Un responsable, un itinéraire spirituel : la figure de Simon-Pierre.
Introduction
1ère figure : Au départ, un côte à côte respectueux mais prometteur
Simon et son entreprise de pêche, Jésus et son projet apostolique,
2e figure ou étape : Laisser le Christ monter à bord, prendre conscience.
Dieu a besoin de Simon et de son entreprise, pour que Sa Parole porte jusqu’aux foules.
3ème figure ou étape : Sur ta parole, je vais jeter les filets
Quand la relation au Christ s’engage, la responsabilité humaine fait Son œuvre
4ème figure : " Désormais ce sont des hommes que tu prendras "
L’efficacité du pouvoir dans l’accueil continu d’une conversion personnelle.
C’est à des présidents de section que je m’adresse, dont le rôle est de servir le moyen choisi par des dirigeants d’entreprises pour laisser l’Évangile éclairer leur aventure dans le monde socio-économique. Il s’agit donc de servir une croissance humaine et spirituelle commune, en dialogue avec l’accompagnateur du groupe.
Certes il y a des tâches d’organisation pratique à assumer ; mais chacun sait que les moyens sont relatifs à des objectifs, des visées qui leur donnent sens, intérêt, et capacité d’invention.
Il revient donc à tout responsable
. de regarder plus loin que la réunion,
. d’entrer lui-même dans l’expérience et dans son intelligence,
. pour apprendre à lire le point où l’on en est,
la manière dont l’Esprit a déjà donné quelque chose de ce que nous visions, peut-être autrement que ce que nous attendions,
ce qui est à faire croître, et par quel moyen immédiat.
C’est un acte de foi immense que de prétendre unifier la vie d’un dirigeant d’entreprise et la foi chrétienne sachant que l’évangile ne donnera jamais une réponse pratique aux questions et difficultés rencontrées. Comme pour tout métier d’ailleurs.
Or c’est l’Esprit et la Parole de Dieu reçus en lus en communauté de disciples du Christ qui nous réunit pour ce projet.
Je vous propose de faire un pas dans l’intelligence de cette croissance, en nous aidant de l’aventure d’un homme, qui nous ressemble, Simon-Pierre, un homme que le Christ achemine dans la manière de vivre responsabilité et pouvoir.
Un moment clé de son itinéraire (Lc 5) , à la lumière de la Révélation, dessinera pour nous ce mouvement d’unification selon 4 figures, que l’on pourra entendre selon 3 niveaux :
Celui de votre groupe : son mode actuel, quels points d’attention, quels risques, des objectifs
Celui du lien profession-vie spirituelle : quel chemin le Christ invite à faire personnel-lement et ensemble,
Celui de votre responsabilité dans le mouvement : la conception que vous vous faites de la tâche, la manière de l’assumer, les progrès possibles en dialogue avec l’ accompagnateur.
mais aussi combien la réunion entre vous est un microcosme révélateur de ce qui se vit en entreprise, et dans toutes les relations humaines.
Ces prises de conscience personnelles, sont le premier atout pour que votre section elle-même progresse dans sa vocation sociale et ecclésiale.
1ère figure : Au départ, un côte à côte respectueux mais prometteur
Simon et son entreprise de pêche, Jésus et son projet apostolique,
Jésus est sur la berge, écrasé par la foule qui vient à lui, au point que sa parole ne porte plus.
Simon et ses associés sont sur la même berge, à côté, en train d’arranger les filets.
Ils viennent d’essuyer un échec, une nuit sans rien prendre.
resserrés autour de leur filets, légèrement en recul au regard de leur tâche, de la foule, et de Jésus.
Ils ont entendu parler de ce Jésus, de ses faits et gestes ; sa parole quelque peu étouffée par la foule résonne un peu à leurs oreilles.
Tout aurait pu en rester là : Leur vie professionnelle et le projet apostolique de Jésus,
deux itinéraires en sympathie ,durant un instant du même bord, demeurent côte à côte
une Parole de Dieu qui n’a qu’écho lointain,
un Jésus qui passe aujourd’hui un peu de leur côté, puis s’éloignera.
