S'arrêter, se taire et écouter - Père Armel de Sagazan

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Les activités s’enchaînent de façon ininterrompue, sans respiration. Souvent seul le sommeil, la nuit mais aussi le jour, dans le train, nous sauve de l’apnée, de l’épuisement.

La prière, dans les premières ou dans les dernières heures d’une journée bien remplie, en silence, l’évangile en mains, ou en route au volant, en chantant, elle aussi est salvatrice et donne sens à nos vies qui exagèrent en toutes directions : trop peu de temps en famille, passages si rapides à l’entreprise, contacts courts avec les partenaires, écoute distraite, échanges expédiés… une vraie souffrance.

 

Alors s’installe un « manque de ferveur » écrivait Paul VI dans son célèbre texte sur l’évangélisation, Evangelii nuntiandi (n°80).  Nous pouvons reprendre ces lignes à notre compte, entrepreneurs, dirigeants et décideurs chrétiens : « … le manque de ferveur se manifeste dans la fatigue et le désenchantement, la routine et le désintérêt et surtout le manque de joie et d’espérance… que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés, impatients et anxieux, mais de ministres de l’évangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçu en eux la joie du Christ. »
Notre quatrième ambition, aux EDC, n’est-elle pas le témoignage ? Comme nous y invite le pape François, contemplons « le Christ en mission : comment il marchait, comment il prêchait, comment il soignait, comment il regardait ».

 

Avant d’appeler et de choisir les douze apôtres, « en ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier et il passa la nuit à prier Dieu » (Lc 6, 12). Jésus s’arrête, se tait et écoute.

 

S’arrêter vraiment. S’asseoir. Respirer. Souffler. À l’ombre, à l’écart, au silence. Au bord, plus loin, plus haut. Seul, les mains nues, les poches vides, les yeux libres ; prêt, disponible pour prier.
Cet été, comme Lui, quittons nos chemins habituels, de chaque jour, écartons-nous pour prier.

 

Se taire. Aucune parole n’est essentielle sauf Celle du Christ, le « Verbe de Dieu ». Silence en soi-même. Notre hôte intérieur ? La paix, heureuse de s’installer sans bruit. L’oreille est surprise par des sons inconnus.

 

Écouter. Longuement. Assidûment. Celui qui chuchote au cœur, aux entrailles. Une parole de vie, un appel, qui renversent, convertissent, transforment jusqu’aux racines de l’être.

 

Comme le Christ s’arrête, se tait et écoute son Père avant de décider de la fondation du nouveau peuple de Dieu, faisons de même pour établir notre foi et notre espérance au plus profond des entrailles de Dieu et ainsi raviver notre joyeuse ferveur baptismale. Dans le silence seul, Dieu se révèle.

 

Père Armel de Sagazan,
conseiller spirituel national des EDC

 

Juillet 2013