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 Comment éviter 500 000 chômeurs supplémentaires ?


Un point de vue de Pierre Deschamps, président des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, dans les Echos du 6 février 2009

La crise économique, survenue en 2008, va se poursuivre et s’amplifier pendant l’année 2009, dans pratiquement tous les secteurs. Sans minimiser l’efficacité du plan de relance, on peut craindre que cette crise ait des conséquences lourdes sur la situation financière des entreprises, qui envisageront naturellement de procéder à des licenciements économiques. Ces plans sociaux se chiffreront en centaines de milliers de personnes qui iront rejoindre les deux millions actuels de chômeurs. Si cette perspective se réalise nous risquons d’assister à une crise sociale majeure pouvant conduire à des débordements dramatiques, mais compréhensibles. Est-il juste, en effet, que les moins responsables et les plus démunis soient les plus frappés par cette crise ?

Pour éviter une telle évolution, des alternatives existent dont l’initiative revient aux décideurs, qui doivent se saisir de cette crise pour modifier leurs raisonnements et leurs comportements. Les entrepreneurs montreront qu’au-delà des exigences de gestion, ils savent aussi prendre en compte l’intérêt général et porter attention aux plus défavorisés. Ils contribueront ainsi à réduire le fossé qui a tendance à s’élargir entre l’opinion et les entreprises. Pour cela, les entreprises et l’Etat doivent s’accorder sur des engagements exceptionnels en 2009, dont certains se situent dans le prolongement des mesures prises récemment en matière d’indemnisation du chômage partiel, mesures positives, mais insuffisantes.

Si la situation à laquelle est confrontée l’entreprise procède de motifs structurels, sans perspective de reprise, le plan social est inévitable, mais il doit être conduit de manière à viser un minimum de salariés se retrouvant sans emploi. Pour cela, les entreprises doivent s’engager à reclasser toutes les personnes licenciées sur des emplois équivalents. L’expérience montre que cet objectif est atteignable, sur une période de plusieurs mois s’il le faut, dès lors que le chef d’entreprise s’implique personnellement, qu’une vraie collaboration existe au sein des bassins d’emploi et que ces évolutions ont été anticipées par la reconversion des salariés affectés à des emplois sans avenir. L’Etat devrait instituer des mesures plus incitatives en matière de financement et de mise en œuvre des plans sociaux, destinées aux entreprises qui prendraient un tel engagement.

Dans les autres cas, où la reprise est prévisible à terme de plusieurs mois, les chefs d’entreprise doivent s’engager à ne procéder à aucun licenciement collectif pendant l’année 2009. En contrepartie de l’engagement de ne pas déclencher de plans sociaux, le recours au chômage partiel serait étendu et facilité, permettant aux entreprises d’ajuster leur outil de production avec la demande. De son côté, l’Etat doit s’engager à garantir le salaire net des personnels concernés, en utilisant les fonds de l’assurance-chômage. Maintenir le lien entre les salariés et leur entreprise, c’est, pour les salariés, conserver leur statut, avec les avantages associés, tant matériels que moraux, au lieu de basculer dans le statut de chômeur. C’est, pour les entreprises, disposer, au moment de la reprise, du personnel nécessaire. C’est, enfin, pour l’opinion publique, ne pas impacter les statistiques du chômage, ce qui aura un effet psychologique évident, susceptible d’atténuer les comportements de retrait qui alimentent eux-mêmes la crise. Pour les salariés concernés, la situation d’inactivité temporaire pourrait néanmoins être mal vécue. Pourquoi ne pas demander aux enseignants de l’Education nationale, rémunérés alors par l’entreprise, de dispenser des formations aux salariés en chômage technique ? Le coût de l’ensemble de ces mesures, en première approximation, ne semble pas devoir être supérieur, pour les entreprises, aux coûts des licenciements, auxquels s’ajouteraient les coûts des recrutements pour reconstituer les équipes en sortie de crise. Pour la collectivité, le coût devrait être inférieur au coût de la prise en charge des chômeurs.

Cette manière d’affronter les conséquences de la crise, gratifiante pour toutes les parties prenantes : les salariés, les entreprises, et l’Etat, devrait limiter la dégradation du climat social, dans cette période difficile à vivre pour tous. Les grandes crises suscitent souvent des opportunités propices à sortir des sentiers battus et à innover en vue d’une plus grande solidarité. Saisissons-les sans attendre si l’on veut créer un effet de choc, rassurer les personnes, et anticiper les conflits.