Une section passe par cette étape : un temps de compagnonnage pour
réparer les forces et les effets psychologiques, parler des difficultés vécues,
rompre la solitude d’une tâche qui a tendance à durcir les personnes face au poids.
chercher entre soi à clarifierles données, à donner du sens, par un certain écho de la Parole de Dieu qu’on laisse résonner avant ou après les échanges ;
on aime se rappeler la présence du Christ à nos côtés, heureux que Dieu passe ainsi au bord de nos lacs et prenne en charge ces foules dont les attentes, sont parfois contradictoires, ou contraires aux décisions que les nécessités économiques amènent pourtant à prendre.
Les relations entre soi sont respectueuses de ce que chacun porte ou pense, évitent blessures, conflits On parle des problèmes en les généralisant un peu, débats, et cela aide.
La Parole de Dieu lue ou méditée succède ou précède un échange de points de vue, laissant au seul for interne le soin de décrypter les résonances particulières et intimes qu’elle déclenche.
Le président de section est attendu ou se pense essentiellement comme animateur de
l’échange et gardien des modalités de la réunion ;
Le souci majeur est alors la prise en compte des préoccupations immédiates, professionnelles
(" restons concrets et près du terrain"), laissant à l’accompagnateur le soin d’une parole " spirituelle " posée sur elles.
Les membres restent un peu passifs quant à la prise en charge de l’objectif spirituel du groupe.
La cohésion du groupe repose plus sur la forme, et sur l’affectif : que chacun soit à l’aise.
Il y a pourtant un désir commun : que notre œuvre humaine ait valeur évangélique.
Le groupe stagnera s’il repose sur cet entre-soi, sans prise de risque pour avancer dans une réelle entraide spirituelle et une visée apostolique.
Comment aider à unifier vie de foi et responsabilité d’entreprise, sans dénaturer celle-ci, ni faire de la vie spirituelle une pieuse couche d’ozone certes nécessaire, mais dont on ne perçoit que les déchirures sous les coups de pression des nécessités sociales.
Si l’on ne veut pas se payer de mots... le président et l’accompagnateur doivent servir cette avancée en profondeur, qui pourtant est de l’ordre de la grâce.
Quels risques courir entre nous ?
2e figure ou étape : Laisser le Christ monter à bord, prendre conscience.
Dieu a besoin de Simon et de son entreprise, pour que Sa Parole porte jusqu’aux foules.
Jésus prend l’initiative d’un croisement inattendu entre la vie professionnelle de ces hommes, et sa mission de salut pour le monde. Pour que sa Parole ne soit pas étouffée par la foule, une certaine distance est nécessaire.
Il dit son besoin de Simon et associés, de leur technique, du pouvoir qui est entre leurs mains, pour que sa parole porte et atteigne les foules restées au bord, pour les nourrir et les enseigner, pourfaire son œuvre.
Leur barque est nécessaire pour augmenter l’écho de sa parole.
Ces foules, Simon et ses coéquipiers les nourrissent déjà à leur manière, par leur métier.
C’est du lieu même de leur profession (la mer , figure de vie et de mort) que Jésus peut se faire entendre au monde, et simultanément d’eux qui tiennent le gouvernail et rament pour elles/
Il revient à Simon et ses équipiers de consentir à faire monter Jésusdans leur univershabituel et de se mettre à sa disposition.
Mais il leur revient aussi de prendre conscience que leur travail et service actuels sont directement en prise avec la Parole de Jésus à ce monde, intérieurs à la relation entre Dieu et les foules.
Les foules sont les premières concernées, c’est pour elles qu’ils sont appelés par Jésus, comme professionnels. Leur pouvoir est comme tel, porteur potentiel de la Parole du Christ.
Se disposer au Christ pour qu’il fasse son œuvre et monte à bord de notre équipée de dirigeants chrétiens , c’est se disposer à un double fruit pour le groupe :
à goût de miel, par un désir de servir plus éclairé, dynamisant
à goût plus âpre : par une conscience plus vive de nos résistances et de nos fuites.
Evangéliser l’intelligence de notre charge : le pouvoir de servir la Parole de Dieu.
Votre responsabilité est un appel du Christ. Aspect valorisant et dynamisant qu’il faut accueillir sans fausse humilité : reconnaître ce don, pour qu’il reste don, alors ce pouvoir reçu gardera la figure du pouvoir selon Jésus-Christ, serviteur, fils.
