti ad “Economy of Francesco”, 1 maggio 2019.

[2] Compendio della Dottrina Sociale della Chiesa, n. 333.

[3] Videomessaggio in occasione del 109° Incontro della Conferenza dell’Organizzazione Internazionale del Lavoro (ILO), 17 giugno 2021.

[4] Messaggio ai partecipanti alla 108.ma sessione dell’ International Labour Conference, 10-21 giugno 2019.

[5] Videomessaggio per la 7.ma giornata mondiale di preghiera e riflessione contro la tratta di persone, 8 febbraio 2021.

[6] Messaggio ai partecipanti alla 109.ma sessione dell’International Labour Conference, 17 giugno 2021.

[7] Patto per l’economia dei partecipanti a Economy of Francesco, Assisi, 24 settembre 2022.