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 Le chômage


Causes et remèdes en France en 1990-2000

Le chômage résulte d'une demande d'emplois recensée supérieure à l'offre d'emplois honorée.

1. Demande d'emplois

1.1. Elle a augmenté :
Du fait de la démographie : fortes classes de jeunes arrivant (inversion attendue à partir de 2005).
Du fait de l'immigration.
Du fait de la demande d'emplois des femmes (l'emploi des femmes est passé de 77% à 85%), liée à : Un niveau de vie souhaité nécessitant deux salaires.
La réduction des tâches ménagères, mais aussi du temps consacré aux enfants, au demeurant moins nombreux.
La crainte de se retrouver seule : pas de garantie sociale dans ce cas, au demeurant de plus en plus fréquent.
La garantie actuelle est le RMI (min. 2.000 F).
La volonté de se réaliser socialement par une performance individuelle et plus seulement à travers la réussite de son mari et de ses enfants. Le développement du travail à mi-temps des congès parentaux du temps choisi, apporte une solution partielle.

1.2. Une partie de la demande d'emplois n'est qu'apparente :
Inscriptions à l'UNEDIC pour toucher les allocations avec refus de prise d'emploi.
Cas du chômeur de plus de 57 ans à qui l'ANPE n'offre plus rien (pré-retraite déguisée).
Cas des cadres refusant les postes de salaire très inférieur à celui qu'ils avaient acquis antérieurement (avenir du statut et de la carrière dans une économie de marché ? ).
Cas des jeunes refusant l'insertion à des niveaux qu'ils considèrent comme déshonorants et satisfaits des allocations + loisirs.
Cas des licenciés préférant les allocations + le travail au noir.
Cas des "dealers" de drogue.
Pour certains, les allocations ne devraient pas être versées sans travail compensatoire (type service civil ou de proximité). l. BERTEN y voit une atteinte aux droits de l'homme ("travail forcé") et les syndicats y voient le risque de substitution à des travaux actuellement rémunérés.
Un effort est actuellement réalisé pour substituer à des allocations passives des investissements actifs de réinsertion (association type ADEA offrant des services de proximité, une aide à la création d'entreprises, etc...)

2. Offre d'emplois

2.1. L'offre d'emplois par les particuliers, ou petites entreprises, est contrariée par :
Le barrage administratif "URSSAF" etc...
Le "chèque-emploi" tente de pallier.
Plus de goût pour l'indépendance que pour la relation (FOUCAULT).

2.2. L'offre d'emplois dans les grandes entreprises industrielles ou de services est en chute :
Effet de la concurrence croissante sur le chiffre d'affaires.
Effet de l'automatisation (avec hardware importé et software embouteillé).
Effet des achats dans des pays à coûts inférieurs (mais croissance des exportations). Au total, "contenu en emplois" déficitaire de la balance commerciale.
Substitution d'individus très polyvalents à des services entiers ("reengineering").

2.3. Anémie de la croissance et de la création d'entreprises :
Les grandes entreprises et les quelques sociétés de capital risque écartent les projets de rentabilité insuffisants par rapport aux taux d'obligations à long terme soutenus par les déficits des Etats. Le capital s'investit dans d'autres pays, à forts taux de croissance.
Le créateur d'entreprise n'est pas soutenu par la société : (aidé 5 fois moins qu'en Allemagne, pas droit aux ASSEDIC, pas assez de pôles, conseils, réseaux, barrage administratif, etc...).

2.4. La demande nouvelle de biens et services induit moins d'emplois que les causes énumérées en 2.2. n'en détruisent : mauvais "déversement" (FOUCAULT)
Les grandes demandes nouvelles : santé, sécurité (induite partiellement par l'exclusion) éducation-formation, relèvent, dans le modèle français, de l'Etat. Embauche limitée par une mauvaise gestion (déresponsabilisation, centralisation) et le blocage des budgets en vue des critères de Maastricht.
Les politiques de relance par la consommation (1982-83) ont buté sur l'envolée des importations, la demande se portant sur des biens non produits en France (vêtements, voyages, électronique, etc...). Depuis, la croissance du chômage a un effet dépressif sur la consommation (réduction de 25% de sa consommation pour un chômeur).
La relance par les grands travaux (réseaux de transport, habitat social) n'est finançable ni par le marché ni par l'Etat.
La consommation des pauvres est limitée et celle des riches n'est pas orientée vers leur emploi.