Votre responsabilité est d’abord la manière dont le Christ sert les hommes, et vous sert. Par elle, Dieu veut servir une croissance de l’humanité qui ne laisse pas la croissance économique et les entreprises humaines sur la berge de sa parole.
Comme une genèse, Dieu appelle la maîtrise des biens de la terre, croissance promise quand l’homme demeure ajusté à Dieu : se reconnaître bénéficiaire de dons remis à tous, y compris de ce qu’il réalise lui-même, engagé dans sa Parole et des relations qui le font image de Dieu, et le rendent vraiment créateur
En vous donnant la charge d’entreprise, Christ vous appelle à son servicedes foules, dont vous êtes encore. C’est dans cette relation première et fondatrice de la Parole de Dieu aux foules humaines, que s’inscrivent la réunion, le métier, le regroupement en EDC.
Se réunir au nom de notre commune plongée baptismale dans les eaux du Christ, fait signe dans la société, est en soi déjà efficace, par l’écoute de la Parole.
Mais croire que ce que nous construisons ensemble, dans la société économique, est appelé à rendre la Parole de Dieu recevable par les foules, audible par un grand nombre.
Voilà qui demande laisser le Christ prendre place dans la barque - entreprise, d’une manière centrale, non marginale.
C’est une attention constante à porter par le président de section, qui engage simultanément le " faire ", et l’" écoute " de la parole.
Servir la Parole de Dieu, chemin de conversion de nos méthodes.
Certes il y a des choses à faire, à préparer pour que la Parole ait des chances de porter...
[Mener la réunion, proposer telle démarche, organiser un timing, laisser la parole à chacun,...]
Mais ce faire, ces méthodes de " managment " ne sont pas un moyen que Dieu aurait à dépasser pour faire son œuvre. Dieu n’est pas au-delà, après nos mises en œuvre, nos " faires " humains. Ils sont le lieu d’une expérience actuelle qui est spirituelle.
Dieu relation, parole, amour, justice, créateur, exp. de limite, de remise de soi... S’assurer que place est faite à la parole et à l’originalité de chacun, s’ouvrir à ce qui surgit, permettre à tous de se sentir valorisé, écouté, sauver la proposition du prochain, humaniser les relations, tout cela est signifiant de l’amour de Dieu pour chacun.Nos moyens concrets, nos méthodes de travail, peuvent, faire faire une expérience de l’Esprit. Même si cette expérience n’est pas éprouvée et nommée comme étant de Dieu. Même si l’éprouvé actuel dans mon métier est l’absence de Dieu, en acte que dit-il ?
Nos méthodes peuvent étouffer ce Dieu que nous croyons servir en idolâtrant l’obéissance l’image de soi.
On peut enlever d’une main ce que l’on croit faire de l’autre :
Ex. faire œuvre caritative et générer des exclusions entre les membres ; débattre de la collaboration et l’éthique et ne pas considérer untel ici présent ou laisser les images dégradantes que j’ai de lui intérieurement ; proposer une méthode d’écoute apparente et se fermer d’avance à tout ce qui pourrait toucher mon amour propre, mes idées ...)
Elles peuvent contredire la Parole et l’Esprit de Dieu que nous annonçons et nous les pervertissonstoujours plus ou moins.
L’enjeu est de se rendre conscient, de relire, d’oser s’avouer personnellement et entre nous les mécanismes du péché collectif que nous entretenons, ses enchaînements, ou de façon plus cachée ce qui le génère : attitudes intérieures et rapports à autrui, au pouvoir, au non pouvoir...
" Faire écho " à la Parole de Dieu ? ou la laisser débusquer nos résistances et nos fuites ?
S’embarquer ensemble, pour que la Parole de Dieu porte.... qu’elle puisse faire entendre sa voix... ou qu’elle ait voix au chapitre de nos décisions se heurte à l’impossibilité d’appliquer la Parole à nos situations directes pour en tirer des solutions. Renvoyés à la Foi pure, et à nos responsabilités, nous naviguons souvent entre deux récifs, deux risques :
" Seigneur, jette ta parole sur nos filets ! " :
Parole de Dieu extérieure, que l’on pose sur la vie humaine ; prises de vues et de positions déjà faites, se retrouveront au sortir de la réunion telles qu’elles étaient a priori ; la réflexion commune tirera du côté d’un échange d’idées et de positions assises, que l’Écriture validera, ou ne pourra rejoindre.
