QUESTION POSEE
En quoi et comment le pouvoir et l'obligation de sanctionner inhérents au pouvoir de direction posent-ils question au regard de la foi chrétienne du dirigeant ?
LA SANCTION DANS L'ANCIEN TESTAMENT
Dans l'origine, Adam et Eve ont été sanctionnés par Dieu : ils ont été chassés du paradis.
Le peuple de la Bible a été sanctionné à maintes reprises : à chaque fois, parce qu'il avait rompu le contrat, l'alliance avec Dieu.
Chaque fois, Dieu a sanctionné des comportements mais, jamais, il n'a abandonné le peuple ou les hommes ainsi sanctionnés, les incitant plutôt à renouer avec Lui : "Yaweh fit à Adam et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit" (Gén. 3.21).
Aussitôt après la sanction, Dieu crée les conditions du redémarrage comme il le fit avec Noé après le déluge. Plus tard, Dieu envoie les prophètes au peuple élu pour l'inciter à se convertir, et quand malgré cela le peuple qui n'écoute pas les prophètes est sanctionné par la défaite, il envoie encore ses prophètes au peuple en exil pour lui apprendre à avoir une vie plus intérieure. La sanction a pour but de remettre dans le droit chemin : sans pardon, se développent la rancune et le désordre qui en résulte.
LA SANCTION DANS LE NOUVEAU TESTAMENT
L'enseignement du Christ et des apôtres met avant tout l'accent sur l'amour du prochain et sur le pardon, à commencer par ces paroles du Notre Père :
"Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés".
Voir aussi tous les textes sur le pardon des offenses. Mt.18.18 à 22 ; C.1 3.14 à 13.
LA SANCTION AU SEIN DE L'ENTREPRISE
Connaissance de la faute :
identification et constat de la faute par une connaissance la plus objective possible,
nécessité d'effectuer son enquête, d'être à l'écoute, d'apprécier les conditions de la faute;
prêter attention au danger de la surenchère d'où qu'elle vienne au critère de saine justice au critère de récidive
Echelle des sanctions
apprécier le niveau de compétence et, donc, de la faute de celui que en est la cause, de la conscience qu'il a de sa responsabilité,
tenir compte de son comportement habituel,
apprécier les anomalies par rapport aux références habituelles,
agir avec le recul nécessaire,
prendre conseil.
Décision de la sanction
Elle est nécessaire et elle est le fondement de l'autorité :
obligation d'exemplarité,
souci de préserver une certaine forme d'équité,
en retenir le caractère correctif et d'amélioration Elle est, cependant, quelquefois pénalisante pour l'entreprise, car il peut y avoir un risque de désorganisation (conflit avec une équipe ?).
Amendement de l'application de la sanction
Différenciation entre l'application stricte "sans état d'âme" de la sanction et ouverture aux influences extérieures résultant du milieu dans lequel est implantée l'entreprise.
La sanction doit être objective et non subjective:
On sanctionne une faute, en aucun cas le fait de s'être senti offensé.
Souvent, et en raison de la taille de l'entreprise, les patrons "de proximité" ne sont pas et ne peuvent être imperméables à leur environnement, au contact quasi personnel et informés involontairement du milieu familial de leurs employés. Ils n'ignorent ni les conditions du marché local, ni les conséquences liées au chômage. D'où :
décision difficile à prendre,
notion de choix où donner encore une chance est la réponse à leur questionnement intérieur,
temporisation.
Cependant :
nécessité de donner un sens à ce choix par la forme de l'avertissement avec l'éclairage du caractère exceptionnel de cette décision,
obligation d'être "intraitable" ou d'une sévérité marquée ultérieurement quoi qu'il arrive.
L'homme sanctionné devra savoir pourquoi il est sanctionné
La sanction ne devra jamais avoir un aspect dégradant pour l'homme qui en est l'objet. "Ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres" (Phil. 2.4). Ceci n'exclut pas la nécessité d'être sans faiblesse quand tout aura été fait pour redresser l'attitude fautive. "Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le seul à seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. S'il n'écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. Que s'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté. Et s'il refuse d'écouter même la communauté, qu'il soit pour toi comme le païen et le publicain" (Mt. 18, 15 à17).
Moyens à disposition pour tenter d'éviter une sanction lourde
jeu sur les primes d'objectif,
gel des rémunérations,
déclassement et ses conséquences.
Le patron doit, de son côté, apporter sa crédibilité par une cohérence dans son comportement et ses décisions.
LA PRIERE
La nécessité de sanctionner peut être plus ou moins bien ressentie pour le dirigeant, elle sera source de réflexion dans sa prière :
quelle est ma part de responsabilité ?
qu'est-ce qui a pu ne pas fonctionner qui aurait pu permettre que la faute ait pu ne pas être commise ?
quelles conclusions en tirer pour en éviter le retour ?
comment faire une place à l'amour et trouver la voie qui me permettra d'aider celui dont la faute doit être sanctionnée ?
CONCLUSION : Position du patron chrétien dans son rapport à la sanction
(synthèse du Père MONTAGNON)
Il y a une connotation antinomique entre ces deux appellations. Cette juxtaposition "chef d'entreprise" et "conduite des hommes" permet d'avancer toutefois. lnfliger une sanction quand nécessaire, certes. Cependant, condamner la faute tout en veillant à laisser sa chance à l'homme.