Un groupe de travail des EDC a réfléchi pendant plus de deux ans pour faire apparaître et exprimer un avis sur l'évolution de notre société à l'heure actuelle.
Le rapport qui concrétise ces travaux a été largement diffusé de mars à mai 93. Il peut être obtenu sur demande adressée rue Hamelin. En résumant beaucoup, cette étude présentait trois convictions et quelques pistes de travail :
Première Conviction (de plus en plus souvent admise) :
Nous vivons le passage d'une société de "sédentaires", centrés sur une activité dominante, l'activité professionnelle, vers une société de "nomades", polycentrés sur des activités professionnelles changeantes et diverses activités non rémunérées (culturelles, sportives, familiales, humanitaires...), variées, qui prendront de plus en plus de place, à côté du professionnel, comme lieu d'identité et de lien social.
Deuxième Conviction (qui n'est pas encore entrée clairement dans les esprits) :
Seules des personnes dotées de capacités responsables, aptes à faire des choix et les assumer, seront des nomades équilibrés et heureux.
L'étude alors (et c'est peut-être son originalité) présente des pistes de réflexion et d'expérimentation tournées vers cet objectif de responsabilisation de tous.
Deux groupes de pistes :
Moyens de vivre : revoir l'affectation de la redistribution de richesse (et la fiscalité) dans le sens suivant : Une plus grande sécurité de base (un tremplin pour tous, plus qu'une voiture balai) mais, en contrepartie, un appel à plus d'initiatives et de responsabilité ensuite (un peu les idées de J. Rawles).
Raison de vivre : au-delà des activités du secteur marchand et du secteur d'Etat, favoriser (par les associations notamment) les activités de toutes natures (un peu les idées de J. Rifkin).
Troisième Conviction (un message de confiance et d'espérance qui reste vrai) :
Nous parviendrons à apprivoiser le monde qui vient.
Ne le regardons pas avec crainte et hostilité mais avec lucidité, imagination et bienveillance.
Certes, cela ne se fera pas tout seul, mais sachons bien qu'il n'y a pas de fatalité mauvaise.
A nous tous, citoyens, entrepreneurs, politiques, intellectuels et spirituels de faire les efforts nécessaires pour voir et vivre autrement.
Et ce monde nouveau devrait être meilleur parce que plus conscient.
Il devrait voir se construire des sociétés plus démocratiques, plus ouvertes, plus intéressantes, créatives, mieux harmonisées où les notions même de chômage et d'exclusion s'effaceraient peu à peu.
C'est un vaste défi, certes, mais qui porte en lui de grandes chances. N'est-ce pas une chance que de voir se réduire le temps de la nécessité au profit du temps de la liberté, à condition que tous puissent en bénéficier et le vivre bien ?
N'est ce pas une chance que d'être conduits à développer des organisations et des modes de vie appelant les hommes à la vraie responsabilité, celle qui met debout ?
N'est-ce pas une chance, enfin, que d'être confrontés à la nécessaire sagesse d'apprendre à discipliner Prométhée, à maîtriser notre puissance, à donner à l'homo-sapiens-ludens le temps et le calme lui permettant d'apprécier la juste place de l'homo faber-economicus. Dans le temps de "l'inutilité", savoir peser le sens et la qualité vraie de "l'utile" ?
Au fond, le signal adressé à nos sociétés développées aujourd'hui est peut-être celui-ci : Il est grand temps de choisir de placer la réussite économique dans la réussite de l'existence.