On part de soi. Pris dans nos filets, nous y enfermons l’Esprit et la Parole. Sous couvert de prendre nos responsabilités.
Chacun retourne à sa tâche : les hommes à leur entreprise, Jésus à son projet personnel et les foules à leurs difficultés et aspirations.
" Seigneur, prends nous dans tes filets " :
récif de notre dichotomie spirituelle ou du poids des difficultés, qui nous fait reverser notre responsabilité personnelle et collective du côté de Dieu, ou déclarer " ne mélangeons pas métier et sainteté... " Ce serait alors à Dieu de se débrouiller : ce qui me permet de ne pas convertir mon comportement concret, mes décisions, ou de valider autrement ce que je fais, les retombées de mes décisions, ou de mes attitudes.
Nous ne serons jamais exempts de ces enfermements : quelles antidotes ?
les reconnaître, il s’agit d’avancer en prenant les moyens de se laisser détromper. Là est aussi le rôle d’une certaine interpellation, au cours de nos réunions. Qu’en est-il ?
Laisser la Parole de Dieu résonner sur nos lacs et depuis ce lac, demande d’abord de l’entendre telle qu’elle veut se dire à tous, en vue du bonheur de tous.
Cela semble différer notre objectif spirituel, mais on laissera le Christ devenir plus proche de nos réalités et évangéliser nos décisions en le laissant révéler qui il est, son projet, sa manière d’agir. Quel temps, quelle place a-t-il dans nos réunions, mais aussi dans nos réflexions sur les problèmes plus techniques, sur les décisions à prendre ?
C’est en le connaissant Lui, Christ, que nous nous connaîtrons nous mêmes, et ajusterons notre agir.
Car nous ne servons évangéliquement le monde, que dans le sillage du Serviteur , dans son Esprit, qui seul dit en nous de la manière d’être Homme , la manière d’assumer notre tâche comme la geste de Dieu aujourd’hui. D’où l’enjeu d’une fréquentation intime et commune des évangiles.
Pourquoi, en nous confrontant à l’Écriture, ne pas prendre conscience de nos visions latentes du projet du Christ tel que chacun l’a globalement saisi jusqu’ici (varié, partager, rectifier).
Pourquoi ne pas laisser venir au jour les réserves ou les craintes que nous portons tous quant à la manière dont l’évangile pourrait, ou ne devrait pas, bousculer ma réalité professionnelle,
Pourquoi ne pas nommer ces images de nous mêmes que la charge de patron ne manque pas de susciter, en nous et chez ceux qui nous côtoient ?
Pour ne pas entrer dans son regard sur la foule, sur nous, sur chaque homme ; ses armes pour faire advenir la vraie vie, les risques qu’il prend... Au risque d’être personnellement confirmé, bousculé.
" Se faire l’écho " de la Parole de Dieu entre nous, et les uns pour les autres.
La manière dont Dieu parle n’est pas réductible au temps de prière, à la lecture d’un évangile. La Parole de Dieu n’est pas un discours qui fait nombre avec nos discours, qui se dirait en réunion, puis se tairait pour nous donner la parole et s’incliner finalement devant nos problèmes.
Elle fonde et traverse nos propres geste et nos paroles humaines. C’est la Parole créatrice qui nous fait communiquer, qui engage la nôtre, comme réponse, qu’elle ait la forme d’un discours ou celle d’une attitude, ou d’un agir. La relation humaine est Parole.. !
Il nous revient donc de reconnaître l’Esprit à l’œuvre à travers échanges, ces relations entre nous, entre collaborateurs. D’y répondre, d’y correspondre, et de s’en faire l’écho.
Sont en jeu non seulement l’attention à ce que dit l’autre (son discours) mais aussi à l’état d’ouverture intérieure personnelle durant l’échange : suis-je ouvert à l’Esprit qui, par chacun, peut venir éveiller, ou réveiller quelque appel, une confirmation, ou m’inviter à souligner un point, ou à changer telle vue ou tel comportement.
