Un groupe de réflexion sur le mécénat en a fait une présentation nouvelle.
L'argent n'est pas l'essentiel du mécénat. Il n'est qu'un moyen qui ne doit pas masquer la relation entre mécène et mécèné. Le vrai mécène donne non pas tellement ce qu'il a mais ce qu'il est. L'attitude mécènale peut être un pas décisif pour développer l'esprit créatif chez le personnel. Le chef d'entreprise devient alors un promoteur, un serviteur de la création pour passer de la maîtrise-emprise à la création-surprise. Le mécénat ainsi conçu n'est pas de l'ordre de la production, mais de la fécondité. Rechercher une entreprise de mécènes plus qu'un mécènat d'entreprise.
Pour beaucoup, le mécènat est un geste de solidarité. L'amour qui nous vient de Dieu nous rend membres d'un même corps donc solidaires (1 Cor Xll). Ce qui compte, c'est l'attitude. Etre à l'écoute est plus important que donner de l'argent. Susciter une fécondité et laisser être est plus essentiel que de communiquer artificiellement l'image de l'entreprise. Rendre solidaire est plus positif que de chercher à motiver. L'homme a besoin d'être respecté et le mécènat participe au respect de l'homme.
DES EXPERIENCES ET DES SUGGESTIONS
Les auditions ont permis de déceler trois cercles concentriques :
Premier cercle
L'entreprise citoyenne favorise le développement de la culture et de la recherche scientifique. La majorité des entreprises s'y retrouvent :
Restauration d'oeuvres d'Art (Arc de Triomphe, Madeleine, Chapelle Sixtine, film Atalante) ;
Création ou modernisation de musées, de bibliothèques, de salles de concert ;
Editions artistiques ;
Recherche médicale.
Favorisées par l'Etat, ces actions améliorent l'image de l'entreprise dans le public et parmi les salariés, mais il n'existe pas de lien direct avec la création et l'écoute au sein de l'entreprise.
Deuxième cercle
L'entreprise concourt au soutien d'un artiste, d'un groupe de personnes handicapées ou en difficulté. Une tendance se dessine dans ce sens.
Organisation d'expositions ou de concerts ;
Achat de toiles ou de sculptures ;
Attribution de bourses à des chercheurs ;
Soutien d'un projet de développement.
Ces décisions nécessitent un choix souvent personnel et sont difficilement collégiales. Il ne s'agit d'ailleurs pas de créer un consensus officiel mais promouvoir des relations d'homme à homme.
Le coeur de la cible
L'entreprise suscite des mécènes. La principale richesse de l'entreprise n'est pas le capital mais l'homme, unique, irremplaçable, singulier, différent. Le talent du chef d'entreprise consiste à découvrir et à susciter des mécènes dans son entreprise plutôt que de chercher à être mécène lui-même. L'entreprise, ses salariés devenus co-entrepreneurs et ses actionnaires en tirent tous des bénéfices. Quelques exemples :
Le jury d'un concours organisé par une entreprise pour des peintres contemporains comprend des spécialistes mais aussi des membres du personnel et des clients ;
Une entreprise organise des concerts pour un quatuor à travers toute la France. Pour la première partie, le personnel sélectionne des musiciens méconnus de la région. Les clients payent l'entrée et l'argent va à des oeuvres sociales ;
Une entreprise accorde une année sabbatique à ceux qui veulent réaliser une idée qui leur est propre. Les Institutions pourraient même jouer un rôle : l'année sabbatique serait compensée par deux années de travail supplémentaire en fin de carrière.
On a proposé que des tuteurs aident à mieux intégrer les stagiaires dans l'entreprise. Ne peut-on parler de mécènes plus que de tuteurs ?
Le mécènat est allergique à l'organisation et à la hiérarchie. Pour aller du cercle extérieur au cercle intérieur, il faut faire preuve d'imagination et changer les attitudes. L'entreprise est d'abord au service de l'homme et celui-ci peut le lui rendre au centuple.
A. COURTAIGNE
Références bibliques
Lc 9, 13 - 1
Sam 16, 11-12
Mc 2, 14
Mt 25, 29
1 Cor 12
Dt 6
Dt 7,12-15
Mt 6, 33
Lc 7, 7
Mt 13, 3-9