Sur le même sujet, consulter les contributions "L'entreprise et la famille" et "Familles et entreprise".
LE CONSTAT
La réflexion de la commission "Famille" a pour fondement les expériences diverses, les constats personnels ou professionnels, ainsi que les témoignages éminents des membres des EDC, pour nous confirmer dans la conviction que le problème (la crise ?) de la famille, aujourd'hui plus que jamais, doit faire partie du coeur des préoccupations de responsables chrétiens en entreprise.
POURQUOI ?
En premier lieu, parce que, comme chrétiens, nous ne pouvons reléguer à un plan secondaire ce lieu de solidarité, de communication, de désintéressement, de gratuité, ce signe de paix et de miséricorde où l'on apprend à accepter les différences et à se pardonner; bref cette "institution de l'amour" qui a sa source profonde en Dieu et s'ouvre largement sur la communauté humaine.
Le Christ lui-même l'a enseigné, citant la Genèse : "N'avez vous pas lu que le créateur, au commencement, les fit mâle et femelle, et qu'il a dit : c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair". Ainsi la perspective chrétienne sur la famille s'enracine dans l'enseignement de l'Ancien Testament. L'Eglise, aujourd'hui, par la voix de Jean-Paul II, affirme que c'est dans l'expérience de la famille que l'homme est appelé à vivre et à réaliser de façon privilégiée la vocation fondamentale de l'amour qui est la sienne.
La famille a vocation à être une profonde et solide communauté de vie et d'amour qui permette à chacun de ses membres de s'épanouir et de réaliser sa vocation propre, qui soit au service de la vie, qui travaille à l'humanisation de la société et participe à la mission de l'Eglise.
Autre raison de donner (ou redonner) à la famille son rang légitime dans nos préoccupations de membres des EDC : nos entreprises, citoyennes par nature, immergées dans la société, ont besoin, pour y vivre et s'y épanouir, d'une société en bonne santé. Or la sagesse, le bon sens, et les psychosociologues enseignent que la société ne peut être en bonne santé si la famille est elle-même menacée dans ses fondements, donc amoindrie dans ses fonctions, qui sont :
ldentitaire : car si l'homme a d'abord pour identité d'être un enfant ayant Dieu pour père, si c'est véritablement l'amour de Dieu qui le fonde, c'est aussi de la famille qu'il tire son identité, tant génétique que sociale, et sans laquelle il trouve plus difficilement sa pleine existence au sein de la société ;
Educatrice : on ne peut valablement prétendre que l'école a vocation à remplacer la famille dans le domaine de l'éducation, même si elle y occupe actuellement de plus en plus de place ;
De transmission : transmission de valeurs et de normes, structurantes pour toute personnalité ;
De solidarité : inutile de revenir et de s'étendre sur ce que l'on observe aujourd'hui de cette fonction primordiale de la famille, particulièrement visible à notre époque de chômage répandu.
En bref, la famille, qui aujourd'hui souffre de dissolution au sein de la société, reste, paradoxalement, un foyer de résistance à la dissolution sociale. Indépendamment, donc, de toute considération purement personnelle, en tant que responsables en entreprise, engagés dans ce mouvement, nous ne pouvons échapper à cette préoccupation, et à la nécessité de la traduire en actions.
Ensuite, au plan plus personnel, si l'entreprise est, pour nous tous, membres des EDC, un temps fort de la vie, ce n'est pas toute la vie.
La famille est le moment fort de la vie, qui précède et accompagne les autres moments forts. C'est le lieu par excellence où l'on apprend, et l'on peut être encouragé, à entreprendre.
S'il est vrai que l'entreprise a un rôle essentiel de formation, on ne peut lui demander d'être le seul lieu où s'effectuera l'éducation. Celle-ci, au sens de formation de la personnalité, doit commencer dans la famille, l'école prenant ensuite le relais pour la transmission des connaissances, ainsi que pour une formation, que l'entreprise achèvera.
QUELQUES PISTES D'ACTION
Si nous, membres des EDC devons avoir au coeur cette préoccupation de la famille, ce n'est pas pour la garder bien cachée, mais, comme le veut notre participation au mouvement, pour la traduire en action.
Deux champs d'action paraissent offerts :
1. Vers les pouvoirs publics ou les instances professionnelles :
Les EDC ont conscience que des universitaires, des experts, des associations, et pas seulement d'inspiration chrétienne, s'expriment déjà abondamment sur le sujet. L'actualité la plus récente peut laisser penser que ces voix sont entendues des Pouvoirs Publics. Mais cela ne dispense pas les EDC de faire entendre la leur.
En effet, la France n'est pas aujourd'hui le seul pays où la politique familiale cède le pas à une logique plutôt économique : on se préoccupe plus, en réalité, du coût de la non-famille, ou, en sens inverse, du manque à gagner entraîné par le déclin de la famille, vecteur de prospérité, que des valeurs de fond qu'elle sous-tend. Alors, faut-il laisser les associations familiales mener seules l'action pour la famille ?
2. A titre personnel, comme responsable en entreprise et membre des EDC :
Chacun de nous peut agir :
soit en ce qui le concerne personnellement : comment prôner les valeurs de la famille et ne pas s'occuper, pour commencer, de la sienne ?
soit en ce qui concerne ses collaborateurs : sans retomber dans le débat du paternalisme, ou dans le risque de s'immiscer dans leur vie privée, avons-nous le droit de tout ignorer de leur vie familiale, et des contraintes qu'elle peut entraîner pour eux, pour chacun d'eux ? N'avons-nous pas le devoir d'aider les pères et mères de famille au travail ?
Et si nous invitions (plus souvent) nos épouses à participer activement à nos réunions de sections (reprenant en cela l'élan qu'avait donné Jacques Vial) ?
Et si nous commencions par nous forger des convictions suffisamment ancrées, en ce qui concerne la famille, pour avoir envie de les faire partager ?
CONCLUSION
Notre expérience de dirigeants d'entreprise, de responsables en entreprise engagés dans Les EDC, nous enseigne que nous avons beaucoup à demander à la famille pour la bonne santé et l'équilibre de la société, qui conditionne celui de nos entreprises. Alors, donnons lui la place qui lui revient, aussi bien dans nos vies personnelles que dans nos responsabilités professionnelles. Et, à cet égard, soyons, de surcroît, contagieux !