Diriger et me laisser conduire
par toi, Seigneur.
Faire croître la richesse
et la vouloir pour une destinée universelle,
destinée à tous.
Vivre dans l'univers marchand
et rester ouvert à la gratuité.
Savoir compter avec rigueur
et ne pas cesser de donner sans compter.
Pouvoir être trahi
sans cesser de croire aux hommes.
Rester attentif à l'indicible attente
de celui qui est à mes côtés
et qui attend ma réponse.
Voir en cet homme
non pas seulement celui qui me fait face,
mais l'homme possible,
que toi, mon Dieu, tu habites de ta richesse...
Apprends-moi, Seigneur, à tenir mon combat
sur cette crête difficile et passionnante
où valeurs du marché et valeurs du Royaume
se retrouvent.
Celles qui donnent à l'homme de grandir,
de participer à la Création,
de vivre la responsabilité,
l'innovation, la vie d'équipe,
la loyauté et le respect des engagements.
Donne-moi de comprendre, Seigneur,
que le marché est champ d'ivraie
et de bon grain.
Apprends-moi, comme le suggère le psalmiste,
à ne pas servir l'un sans un regard pour l'autre.
Apprends-moi
à ne pas endurcir mon coeur
face à la concurrence sévère,
aux finances sans états d'âme,
aux clients exigeants,
et aux syndicats parfois sans concession.
Vivre cette union des contraires, Seigneur,
c'est vivre le signe de ta présence.
Pour habiter la dureté
de mes combats quotidiens,
pour souffrir
de ne pouvoir embaucher davantage
et pour rester sensible à l'homme,
il me faut accepter un peu de ta passion,
accepter de mourir à moi-même
pour que naisse la vie,
la vie des autres, la vie en toi.
Alain de Brugière