L’écoute de Dieu nécessite l’écho à la parole de l’autre : une parole toujours risquée, au service de tous ou d’untel, dans le souci de chercher à se mettre en vérité, en disponibilité.
Cette attention à l’Esprit au cours de nos discussions, le lien entre ce qui est objet de réflexion patronale en réunion et la vie de foi, demandent d’être soutenus, proposés.
Par exemple :
Envoyer à l’avance à chacun le thème de la réunion, en invitant par quelques questions à réfléchir aussi au lien entre celui-ci et la vie de foi personnelle, ou susciter ce lien en proposant un texte biblique particulier...
Inviter lors de la réunion à garder un certain objectif spirituel dans l’écoute mutuelle ou le partage des expériences.
Réunions où l’on ose peu à peu dire ce qui est, ce que l’on ressent, libérés d’un rôle à tenir, abandonnant l’image de responsable, ou de l’amour propre, la peur d’être jugé, mal apprécié, mal compris dans le groupe.
Les réactions internes, longtemps cachées, agissent, et appellent un jour le dépassement du conflit latent, passage de la conciliation à la réconciliation, croissance qui fait passer la section à sa dimension de communauté centrée dans le salut reçu du Christ. Alors elle aidera davantage la tâche de chacun...
Bien que temporairement au large, la réunion de section, la mise en communauté de disciples, permet alors de découvrir en soi, et entre tous, les forces et les freins qui sont à l’œuvre en toute communauté humaine.
La petite cellule chrétienne est un microcosme de ce qui se joue dans les relations de nos entreprises, dans nos manières de communiquer, de collaborer.
Elle devient un lieu où l’Esprit pédagogue donne, par l’entraide mutuelle, de reconnaître sa manière et son style, nos manières de correspondre à son mouvement, ou de le parasiter.
Quand ce type d’écoute et de dialogue s’instaure, alors l’équipe se rassemble non plus autour de l’animateur, ou de l’accompagnateur, ou de méthodes, ou d’un soulagement psychologique, mais autour du Christ, pour mieux servir son projet et sa Parole.
Passage du " Que faisons-nous ? que faire ? que penser " à " Seigneur, que veux-tu que je fasse ? " Signe d’une plus grande unification personnelle, ou d’une grande maturité de groupe.
" Seigneur que veux-tu ? " : " avance en eau profonde, et jetez les filets pour prendre du poisson" telle est la demande de Jésus qui introduit à la figure suivante de la responsabilité : " Sur ta parole, je vais jeter les filets "
3ème figure ou étape : Sur ta parole, je vais jeter les filets
Quand la relation au Christ s’engage,
la responsabilité humaine fait Son œuvre
Quand il eut fini de parler à la foule, Jésus dit à Simon: avance en eau profonde, et jetez les filets pour prendre du poisson.
Réponse de Simon : Maître nous avons pêché toute la nuit sans rien prendre ; mais sur ta parole, je vais jeter les filets.
Et c’est la pêche inattendue, qui déchire les limites de leurs outils, de leurs méthodes et deleurs raisonnements habituels, au point de réclamer une collaboration nouvelle avec les équipiers pour aider à organiser cette fois-ci la réception du don de Dieu, (qui a ici forme de richesses économiques) et son partage entre tous.
Simon offrait son temps et ses compétences à l’organisation d’un temps fort sur le lac, entre 2 mainmises,
l’une sur l’échec précédent (il n’y a plus rien à faire),
l’autre sur son savoir et son pouvoir (je connais mon métier) : et cela est vrai.
Jésus invite Simon et ses associés (c’est un " vous " qui est sollicité) à reprendre le large, mais sur la base d’une déprise de soi, nouveau rapport à lui-même, à ses convictions, aux succès ou échecs professionnels au fruit économique de son agir, aux peurs et aux nuits.
La reconnaissance de l’échec et du savoir faire, devient une parole à Dieu lui-même ; non plus un " entre-connaisseurs ", mais une réponse à la parole entendue cette fois personnellement.
