A - Question posée :
La question généralement posée est : "Etes-vous pour ou contre le travail du dimanche ?"
Il n'est pas possible de répondre à la question ainsi posée. Le problème du travail du dimanche est très complexe. Il ne peut pas être simplifié de la sorte sans perdre tout sens.
Le Monde du 13 juillet 1993 commence un billet en ces termes : "lnsoluble, le dossier du travail du dimanche empoisonne la vie des gouvernements successifs depuis des années ..."
Nous ne devons donc pas nous enfermer ni nous laisser enfermer dans la recherche de "la" solution. Nous pouvons, par contre, INVENTORIER LES FACTEURS intervenant dans les choix que nous pouvons être amenés à faire DEVANT UNE SITUATION PRECISE concernant nos propres entreprises ou des collectivités syndicales, religieuses, sociales auxquelles nous appartenons.
B - Eléments de réflexion :
1- DEFIS QUI RENDENT LE PROBLEME ACTUEL et quelquefois urgent à résoudre
la montée du chômage,
l'internationalisation qui renforce les impératifs de compétitivité,
la concurrence des pays à bas salaires et protection sociale inexistante,
les évolutions démographiques, familiales et sociales (diminution des liens relationnels et vie plus éclatée).
L'existence du travail du dimanche remet en question une organisation de la vie personnelle et de la vie sociale vieilles de plusieurs siècles. Pour le chrétien et pour l'Eglise, elle soulève un problème qui se situe au coeur de la Foi. Sur quels critères se fonder pour examiner la pertinence des arguments avancés et pour arrêter une position ?
2- LE TRAVAIL DU DIMANCHE constitue, en lui-même, UN ELEMENT NEGATIF
S'il doit être toléré dans certaines circonstances, ce doit être après mûre réflexion et selon des critères dont le bien-fondé et le caractère contraignant auront été examinés avec soin.
Au nom de la technique, de la science ou de l'économie, peut-on se dégager d'une organisation cyclique du temps comprenant une respiration collective sous forme du repos hebdomadaire vécu socialement ? L'importance mise ces dernières années sur les biorythmes nous incite à ne pas détruire ces cycles. Le travail du dimanche nuit à l'intégration de celui qui y est astreint, à la vie de loisirs et de temps libre. Il peut distendre les liens familiaux, provoquer des marginalisations et même, peut-être, une "exclusion sociale". Le conjoint, l'éducation des enfants, l'épanouissement du couple, la vie associative, la vie de quartier souffrent tout particulièrement pour les familles moins favorisées.
3 - LES ARGUMENTS ECONOMIQUES
Aux contraintes saisonnières (exemple : conserveries), techniques (exemple : les fabrications en continu), de service public (exemple : santé) vient s'ajouter un facteur croissant : la concurrence. Elle contraint à des baisses de prix de revient et à l'utilisation continue d'équipements très coûteux. Cela revient à sauvegarder une partie des emplois, sources de dignité pour les hommes.
On pourrait cependant s'interroger sur la concurrence, contrainte d'ordre internationale. Pourrait-on mieux l'organiser ? Pourrait-on promouvoir de meilleures politiques salariales et sociales favorables aux travailleurs des pays concurrents ? Pourrait-on mettre au point des équipements moins coûteux et ainsi éviter le travail en continu ?
Il y a aussi matière à réflexion, à expérimentation et à évaluation sur des formules qui gênent le moins possible la vie familiale et sociale. Les acteurs sociaux peuvent participer efficacement à ces recherches. Enfin, il nous appartient de veiller à ce que la crise de l'emploi ne prive pas les partenaires sociaux de leur possibilité de discuter et ne les amène pas à accepter des conditions trop désavantageuses.
4 - LE BIEN-ETRE DES CONSOMMATEURS
... est aussi invoqué pour élargir au dimanche l'ouverture de certains commerces et même de services (essentiellement loisirs) privés et publics. La concurrence dans ce domaine est seulement nationale. L'extension existe déjà à l'approche des fêtes. On en comprend l'intérêt et les commerçants soulignent qu'ils assurent un quasi service public. Cet avis n'est pas partagé par tous.
