VERS UN NOUVEAU VIVRE ENSEMBLE
par Françoise Vintrou, rédactrice en chef de Dirigeants Chrétiens
Comme moi, vous avez entendu dire qu’il est inconvenable de parler politique ou religion en famille pour éviter éclats de voix et fâcheries. Bien que nous soyons « en famille », ce numéro aborde entreprise, politique et religion. En effet, il est impossible d’éviter cette question en ce début d'année d'élection présidentielle. La politique suppose de donner la préférence des hommes sur les choses. Aussi avons-nous choisi d'aborder le sujet avec la notion du bien commun comme horizon. Commençons par essayer une définition du bien commun : « bien » est « ce qui est bon » et « commun » est « ce qui appartient à plusieurs ».
Aujourd’hui, le caractère individualiste dominant peut donner l’impression de s’être substitué au bien commun. Toute la vie sociale, économique, politique s’organise autour de l’individu, en politique comme en économie. Le bien commun aurait-il disparu ? Non, bien évidemment ! Le bien commun est la fonction primordiale à partir de laquelle on se détermine pour apprécier une situation. Ce point essentiel prend en compte non seulement les avantages matériels, les intérêts financiers, mais les valeurs éthiques, morales, culturelles, spirituelles. En général et pour chacun. Ainsi, chef d’entreprise comme politique ont un même intérêt à cultiver le « vivre ensemble ». Cependant vivre ensemble nécessite de définir les contours, d’avoir une vision.
La vie avec les autres est une chose mais prendre le temps d’une distance pour discerner en est une autre : cette capacité de prendre de la distance est précieuse pour découvrir l’essentiel et accueillir l’autre. La rencontre de l’autre ne peut se faire sans débat pour nourrir et fonder le sens. Nous avons tous en tête, des débats célèbres qu’ils soient anciens (disputatio, cher aux Réformés), ou plus contemporains (débats télévisés de femme ou homme politiques).
Dans notre monde en mutation profonde, n'est-il pas temps de rétablir la confiance dans la parole de chacun, de faire confiance aux politiques?
N’est-il pas temps de cultiver, sans naïveté, le troisième point de la devise de la République – liberté, égalité, fraternité – non par oubli des deux précédents mais parce qu’il rejoint un essentiel de notre foi chrétienne, le « vivre en frère » de l’Évangile ?
N’est-il pas temps de cultiver l’espérance ?
Nous sommes tous dans le même bateau. J’aime imaginer que notre bateau, plutôt qu’au Titanic, ressemble à l'Arche de Noé…