Son rapport à la Parole de Dieu qui était de serviabilité technique, d’écoute générale, se transforme en relation vivante, qui engage Simon comme personne envers ce Jésus, et réciproquement, Jésus engage sa Parole dans la mise en œuvre que Simon en fera.
C’est pourtant sans garantie que Simon refait les gestes du métier, et choisit d’obéir librement, contre sa raison, à ce qu’il entend : parce qu’il croit, et s’en remet à Celui qui la prononce.
" Eloigne toi de moi car je suis un homme pécheur ".
Quand Simon voit ce qui advient dans son travail, les retombées sur la production, les besoins en associés, il ne se noie pas dans l’objet, il fait simultanément mémoire de Celui qui en est la source et le donateur, il regarde Celui qui est là et l’a envoyé à la tâche, Celui qui parle dans ce qui advient. Il reste en relation, il reste " sujet " de sa tâche.
De là surgit une double reconnaissance, celle du don, et en contrepoint celle de son péché qui le centrait sur lui-même, et mettait précédemment Jésus à son niveau, et à ses ordres.
La grâce d’un retournement
La responsabilité professionnelle, humaine, est retournée, avec son impuissance et sa fécondité, quand elle se vit à partir de sa source, dans la relation qui la fonde.
Mêmes gestes, mêmes risques, mais recommencés à partir de la parole d’un autre, et en tant que relation à cet Autre ;
Si l’étape précédente fut de laisser de la place au Christ parmi les préoccupations, ou les outils de réflexion, c’est maintenant la relation à lui qui génère la responsabilité professionnelle et se vit dans une diversité des tâches. (unification de l’être , autre approche des problèmes)
Il ne s’agit plus seulement de tisser des liens entre les problématiques du métier et ce que dit l’Écriture, entre les domaines chrétiens et profanes, mais de se laisser lier soi-même à Celui qui prononce cette parole et envoie à la tâche.
Elle laisse sans garantie sinon celle que le Christ lui-même s’engage comme une Promesse quand il nous engage à prendre nos responsabilités dans le sillage de sa parole.
Cette avancée en eau profonde, est une entrée dans le sillage du Christ, dans sa Pâque. Nos aventures humaines, pleinement assumées par nous, participent de son aventure, et nous configurent à ses propres nuits, et à sa victoire sur le péché, cause profonde de nos désordres économiques que nous n’osons pas regarder vraiment en nous et dans la société.
C’est une avancée constante, en profondeur et en acte, jamais installée, dans l’aveu que nous ne correspondons jamais totalement à l’Esprit, à ce que nous sommes.
Des fruits repérables : un chemin à accompagner en section
C’est l’engagement intérieur de l’être pour le Christ, qui maintenant in-forme le faire, les réflexions, les décisions. On use de l’esprit d’analyse, dela réflexion éthique, sans en attendre la solution ultime d’un juste positionnement. Sont posés plus librement des paroles, des gestes, engageant d’autres hommes, tout en demeurant sous l’Esprit, " sous " la Parole... (favorisé voire vérifié dansl’écoute, et l’entraide mutuelle).
La sagesse du Christ se révèle parfois folie pour les hommes ! Elle s’accueille autant qu’elle se cherche. Elle est un don de Dieu, qui se demande ensemble.
Cette avancée passe par un accueil plus intime et familier de la Parole que Dieu m’adresse à moi, comme Homme ou Femme, Un, patron mais aussi père ou mère,... (place au silence, à la prière, méditer ensemble, entrée dans une vigilance sur soi)
La Parole de Dieu, la vision de foi vient moins se poser sur, et " bénir " nos vues et nos œuvres, elle les appelle, les contredit, ou les confirme.
Dans le consentement toujours nocturne, à croire et à faire en s’engageant pour le Christ, l’efficacité attendue est celle du mystère pascal, qui n’évite pas la montée à Jérusalem, mais au nom de l’amour et du Royaume de Dieu.
" Pécheur " dit Simon : ce mot surgit maintenant, sur le lieu même du pouvoir, dans la conscience que ce qu’il considérait son œuvre, son métier, est en fait une terre sainte où Dieu en personne parle, se révèle, agit.
" Je suis un homme pécheur " est une découverte majeure dans l’accueil de la responsabilité, et dans l’expérience d’une communauté de chrétiens.
