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 Christianisme face au capitalisme



Quelques rappels

L'Eglise ne prétend pas tracer les voies de gestion concrète de la société, mais son enseignement contient des principes salutaires et des critères concrets pour guider les choix et les décisions opérationnelles.
L'Eglise rejette les idéologies totalitaires, les idéologies athées ...
La vie économique met en cause des intérêts divers, parfois opposés.
Dans la pratique du capitalisme, l'Eglise récuse l'individualisme et le primat absolu de la loi du marché sur le travail humain. Ce qui veut dire que dans toute économie, l'Eglise invite à prendre en compte les liens sociaux, et le fait qu'un certain nombre de besoins humains ne peuvent être satisfaits par le marché. Il faut donc une raisonnable régulation du marché et des initiatives économiques.
La vie économique se doit d'être ordonnée au bien des personnes, de l'homme entier, et de la communauté des hommes. Les textes qui suivent, tirés de l'encyclique "Centesimus Annus" présentent la pensée actuelle de l'Eglise dans le champ économique et sa position face au Capitalisme. lls peuvent nourrir notre réflexion et notre action.

La liberté économique

"L'Economie n'est qu'un aspect et une dimension dans la complexité de l'activité humaine. Si la production et la consommation des marchandises finissent par occuper le centre de la vie sociale et deviennent la seule valeur de la société, soumise à aucune autre, il faut en chercher la cause, non seulement et non tant, dans le système économique lui-même, mais dans le fait que le système socio-culturel, ignorant la dimension éthique et religieuse, s'est affaibli et se réduit alors à la production des biens et des services.
On peut résumer cela en réaffirmant que la liberté économique n'est qu'un élément de la liberté humaine, quand elle se rend autonome, quand l'homme est considéré plus comme un producteur ou un consommateur de biens que comme un sujet qui produit et consomme pour vivre, alors elle perd sa juste relation avec la personne humaine et finit par l'aliéner et l'opprimer". (39/4)

Place de l'homme dans l'économie

"Beaucoup de biens ne peuvent être produits de la manière qui convient par le travail d'un seul individu, mais ils requièrent la collaboration de nombreuses personnes au même objectif. Organiser un tel effort de production, planifier sa durée, veiller à ce qu'il corresponde positivement aux besoins à satisfaire en prenant les risques nécessaires, tout cela constitue aussi une source de richesse dans la société actuelle. Ainsi, devient toujours plus évident et déterminant le rôle du travail humain, maîtrisé et créatif, et, comme part essentielle de ce travail, celui de la capacité d'initiative et d'entreprise". (32/2)
"L'homme collabore au travail des autres personnes qui exercent leur activité dans la même entreprise, de même qu'au travail des fournisseurs et à la consommation des clients, dans une chaîne de solidarité qui s'étend progressivement." (43/3)
"L'entreprise ne peut être considérée seulement comme une "société de capital" ; elle est en même temps une "société de personnes" dans laquelle entrent, de différentes manières et avec des responsabilités spécifiques, ceux qui fournissent le capital nécessaire à son activité et ceux qui y collaborent par leur travail." (43/2)
"L'économie moderne de l'entreprise comporte des aspects positifs dont la source est la liberté de la personne qui s'exprime dans le domaine économique comme en beaucoup d'autres ... Si, autrefois, le facteur décisif était la terre, et si plus tard c'était le capital, aujourd'hui le facteur décisif est de plus en plus l'homme lui-même, c'est à dire sa capacité de connaissance qui apparaît dans le savoir scientifique, sa capacité d'organisation solidaire et sa capacité de se saisir et de satisfaire les besoins des autres." (32/4)
"De nombreux hommes, et sans doute la grande majorité, ne disposent pas aujourd'hui des moyens d'entrer, de manière efficace et digne de l'homme, à l'intérieur d'un système d'entreprise dans lequel le travail de l'homme offre une place réellement centrale." (33/1)


Le capitalisme

Le capitalisme est-il un modèle à proposer ?
"Si, sous ce nom, on désigne un système économique qui reconnaît le rôle fondamental et positif de l'entreprise, du marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu'elle implique dans les moyens de production, de la libre créativité humaine dans le secteur économique, la réponse est sûrement positive, même s'il serait peut-être plus approprié de parler « d'économie d'entreprise » ou « d'économie de marché », ou simplement « d'économie libre » ". Mais, si par capitalisme on entend un système où la liberté dans le domaine économique n'est pas encadrée par un contexte juridique ferme, qui la met au service de la liberté humaine intégrale et la considère comme une dimension particulière de cette dernière, dont l'axe est d'ordre éthique et religieux, alors la réponse est nettement négative". (42/2)
"Malgré les changements importants survenus dans les sociétés les plus avancées, les déficiences humaines du capitalisme sont loin d'avoir disparu, et la conséquence en est que les choses matérielles l'emportent sur les hommes, et plus encore pour les pauvres, s'est ajoutée à la pénurie des biens matériels celle du savoir et des connaissances qui les empêche de sortir de leur état d'humiliante subordination". (32/2)
"De nombreux hommes n'ont la possibilité ni d'acquérir les connaissances de base qui permettent d'exprimer leur créativité et de développer leurs capacités, ni d'entrer dans le réseau de connaissances et d'intercommunications qui leur permettrait de voir apprécier et utiliser leurs qualités ; s'ils ne sont pas exploités, ils sont sérieusement marginalisés". (33/1)
"On peut parler à juste titre de lutte contre un système économique, entendu comme méthode pour assurer la primauté absolue du capital, de la propriété des instruments de production et de la terre, sur la liberté et la dignité du travail de l'homme. On peut y opposer une société du travail libre, de l'entreprise et de la participation". (35/2)
"Une société de travail libre, de l'entreprise et de la participation ne s'oppose pas au marché mais demande qu'il soit dûment contrôlé par les forces sociales et par l'Etat, de façon à garantir les satisfactions des besoins fondamentaux de toute la société". (35/2)

Le profit

"Le but de l'entreprise n'est pas uniquement la production du profit, mais l'existence même de l'entreprise comme communauté de personnes qui, de différentes manières, recherchent la satisfaction de leurs besoins fondamentaux et constituent un groupe particulier au service de la société tout entière". (35/3)
"L'Eglise reconnaît le rôle pertinent du profit comme indicateur du bon fonctionnement de l'entreprise. Quand une entreprise génère du profit, cela signifie que les facteurs productifs ont été dûment utilisés et les besoins humains correspondants convenablement satisfaits. Cependant, le profit n'est pas le seul indicateur de l'état de l'entreprise. Il peut arriver que les comptes économiques soient satisfaisants et que, en même temps, les hommes qui constituent le patrimoine le plus précieux de l'entreprise, soient humiliés et offensés dans leur dignité. Non seulement, cela est moralement inadmissible, mais cela ne peut pas ne pas entraîner par la suite des conséquences négatives, même pour l'efficacité économique de l'entreprise. Le profit est un régulateur dans la vie de l'entreprise, mais il n'est pas le seul ; il faut y ajouter la prise de compte d'autres facteurs humains et moraux qui, à long terme, sont au moins aussi essentiels pour la vie de l'entreprise". (35/5)