La généralisation du travail le dimanche dans la distribution pose des problèmes d'une grande ampleur. Les arguments sont les suivants :
création d'emplois. cela reste à démontrer à l'échelle globale (gain net ?).
surcroît de confort pour le consommateur : service rendu,
but de promenade en famille,
rassemblement festif,
lieu de chaleur et de vie pour les personnes seules et isolées,
commodité pour les familles monoparentales où le chef de famille travaille toute la semaine.
MAIS, aspect provoquant, tentateur des étalages ... au détriment des plus défavorisés.
ET, petit à petit, la banalisation du dimanche dénoncée dans un article du Monde du 16 août 93 : "Mgr DECOURTRAY dénonce la "paganisation" du dimanche : Interrogé sur RMC à l'occasion de la fête de l'Assomption, dimanche 15 août, Mgr Albert DECOURTRAY archevêque de Lyon, a dénoncé la "paganisation du dimanche par le commerce". "Pourquoi toucher au dimanche ? a-t-il demandé. Il y va du bonheur familial. Je crois que nous sommes en train de nous laisser paganiser de la pire manière qui soit, paganisation par le commerce, paganisation par l'utile". CECI est aussi à mettre en rapport avec l'inévitable diminution du temps de travail qui rendra moins nécessaire cette extension. Ces derniers temps l'accent a été mis sur l'ouverture du dimanche :
* dans des lieux particuliers,
* pour des biens culturels.
Il est permis de s'interroger sur la réalité et les limites de ces lieux et de ces biens dits culturels qui mélangent art et pornographie, beauté et vulgarité. Peut-être faut-il voir derrière ces arguments des questions commerciales et financières (comment compenser les énormes frais de locaux sur la plus belle avenue du monde sans augmenter le chiffre d'affaires ?)
5- LA CELEBRATION DU JOUR DU SEIGNEUR
- Célébration COMMUNAUTAIRE qui exige une plage commune de liberté pour les chrétiens.
- Célébration que rappelle "l'Evènement" mais aussi le réalise et le PERFUSE au cours du temps. Le chrétien "s'approprie" le Salut d'Eucharistie en Eucharistie.
- DIMANCHE jour de délivrance et de Salut.
- Célébration qui ne peut être considérée comme secondaire et soumise aux aléas de l'histoire. Elle est FONDAMENTALE .
Le dimanche est POUR L'HOMME et non l'homme pour le dimanche. Il doit libérer l'homme et dans certains cas, pour cette raison, l'amener à travailler ce jour-là.
Le chômage est souvent une dégradation dans le coeur de celui qui le vit. Il peut y avoir RESTAURATION DE LA DIGNITE de ceux qui obtiennent un emploi comprenant du travail le dimanche.
Les chrétiens n'ont pas à imposer leurs pratiques et leurs croyances, ils ont à être LE LEVAIN dans la pâte en posant par exemple les question du sens de l'homme et de la société.
Les chefs d'entreprise peuvent oeuvrer pour que ce qui est actuellement une nécessité le soit moins à l'avenir. REALISTES. Nous ne sommes pas fatalistes.
Rechercher la FETE dans les grandes surfaces montre clairement que nos célébrations ne sont pas ressenties comme des fêtes. A nous de proposer de vraies fêtes. Libérons le dimanche. En un mot, attendons activement l'Esprit Saint au coeur de notre IMAGINATION.
C - Propositions issues de sections EDC :
* Poitiers - février 91 : "Quand une expérience spirituelle est déracinée de son milieux culturel, elle n'est plus crédible. Trop souvent l'expérience chrétienne d'aujourd'hui est traduite en un registre culturel dépassé qui lui fait perdre la vie, sinon la vérité de son témoignage" ; "l'homme a plus de valeur que l'économie" ; Jésus a combattu la stupidité du "non travail" total le jour du sabbat (guérison), ne soyons pas plus chrétiens que le Christ !
* Chaillot - février 91 : "Le CFPC n'a-t-il pas à s'exprimer sur ce sujet ? Plus qu'un problème religieux, est-ce une affaire de civilisation ? Quelle est la position de l'Eglise ?"
* Paris Banque II - juin 91 : "Attention à ne pas confondre le dimanche et le week-end. Nous sommes invités à prendre le temps de faire oraison, seuls, et pour un temps de catéchèse, de prière avec les enfants et même de liturgie en famille " ; "On ne peut être chrétien qu'en Eglise. Nous sommes des pierres d'achoppement, des gens "inassimilables".
J. de COMBRET