Une expérience fondatrice qui ne se conjugue pas avec bilan de compétence, ou erreur de jugement, ou méthodes de connaissance de soi et de ses comportements, favorisant ou freinant l’entreprise.
Elle naît de l’expérience personnelle de Dieu, comme Dieu, comme donateur, et amour qui s’implique jusqu’au bout pour moi.
Elle est reconnaissance que je suis une partie du problème, et de sa traversée...
Elle est une entrée dans la vérité, dont peut seule renaître la liberté.
A-t-elle déjà place au cours de nos échanges en réunion EDC ?
La connaissance du pécheur que je suis, ouvre à l’intelligence des corrélations entre péché personnel, péché collectif, perversion des structures, et aux chemins de lutte et de guérison.
Elle fonde le pouvoir comme fruit d’un pardon en acte, qui donne de collaborer à ce salut,
La relation à Dieu réordonne les choses ; elle remet le responsable à sa juste place, avec et en compagnie de ceux qui sont pourtant sous ses ordres, pécheur comme tous.
Seule la relation à Dieu nous permet de ne rien idolâtrer, l’évangile du dirigeant n’est pas une priorité, une valeur qui se confondrait ou s’identifierait avec nos visées humaines de " justice, respect de l’homme, partage entre tous ". Il n’est pas un évangile particulier, ou une partie seulement de l’évangile qui laisserait le reste.
Il est l’évangile de tous. La Bonne Nouvelle d’un salut, déjà offert et réalisé par Dieu. Il est invitation à son accueil et à sa mise en œuvre au prix d’une entrée dans la passion-résurrection du Christ, quand il s’annonce en contradiction avec les vues du " monde ".
Il se réalise dans la reconnaissance humble d’être appelé à servir le désir de Dieu pour ce monde, et de le faire selon son Esprit à lui.
Vue pieuse de la vie professionnelle ? Sainteté inatteignable ? Non :
C’est la réalité déjà là, qui suscitait notre agir, notre recherche dès le début.
Réalité à l’œuvre que Dieu nous propose de reconnaître, à laquelle il nous donne la grâce de consentir, progressivement.
4ème figure : " Désormais ce sont des hommes que tu prendras "
L’efficacité du pouvoir dans l’accueil continu d’une conversion personnelle.
Dieu féconde les impuissances, et s’engouffre là, dans la faille ouverte par l’aveu ; c’est là, et de là, qu’il appelle et configure Simon et sa tâche, à l’Envoyé Jésus-Christ, et sa Mission : " désormais ce sont des hommes que tu prendras " :
Plutôt qu’un changement de " métier ", entendons ici un changement d’ordre et de nature du pouvoir de l’homme Simon quand il se livre à la Parole de Dieu jusqu’au bout.
Prendre des hommes n’est pas une seconde vie qui ne serait qu’en effaçant la première. C’est rendre contagieux et efficace ce qui lui arrive à lui : pris par la Parole, il laisse sa vie se réordonner à partir d’elle ;
il lui est ainsi donné de connaître la véritable portée de ce qui est engagé dans son œuvre humaine concrète : une participation à la mission du Christ, au salut de tous..
L’efficacité de ce pouvoir reçu, de la charge confiée repose sur le réajustementcontinu de Simon à la personne du Christ. Il s’agit de rester " derrière Jésus ", l’écouter, et le suivre.
Demeurer dans l’Esprit de Jésus, donnera sa justesse aux décisions humaines, et entraînera des ruptures avec le monde, dans une configuration au Christ, au gré des événements.
Face aux risques de mort, le pouvoir sera toujours susceptible d’être perverti, détourné de sa source et de ses modalités évangéliques.
Constamment à convertir, en se remettant soi-même, avec les autres, " sous la Parole ",
C’est en Eglise, en communauté seulement qu’est donnée la capacité de demeurer dans l’Esprit du Christ : rôle que doit tenir aussi la section EDC pour chacun des membres.
Simon apprend le " pouvoir " en communauté de disciples.
C’est la confrontation aux autres disciples qui lui apprend à vivre son pouvoir, sans déroger ni à sa richesse humaine, ni à la manière de Dieu.