3. Les solutions par meilleure efficience du marché du travail

3.1. La réduction du temps de travail (partage du travail) :
Une telle mesure, même avec réduction proportionnelle des salaires, est applicable aux exécutants et dans les secteurs non concurrentiels, mais pas aux créateurs directs ou indirects d'emplois et difficilement aux sociétés d'export (cf. congés aux USA). Mais elle reste d'actualité.
La flexibilité du temps annuel, le travail à mi-temps (dont semi-retraites) étalé dans la vie (congés sabbatiques) sont de premiers remèdes.
Le développement des "contrats à durée déterminée", bien adapté aux activités de "projets", de plus en plus nombreuses, présente l'inconvénient de "précarité" pour les familles concernées, et son renouvellement est donc réglementé, ce qui revient à demander aux entrepreneurs de prendre le risque de l'embauche dans un avenir plus incertain. Un palliatif a été proposé sous la forme de contrats de travail tripartites chômeurs de longue durée + collectivité locale + entreprise embaucheuse, par lequel, au cours d'une première période, en cas d'échec, ce n'est pas l'entreprise qui licencie.

3.2. Développer la formation professionnelle
La réactivité du système de formation français à l'évolution des métiers est tout à fait insuffisante. Insuffisance de professeurs, mauvaise liaison avec la recherche et l'entreprise, recul de l'apprentissage. L'entreprise "civique" doit s'investir aussi là.
Un projet d'énarques + M. SEGUIN ("un pour dix, dix pour un") recommande que 10% de l'effectif d'une entreprise soit en formation, ce qui induirait 10% d'embauche à la base...
En tout état de cause, la formation continue devrait être au moins doublée, et prise pour moitié hors du temps de travail.

3.3. Réduire le coût du travail
II est admis maintenant que la charge de financement des prestations sociales doit moins peser sur les emplois (CSG, etc...) - (pour des raisons encore mal élucidées, le taux de chômage varie comme celui des prestations vieillesse).
Certains milieux patronaux recommandent la suppression du SMIC, ce qui, comme aux USA, transformerait les chômeurs en travailleurs pauvres. Mais le même SMIC en IIe-de-France et en province ne favorise pas la création d'entreprises en province, pourtant souhaitée. D'autre part, les entreprises ont intérêt à licencier et augmenter les salaires des meilleurs qui restent, et les syndicats continuent à faire pression pour que les salaires montent. Néanmoins, dans certaines entreprises, on évite la réduction d'effectifs par une réduction de salaires, dont la Direction donne l'exemple.
Enfin, il existe un projet de "revenu de citoyenneté", qui permettrait de réduire l'écart avec le SMIC, donc le coût d'embauche pour l'entreprise. Mais il suppose un changement culturel : désacralisation du travail et montée du civisme.

3.4. Revoir l'interface entreprises-ASSEDIC
Le financement des allocations de chômage est actuellement assuré par les entreprises qui embauchent, et non celles qui licencient. Ce système de mutualisation est né sous les "trente glorieuses". Son adaptation se poursuit, par exonération de charges sociales pour les entreprises qui embauchent, mais sans pénalisation massive de celles qui licencient, comme au Japon.

3.5. Exiger des entreprises un quota d'embauches de chômeurs jeunes, ou longue durée
Ce système serait calqué sur celui des handicapés, qui a réussi ; on pourrait se dégager de l'obligation en finançant des entreprises de réinsertion. On rencontre la même difficulté qu'en 3.1. ci-dessus. Pour éviter la création de faux emplois ("placards") il faut compter avec la mesure 3.2.2.

3.6. Améliorer la relation offreur-demandeur d'emploi
L'ANPE fait un gros effort de personnalisation.
Les associations d'insertion suscitent les offres d'emplois.
Les grandes entreprises devraient être obligées de reclasser le personnel qu'elles licencient.
La mobilité géographique est déplorable. Les grands groupes font beaucoup moins que leurs homologues américains. Les couples se défont ou les trajets épuisent.
 
Jean-Paul LANNEGRACE


Références
J. LESOURNE : "Vérités et Mensonges sur le Chômage"
Ph. d'IRIBARNE : "Le Chômage Paradoxal"
J. B. de FOUCAULT : "Une Société en Quête de Sens"