« Tu mangeras quand tu seras compétitif. » par Jean Luc Mouton, directeur de la rédaction de Réforme et Thierry du Parc, directeur de la publication Dirigeants Chrétiens
L’apostrophe est lancée à un jeune Africain espérant un peu d’aide et de secours. C’est une affiche du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) en vue d’une nouvelle campagne de sensibilisation de l’opinion. Elle est forte. Elle parle clair et dru. Le monde global régi par les seules lois du marché et du profit maximal condamnerait à une mort certaine la majeure partie de l’humanité qui souffre de sous-développement. Tous ceux qui ne sont pas compétitifs, les plus pauvres, les plus handicapés, les plus petits, les plus jeunes ou les plus vieux… n’hériteront pas de la terre. Cette dernière est destinée, sinon aux puissants, du moins à tous ceux qui sauront se battre et s’engager dans la compétition mondiale.
A cette lumière-là, nul doute que les Eglises chrétiennes, et le message biblique en son entier, ne peuvent se reconnaître dans ce seul objectif du rendement et du profit. Dieu, l’argent et l'économie n’ont jamais fait bon ménage. Mammon demeure un Moloch en lutte contre le Dieu d’amour, de paix et de justice que nous révèle Jésus-Christ. Et c’est bien le témoignage que les Eglises veulent faire entendre aujourd’hui. Certains mouvements chrétiens n’ont pas de mots assez durs pour qualifier les conséquences néfastes de la mondialisation libérale, quitte à ne pas reconnaître certains avantages de cette mondialisation. Un discours encore amplifié dans le contexte français où l’économie de marché est plutôt incomprise, sinon régulièrement dénoncée.
De quoi perturber, cependant, chefs d’entreprise et responsables économiques qui tentent au quotidien de concilier fidélité à l’Evangile et responsabilités managériales.
Mais comment réagissent les décideurs économiques face aux critiques des associations chrétiennes ? Les Eglises sont-elles bien armées pour comprendre et appréhender les réalités de la mondialisation ? N’existe-t-il pas, au-delà des condamnations générales et commodes, des espaces où convictions spirituelles et responsabilités économiques sont conciliables ?
C’est le pari en tout cas de ce numéro commun entre les revues Dirigeants Chrétiens et Réforme, où la discussion, sinon la « dispute », n'est pas absente. Mais où des femmes, des hommes, des chrétiens de tradition catholique ou protestante, témoignent de leurs engagements au service de leur prochain et de l’Evangile. Ensemble, il va sans dire, tant est vaste le défi qui nous est proposé…