Question posée :
Il ne s'agit pas d'opposer humaniste et chrétien, mais d'essayer de répondre à une question centrale : qu'apporte l'appartenance chrétienne au-delà (ou en deça) du souci humaniste ? Si, en effet, elle n'apporte rien, ... les EDC ne servent à rien ou ne méritent pas leur nom.
Proposition de pistes de réflexion :
Partons de l'idée de "RESPONSABILITE" :
- parce que l'homme a reçu une conscience qui lui impose de faire des choix responsables,
- parce que le dirigeant d'entreprise est particulièrement placé en position de responsabilité.
La responsabilité suppose trois conditions (penser à l'aiguille de la boussole)
- la liberté,
- le discernement,
- l'existence d'un appel, d'un pôle d'attraction, supposant une réponse.
Première réflexion :
Le chrétien est-il plus LIBRE ?
En matière de liberté formelle, non. En matière de liberté intérieure en face des champs de force parasites que sont les idoles de l'argent, du pouvoir, de la gloire, de l'auto-contemplation de nos propres oeuvres : oui, il devrait être plus libre que l'humaniste car : la Bible alerte sur les dangers des idoles en de multiples occasions. Jésus-Christ est l'homme libre par excellence. Il y a, sur ce thème de la liberté intérieure, un travail utile pour les sections - rechercher dans la Bible les passages appelant à se défendre des idoles - et proposant des moyens.
Deuxième réflexion :
Le chrétien dispose t-il d'un meilleur DISCERNEMENT ?
En matière de discernement technique (au sens large du mot) certainement pas. En matière de discernement humain, qu'il s'agisse de l'homme, de ses ressorts profonds, ou des phénomènes de société, la familiarité avec l'Ecriture (méditée dans la communauté des croyants) devrait apporter au chrétien une capacité de sentir, discerner, au-delà des apparences, ce qui compte vraiment en profondeur.
Une image : pour naviguer, il faut des instruments... et le sens marin. Le chrétien dispose des mêmes instruments que l'humaniste. Mais il devrait faire preuve d'un sens marin particulier... discerner les signes du temps, être un peu prophète. Tout au long de la Bible, Dieu s'applique à enseigner l'homme, lui dire ce qu'il est et lui montrer où sont la vie et la mort.
Troisième réflexion :
Quel APPEL ? Quel POLE ? Quelle connaissance du Bien et du Mal ?
Pour l'humaniste, le pôle est une certaine image de l'homme.... Celle des savants et des philosophes... mais lesquels ? : Platon, Aristote, Nietzsche, Freud, Marx.... Qu'est-ce que l'homme ?
Pour le chrétien, le pôle est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. un Dieu vivant. Le Bien, c'est répondre à son amour et lui plaire. Le Mal, c'est refuser cet amour et le peiner, lui déplaire.
Cette différence avec l'humaniste devrait donner au chrétien une plus grande solidité ou sérénité (ce n'est pas toujours le cas, attention aux intégrismes).
Et il y a le dynamisme de l'Espérance : le monde n'est pas abandonné de Dieu. Certes, nous ne sommes pas des robots. Il nous revient de répondre librement à son amour, et nos réponses sont souvent négatives. Mais Dieu nous accompagne et le Royaume de Dieu est proche.
Ces différences sont-elles visibles ?
Elles n'apparaissent certainement pas dans telles réussites économiques, ou tels échecs, mais elles devraient apparaître non pas dans ce que nous disons (de bonnes paroles ou de bons sentiments) mais dans ce que nous sommes (en profondeur) et faisons.
On devrait remarquer un chrétien d'abord à sa liberté en face des idoles, ensuite à son insoumission à la fatalité, à une certaine solidité joyeuse que donne l'espérance. Au regard intérieur posé sur les autres, enfants de Dieu comme nous, qu'ils soient clients, concurrents, banquiers, collaborateurs...
Et à d'autres signes qui se dégagent d'une certaine manière de voir et d'être : la paix, l'humilité, le désintéressement, le partage.
Est-ce plus difficile ?
Il est très difficile "d'être dans le monde, sans être du monde". Et, par exemple, quand on est patron, c'est-à-dire producteur de richesse et de puissance, d'être, en même temps, témoin de Dieu qui est venu parmi nous, volontairement pauvre et non puissant. Difficile, mais c'est là que nous sommes placés !
Mais, si nous sommes faibles, la Grâce de Dieu est forte.
François GUIRAUD