QUESTION POSÉE
La corruption, depuis une dizaine d’années, a tendance à se généraliser et, fait bien plus grave, à se banaliser.
Comment faire prendre conscience et comment faire regresser ce fléau ? Cette question devient pour tout chrétien un véritable enjeu évangélique.
CONSTAT
La conjoncture économique actuelle, conjuguée avec un effritement des valeurs de moralité publique ou privée, offre de nombreuses prises à la corruption et la tentation est grande alors de s’y soumettre.Les tentations sont nombreuses et peuvent être :
Le maintien d’une activité, spécialement si l’entreprise a des difficultés.
L’obtention de nouveaux marchés.
L’exploitation des effets secondaires, quelquefois pervers, de la décentralisation et la diffusion des pouvoirs de décision à un niveau local souvent détenus par des personnes peu préparées à ceux-ci et donc influençables.
Le développement des prestations dans le domaine immatériel, tels que : conseils, études, communication..., etc, difficilement chiffrable et qui laisse ouverte l’éventualité d’une autre affectation.
L’intervention plus ou moins utile dans les affaires d’une cohorte d’intermédiaires qui réclament des avantages parfois disproportionnés.
La médiatisation inconsidérée de pratiques douteuses entraînant chez les plus faibles la tentation du « pourquoi pas moi ! »
... et bien d’autres !
Sous les coups de la corruption, des hommes et des femmes perdent chaque jour leur dignité et leur liberté.
Sur le plan économique la corruption fausse les règles de la concurrence et des relations économiques. Elle soumet à un handicap les décideurs honnêtes.
Elle est source de coûts supplémentaires, forcément répercutés sur les consommateurs, les clients, les locataires, les usagers.
Celui qui obtient un contrat à travers la corruption n’est souvent ni le moins cher, ou le plus compétent, ni le meilleur économiquement parlant. Celui qui a été corrompu doit parfois réaliser des économies sur la qualité des produits ou la sécurité des travaux.
Sur le plan de la société dans son ensemble, la corruption contamine l’ensemble des pratiques sociales.
Il est tout à fait anormal d’assister à une banalisation de ce fléau. Il est impensable de ne pas réagir. Certaines écoles de commerce présentent aujourd’hui la corruption comme étant une méthode de vente comme une autre. C’est placer la tricherie au même niveau que la recherche et l’amélioration de la qualité !
AGIR CONTRE LA CORRUPTION
Les EDC ont axé leur action sur plusieurs points :
Une prise de conscience : Réflexion personnelle
Partage en section (équipe de dirigeants) Cette réflexion et ce partage sont soutenus par la prière.
L’élaboration d’un manifeste dont les termes sont les suivants :
Des patrons et dirigeants se mobilisent pour :
DIRE :
que la corruption est intrinsèquement mauvaise
qu'elle aliène la personne en achetant sa conscience
qu'elle détruit la société dont elle fausse les règles.
AFFIRMER qu’il est inacceptable de vivre dans un environnement corrompu.
PROMOUVOIR dans leurs entreprises des codes de conduite, des structures et des procédures limitant les tentations.
SOUTENIR et aider ceux (hommes et entreprises) qui refusent la corruption.
RÉAGIR ET S’ENGAGER personnellement en donnant l’exemple.
A la fin 1997 :
Ce manifeste a été signé par près de 5 550 personnes.
Des débats ont été organisés dans plus de 50 villes de France.
Une campagne de presse largement suivie.
Aujourd’hui les EDC poursuivent leur action à travers :
Des actions de communication régulières par voie de presse.
Des débats ouverts dans les grandes écoles et les écoles de commerce.
La création d’un réseau éthique et éducation.
LE DIRIGEANT FACE À LA CORRUPTION
Voici quelques pistes de réflexions pour aider le dirigeant dans son action contre la corruption :
a) Au niveau individuel :
Être irréprochable ; donner l’exemple.
b) Au niveau de l’entreprise :
En parler avec ses collaborateurs, c’est déjà très important.
Introduire un code de bonne conduite dans le management de l’entreprise.
Sanctionner les manquements.
Faire réfléchir à la « valeur ajoutée » de la transparence comme l’apporte le zéro défaut, le juste-à-temps, un excellent service clients, ...
Embaucher dans des fonctions « sensibles » (commerciaux, achats) des collaborateurs intègres.
Veiller à une bonne rémunération de ces fonctions pour éviter toute tentation.
Maîtriser le rapport entre fixe et commission ; réfléchir aux conséquences du management par objectif.
Être pointilleux sur la valeur des cadeaux, les notes de frais, l’utilisation des moyens de l’entreprise à des fins privées.
Introduire une procédure interne de déclaration des cadeaux reçus.
Faire savoir aux fournisseurs les règles de saines relations que l’entreprise veut entretenir avec eux.
c) Au niveau de la branche professionnelle :
Convaincre d’autres dirigeants d’entrer dans une démarche collective pour faire régresser la Corruption.
Prendre, à plusieurs, l’initiative d’une réflexion et de l’élaboration d’une charte professionnelle.
Mettre en place des procédures de contrôle des transactions.
Faire mieux appliquer les sanctions, assurer leur publicité, constituer un corps « arbitral ».
CONCLUSION
Tout ceci s’inspire de réflexions menées par les sections des EDC depuis 1990, des études et des textes conduits par le bureau national et la commission “Manifeste contre la corruption”, des articles de la revue “Professions & Entreprises” (février et octobre 1991).
Cette démarche se veut une dénonciation du phénomène de la corruption et non de l’homme qui y est pris. Elle dénonce le péché et non le pécheur.
À ces réflexions il y a lieu d’ajouter les éléments concernant la recherche d’éthique et les fondements chrétiens qui inspirent la démarche des EDC.
A. de GAILLARD