Un chemin dans lequel il faut consentir à ne plus avancer en référence à l’amour propre, à l’image de soi, et cela est crucifiant parfois. Christ est passé devant, son Esprit nous est donné.
Lc 9.ss..Tout en marchant vers Jérusalem, lui qui a entendu " ce sont des hommes que tu prendras ", il ne comprend pas la parole de Jésus annonçant : le Fils de l’Homme va être livré aux mains des hommes...
dans le groupe lui-même des discussions, des pensées se font jour, des comparaisons : (des thèmes qui pourraient bien alimenter nos réunions ! Le Christ les prend en compte, les éclaire, les déplace)
Qui d’entre eux est le plus grand ? (celui qui accueille le Royaume, comme l’enfant) que faire de ceux qui refusent d’accueillir leur projet ?
Te suivre mais les affaires humaines ne sont-elles pas prioritaires ?
Comment considérer les biens, les richesses matérielles ?
Comment vivre les premières places ?
Comment vivre l’Argent ?
Le rapport aux pauvres aujourd’hui ?
Les offenses ?
Comment gérer l’image de nous-mêmes et du travail accompli ?
Comment s’opère la venue du Royaume ?
Est-ce bien nécessaire de prier ?
Pouvons-nous nous autojustifier ?
etc...
et toutes ces questions sont traitées entre deux annonces de la Passion, au long de la route vers Jérusalem où Christ manifestera son autorité, son pouvoir en offrant sa vie jusqu’au bout, par amour.
" Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme on fait pour le blé, mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne disparaisse pas. Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères. " (Lc 22,31)... Par trois fois tu auras nié me connaître...
Voilà le véritable pouvoir de Pierre, reposant sur la prière du Christ pour lui, et l’expérience de revenir sans cesse de la trahison possible. Voilà l’expérience qui lui fera " prendre des hommes " dans la miséricorde, en les sortant du piège de l’apparence,.
Mt 16 : Pierre tire à part Jésus qui le réprimande alors " passe derrière moi, Satan, tu es un scandale, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes "
pas au-dessus des autres, pas devant, mais aux côtés des autres, et derrière le Christ.
la manière du Christ, face aux situations de blocage, mortelles, ce fut de les prendre dans l’amour qui dépasse infiniment nos vues et nos peurs.
Jn 21 . Il a besoin de Jean, de son tempérament différent, de son expérience spirituelle intime,
pour ouvrir les yeux sur la présence du Ressuscité et pour s’engager, se mouiller totalement pour Lui.
. il a besoin de faire mémoire de sa propre faute pour entendre le Christ lui confier sa responsabilité non sur sa valeur personnelle, mais sur le pardon, et sur l’amour.
Ga 2 . Il a besoin de se laisser sermonner par Paul, qui met en lumière son double jeu, sa compromission, pour admettre qu’il fait fausse route, et détourne l’œuvre de Dieu. Quand Pierre pactise avec les païens et change d’attitude devant les juifs .
Ac10. (Corneille) Il a besoin des autres pour admettre que l’Esprit travaille aussi chez les païens, tout homme peut devenir porteur de la Parole de Dieu ;
L’itinéraire de section, l’apprentissage du pouvoir
L’aventure de la section, les relations mêmes entre les membres, ce qui se passe au for interne durant l’échange, est traversé par ce qui est la vie du monde, par ce qui génère les conflits, par les voies de construction possible ; elle est le lieu même d’un apprentissage.
Il faut donc prêter attention à ce qui se passe en nousetentre nous autant qu’à ce qui est dit : cette matière est celle que Christ veut évangéliser, intégrer à sa vie.
Le président est appelé, en dialogue avec le conseiller spirituel du groupe, à rendre la section attentive à cet enjeu de croissance pour tous.
Le président, est mis plus radicalement dans l’expérience, appelé à la vigilance sur ses propres intentions, sur l’usage et l’image de la puissance, ses risques et sa fragilité.
Consentir à ce service dans le mouvement, est une grâce de Dieu pour vous et pour tous. C’est dans l’expérience même qui vous est confiée, que Dieu vous fait avancer au large et jeter les filets.
Bethy OUDOT
le 14 octobre 2000